Reine des Batailles – de David Gemmell

Signé du nom de Gemmell, j’étais sûre d’ouvrir là un récit plaisant, épique et captivant. Cela n’a pas manqué, j’ai beaucoup aimé cette lecture narrant l’ascension de Sigarni, la Reine des Batailles.

Quatrième de couverture :

Les highlanders ont été écrasés par les armées ennemies. Depuis trop longtemps aliénés par le cruel Baron Gottasson, ils ont perdu toute fierté et toute confiance. Leur unique espoir repose sur Sigarni, une jeune fille farouche et obstinée. Descendante du plus puissant roi des Highlands, elle est la seule capable de mobiliser son peuple et de briser enfin le joug des tyrans. Il est temps pour Sigarni de faire face à son destin et de devenir la Reine des Batailles…

Avis personnel :

A mes yeux, le personnage principal, Sigarni, est à la fois le point fort et le point faible de ce récit. Tour à tour captivante, courageuse, noble, attendrissante, charmante et amusante, c’est aussi très souvent une abominable gamine profondément insupportable à laquelle on voudrait donner quelques paires de claques pour lui passer ses lubies et ses idées. Au-delà de ces points de crispations passagers, elle reste tout de même un personnage qui me laissera un bon souvenir. Je la vois comme étant l’incarnation de la liberté exaltée puis brisée. Elle est la douleur faite femme qui embrasse sa vengeance et fait de sa cause personnelle celle de tout un peuple qui, à sa manière, a lui aussi été violé par les outlanders autrefois. Le sang versé sur le champ de bataille à la fin du roman est la seule clef qui reste à ce personnage et à son peuple pour espérer déverrouiller les portes de l’avenir… un avenir incertain, marqué du signe de la guerre, rappelant que le combat n’est jamais terminé pour quiconque.

Ce premier niveau de l’intrigue est assez bien mené. On passe d’un étalage de vie paisible, bien que marqué par le joug des outlanders sur les highlanders, à la tragédie qui est précipitée par la mort du faucon rouge, rare spécimen, et le viol de sa propriétaire. Dès cet instant, l’inquiétude latente portée uniquement par quelques personnages conscients des événements à venir devient omniprésente et l’hiver se fait le théâtre des préparatifs de guerre, des querelles entre les clans dont la Reine des Batailles doit venir à bout avant le printemps si elle veut avoir une chance de l’emporter. Peu à peu, épaulée par le fidèle Asmidir, Ballistar le nain, Fell le chasseur, le sage Taliesen et l’esprit défunt du roi Poing-de-Fer, elle parvient à s’accomplir et à mener les siens jusqu’à la bataille dont l’issue reste jusqu’au bout incertaine… Plus que la Reine elle-même, c’est ce groupe de personnages dans son ensemble et le rythme donné à l’intrigue qui font de ce moment de lecture quelque chose de captivant et de plaisant.

La violence est omniprésente dans cet univers de fiction. Elle est accentuée par la présence d’un second niveau d’intrigue mettant un scène un sorcier étranger et ses pratiques sanguinaires. La figure de Sigarni n’est plus seulement associée à la rébellion des highlanders mais également à la tragédie de la famille royale dont la lignée s’est éteinte il y a fort longtemps. Je n’en dis pas plus pour ne pas révéler certaines clefs du roman, mais j’avoue que j’ai parfois trouvé ce sous-niveau d’intrigue greffé étrangement sur l’intrigue principale… Paradoxalement, l’un des passages qui m’a le plus plu dans le livre est lié à cette intrigue : je pense à la scène des chutes d’eau, en plein hiver, lorsque la Reine des Batailles va chasser elle-même les créatures surnaturelles lancées à sa poursuite, les mêmes que lorsqu’elle était enfant…

Etant donné qu’on évoque un moment marquant, je me permets de donner quelques détails sur celui qui m’a le plus plu. Attention, je risque d’en défraîchir la saveur aux éventuels futurs lecteurs… Le passage que j’ai préféré est celui qui se déroule dans le monde de Yur-vale. Les personnages s’y rendent pour aller chercher la couronne d’Alwen… L’endroit est glaçant, c’est une terre de mort condamnée par la furie volcanique des éléments naturels et ses conséquences sur le climat, sur la stérilité de la terre sans cesse mise au supplice par le feu, les cendres et le manque de soleil. J’ai beaucoup aimé ce lien entre la souffrance de la terre et la guerre perpétuelle que se livrent les hommes des deux cités du territoire. Elle est la conséquence de toute cette décadence. Et dans ces ténèbres, Sigarni ramène l’espoir et la magie, sage conclusion de cette escapade dans l’autre monde qu’elle ne pourra elle-même pas appliquer dans le sien.

C’est un récit moins épique que ce que j’avais pu lire chez Gemmell jusqu’alors. Mais il n’en est pas moins intense. On a toujours cette noirceur, ce poids de la fatalité qui guette les personnages, peu importe leur rang, leur puissance et leur importance. On a des héros déchus, des héros corrompus, des héros rédempteurs, des héros à la volonté de fer. C’est un moment captivant que je ne regrette pas d’avoir passé au coeur de ces pages.

Extraits :

– Qui sont ces hommes, Gwalch, pour pendre un garçon innocent ? Des monstres ? Sont-ils possédés par un esprit malin ?
Le vieux secoua la tête.
– Il suffit d’un monstre à leur tête, Tovi. Comme une goutte de poison dans un pichet de vin. Soudain c’est toute la boisson qui devient mortelle.

(page 265 – La Reine des Batailles, Gemmell, éditions France Loisirs)

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L’air effrayé, les petits se massèrent de nouveau autour des deux hommes.

– Parfois, dit Kollarin, la vie se montre inutilement cruelle. Vous venez d’en être témoins. Le mal ne vient pas d’une tête de diable cornue. Si c’était le cas, nous prendrions tous nos jambes à notre cou en la voyant. Il surgit d’un mot dit sous le coup de la colère, et il s’installe dans les oreilles des personnes qui l’ont entendu. Il peut croître pratiquement sans se faire remarquer, jusqu’au jour où il s’épanouit en rage, en jalousie et en cupidité. La prochaine fois que vous aurez une pensée de colère envers un frère ou une soeur du clan, souvenez-vous-en.

[…]

Kollarin avait raison. Le mal n’était pas une force extérieure à l’affût d’un coeur égaré. Il résidait dans le coeur, pareil à une larve dans un cocon qui attend de pouvoir sortir et se nourrir, se gorgeant des forces les plus noires de l’âme humaine. Les fondateurs du clan l’avaient bien compris en instillant les contes et les mythes aux plus jeunes afin qu’ils en tirent les leçons nécessaires. Jamais les héros n’oppressent ni ne tourmentent les faibles. Jamais ils ne mentent ni ne volent, ou encore utilisent leurs forces à des fins égoïstes. Les héros ont toujours été en proie à de sombres désirs qu’ils n’ont jamais manqué de combattre avec fermeté. Ces histoires avaient toutes le même objectif : inciter les jeunes à lutter contre leurs démons intérieurs.

(pages 375-376 – La Reine des Batailles, Gemmell, éditions France Loisirs)

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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6 commentaires pour Reine des Batailles – de David Gemmell

  1. valdomir dit :

    Bonjour,
    je suis assez d’accord sur l’analyse, le fait que l’on va retrouver ce personnage à d’autres époques avec d’autres attitudes cependant est assez sympa. Si tu es en manque de lectures , je te recommande la série renégats dont le premier tome est le chevalier rouge.
    bonne lecture
    valdo

    • Hiiiiiiiiiiiii spoiler !!!!! Du coup j’en déduis que même si mamie Sigarni est morte elle va revenir autrement et autre part ? :/

      Ok, je la prends la prochaine fois que je vais en librairie 🙂

      • valdomir dit :

        hello,
        je me rends compte et j’en suis désolé que j’ai un « peu » spoilé
        mais ce personnage se retrouvant dans plusieurs livres de Gemmel à des époques différentes avec des vues différentes en fonction de son âge et de son statut m’a du coup bien plus et je pense qu’il est au moins dans un troisième livre comme personnage secondaire mais je ne vais pas être trop affirmatif avec l’âge….C’est un personnage qui suivant les livres du coup devient plus profond et plus nuancé. Il y a une autre trilogie de Gemmel que j’aime assez pour les mêmes raisons. L’un des personnages est un tyran mais avec des nuances qui s’affirment avec les tomes qui suivent.
        Dans la sf militaire, la série qui date un peu « confédération de Tanya Huff » est assez sympa à lire avec un perso central féminin de sergeant chef qui à de la présence.
        Et pour les plus vieux mais pas que, deux tomes de fantaisie Magie Ex libris de Hines que je trouve originaux et plein de références avec des clin d’oeil à d’autres livres.
        valdo

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