Lectures des mois de Janvier et de Février 2017 – Déambulations poétiques

Déambulations poétiques…

Ne m’étant pas motivée pour lire des romans dans leur intégralité, j’ai changé de projet de lecture pour ces deux mois qui inaugurent 2017. Je suis partie à l’aventure dans les univers poétiques de la littérature, prenant des recueils, les parcourant, les reposant un temps, les reprenant à un autre moment… Je picore un poème par-ci, un poème par-là, me délecte des sonorités de celui-ci, de celui-là… et j’ai passé un très bon moment…

Je ne vous parlerai ici que des recueils que j’ai parcouru dans leur intégralité ou presque à quelques extraits près.

Bonnes découvertes et bonne lecture !

Poésies nouvelles – Musset

Des célèbres Nuits en passant par d’autres pièces célèbres, ce nouveau voyage poétique dans les territoires de Musset fut très plaisant… Je ne m’en lasse pas. Musset est pour moi la plus belle plume romantique, plus humble que celle de Hugo, plus touchante aussi. Ce n’est toutefois que mon seul avis et je puis comprendre qu’il ne soit pas partagé.

A mon ami Alfred T.

Dans mes jours de malheur, Alfred, seul entre mille,
Tu m’es resté fidèle où tant d’autres m’ont fui.
Le bonheur m’a prêté plus d’un lien fragile ;
Mais c’est l’adversité qui m’a fait un ami.

C’est ainsi que les fleurs sur les coteaux fertiles
Etalent au soleil leur vulgaire trésor ;
Mais c’est au sein des nuits, sous des rochers stériles,
Que fouille le mineur qui cherche un rayon d’or.

C’est ainsi que les mers calmes et sans orages
Peuvent d’un flot d’azur bercer le voyageur ;
Mais c’est le vent du nord, c’est le vent des naufrages
Qui jette sur la rive une perle au pêcheur.

Maintenant Dieu me garde ! Où vais-je ? Eh ! que m’importe ?
Quels que soient mes destins, je dis comme Byron :
« L’Océan peut gronder, il faudra qu’il me porte. »
Si mon coursier s’abat, j’y mettrai l’éperon.

Mais du moins j’aurai pu, frère, quoi qu’il m’arrive,
De mon cachet de deuil sceller notre amitié,
Et, que demain je meure ou que demain je vive,
Pendant que mon coeur bat, t’en donner la moitié.

Non, quand bien même une amère souffrance

Non, quand bien même une amère souffrance
Dans ce coeur mort pourrait se ranimer ;
Non, quand bien même une fleur d’espérance
Sur mon chemin pourrait encor germer ;

Quand la pudeur, la grâce et l’innocence
Viendraient en toi me plaindre et me charmer,
Non, chère enfant, si belle d’ignorance,
Je ne saurais, je n’oserais t’aimer.

Un jour pourtant il faudra qu’il te vienne,
L’instant suprême où l’univers n’est rien.
De mon respect alors qu’il te souvienne !

Tu trouveras, dans la joie ou la peine,
Ma triste main pour soutenir la tienne,
Mon triste coeur pour écouter le tien.

Rappelle-toi

(Vergiss mein nicht)
(Paroles faites sur la musique de Mozart)

Rappelle-toi, quand l’Aurore craintive
Ouvre au Soleil son palais enchanté ;
Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive
Passe en rêvant sous son voile argenté ;
A l’appel du plaisir lorsque ton sein palpite,
Aux doux songes du soir lorsque l’ombre t’invite,
Ecoute au fond des bois
Murmurer une voix :
Rappelle-toi.

Rappelle-toi, lorsque les destinées
M’auront de toi pour jamais séparé,
Quand le chagrin, l’exil et les années
Auront flétri ce coeur désespéré ;
Songe à mon triste amour, songe à l’adieu suprême !
L’absence ni le temps ne sont rien quand on aime.
Tant que mon coeur battra,
Toujours il te dira
Rappelle-toi.

Rappelle-toi, quand sous la froide terre
Mon coeur brisé pour toujours dormira ;
Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
Sur mon tombeau doucement s’ouvrira.
Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.
Ecoute, dans la nuit,
Une voix qui gémit :
Rappelle-toi.

Se voir le plus possible…

Se voir le plus possible et s’aimer seulement,
Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge,
Vivre à deux et donner son coeur à tout moment ;

Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,
Faire de son amour un jour au lieu d’un songe,
Et dans cette clarté respirer librement –
Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci,
C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.

Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.

la-nuit-doctobre
Oublieuse mémoire – Supervielle

J’aime beaucoup Supervielle pour sa poésie très imagée, souvent obscure mais toujours très musicale selon mon humble avis. Oublieuse mémoire ne fait pas exception à cette sensation que me donne la plume de cet auteur. J’ai beaucoup apprécié vagabonder entre ces pages. Je vous propose trois poèmes parmi mes préférés du recueil :

Pâle soleil d’oubli, lune de la mémoire

Pâle soleil d’oubli, lune de la mémoire,
Que draines-tu au fond de tes sourdes contrées ?
Est-ce là ce peu que tu donnes à boire
Ces gouttes d’eau, le vin que je te confiai ?

Que vas-tu faire encor de ce beau jour d’été
Toi qui me changes tout quand tu ne l’as gâté ?
Soit, ne me les rends point tels que je te les donne
Cet air si précieux, ni ces chères personnes.

Que modèlent mes jours ta lumière et tes mains,
Refais par-dessus moi les voies du lendemain,
Et mène-moi le coeur dans les champs de vertige
Où l’herbe n’est plus l’herbe et doute sur sa tige.

Mais de quoi me plaignais-je, ô légère mémoire…
Qui avait soif ? Quelqu’un ne voulait-il pas boire ?

Me faut-il tant de jours pour qu’un jour je délivre

Me faut-il tant de jours pour qu’un jour je délivre
Ce qui se précisait en moi comme en un livre 
Et pour qu’à la lumière affleure l’être obscur
Qui volait dans le noir comme un oiseau futur.

Oui, d’un vol à venir je forme le présent
En le faisant sortir d’un passé nonchalant
Et voici mon toujours qui débarque à ma plume
Avec ce qu’il y faut de soleil et de brumes.

La Terre chante

A Octave Nadal.

Savez-vous ce que c’est d’être tout entière
Avec nuages, monts, collines et rivières,
Dans un enfant qui court ou marche à travers champs,
Mêlant ses divers pas à mon pas planétaire,
Et sans même se voir avancer sur la terre
Ni comprendre qu’il tient tête aux quatre éléments.
Il ne sait qui je suis ni de quoi je retourne
Et doit apprendre dans ses livres que je tourne.
Il fait, bon gré mal gré, figure de vivant
Et sur ses petits pieds naviguant à l’estime,
Le visage et le corps offerts à tous les vents,
Il vit, puisque c’est là vivre qu’être victime.

L’âme pleine de nœuds à l’ombre de la mort,
Me voici dans le corps d’une très vieille femme,
Qui se retourne pour injurier le sort,
Le visage élargi de colère et de larmes.
Me voici chien courant jusqu’à trouver un nom,
Chien de la terre, et tous deux nous tournons en rond.
Je me fais une place au fond de ce qui souffre
Moi qui vais suscitant la douleur et le souffle
Où personne avant moi n’avait pu pénétrer.
Je suis la terre où tout s’est toujours perpétré,

Des milliards de cœurs à la périphérie
Se cachent sous la peau et de l’air se méfient,
Des êtres dont la tête s’angoisse, aiguise l’air,
Font que le long du ciel mon ellipse est amère.
Ah ! que du plus lointain l’étoile reconnaisse
Celle qui fait sécher au soleil sa détresse !
Je deviens à mon tour une tête pensante,
Sans bien savoir à quoi, ainsi qu’une démente
Errant autour de moi d’un mouvement pareil
Je vais la chaîne au cou que forgea le soleil.

Matin, qui chaque jour t’élances, te fiances,
Libéré de la nuit et de ses méfiances,
Tu touches chaque objet pour la première fois
Et te penches pour voir s’il est comme il se doit !
Chacun se croit choisi par toi, celui-là même
Sur le bord de mourir apprend comme on l’aime.
Matin qui nais en nous aussi bien que sur nous
Et toujours plus léger que la brise à la branche,
Tu te noues seulement comme l’on se dénoue,
Tu pèses à rebours comme une délivrance.

Etre mer qui ne veut rien céder au rocher,
Et roc, d’autant plus dur qu’il se laisse approcher,
Eau douce qui se fie au fil de la rivière,
Aspire à l’océan mais vaque à ses affaires
Et s’attarde en passant à chaque bout de pré,
Bien avant de mourir voulant voir tout de près,
Cherchant fortune au loin mais vivant sa minute
Et mouillant ce qu’elle aime, y glissant sa volute,
Se retirant un peu pour juger de l’effet
Elle s’égare dans les roseaux, tout à fait.

L’obscurité brouillant les airs de sa disgrâce,
Tu remets chaque chose à son exacte place ;
Ressuscitant les morts que fit de nous la nuit,
Tu tires un à un du linceul de leurs lits
Les corps qui vont passant du noir à la lumière
De ce jour tout nouveau avec les yeux d’hier.
La terre les attend derrière les volets
Et de l’autre côté des songes en allés
Le soleil connaisseur qui nomme et qui dénombre
Remet sa part de jour à ce qui sort de l’ombre.

Ô nature, que faisons-nous d’un jour d’été,
D’une aube sans nuage et d’un mont dilaté,
D’un cèdre résumant la nuit même en plein jour,
Puisque l’homme ne voit rien de ce qui l’entoure.
Sous tant d’aveuglement le paysage meurt,
Se dessèche tout seul, de soi-même prend peur,
Le duvet des matins à tout jamais s’envole,
Le parfum n’ose plus s’évader des corolles,
Même quand le soleil le précède et le suit
L’homme montre un visage alourdi par la nuit.

Comme il m’efface avec sa gomme à ne rien voir !
Il ne voit pas la rose près de l’arrosoir,
Il porte autour de lui le brouillard de son être.
Ce n’est pas pour me voir qu’il ouvre sa fenêtre,
Il préfère sans moi chaque jour s’en aller
A son travail par ses intérieures allées,
Même dans les matins clairs où tout me désigne,
Où de tous les côtés je fais signes sur signes,
Par l’arbre, le chemin et les fleurs aux beaux noms
Et ce que le soleil invite de rayons !

Ô continents, soutien de mon front solitaire,
Dites-moi que je suis encore votre mère !
J’ai besoin qu’on me le répète, mes enfants,
Vous qui poussez vos terrasses dans l’océan,
Mon Europe, harmonie oh ! toujours déchirée,
Et renaissante Europe et toujours à l’orée
D’une aurore venant de ton fertile cœur
Fontaine de l’espoir et vieux puits de rancoeurs,
Laisse-moi t’apaiser d’une course éternelle
Dans le silence ailé de notre envol sans ailes.

Sous le jour qui s’éloigne et celui qui s’avance,
Ô France où tout se tient à la bonne distance
Et le mont ne t’allie à sa cime comblée
Que pour mieux te laisser courir dans la vallée.
Tu feins de nous laisser deviner tes desseins
Et même de te mettre à portée de la main,
Lorsque sans bouger un doigt tu nous distribues
Villages et clochers, champs, rivières et nues,
Et ta lumière nous devient si familière
Que nous pensons pouvoir la faire et la défaire.

Amérique joueuse entre deux océans,
Longue fille montrant un corps adolescent,
Qui n’a cru te surprendre au sortir de la mer ?
Tu cours du pôle sud à l’étoile polaire,
Ta flèche peut choisir sa cible dans le ciel,
Mais tu te laisses prendre au limon du réel.
Où ton regard se pose et s’appuie un instant,
On voit naître le feu, sourdre des diamants,
Vers tes yeux lumineux l’objet hausse la tête
Et devient tournesol pour mieux te faire fête.

Voici l’Himalaya qui hennit irréel,
Et cherche à bousculer les assises du ciel,
Grand cheval galopant sur place à toute allure
Et tirant vers le haut par ses mille encolures.
Il voulut d’un seul coup de reins quitter la terre
Et gela sous nos yeux la tête la première,
Attelage conduit par des vierges de neige
Qui, se figeant de tous leurs glaçons sur leurs sièges,
Elèvent dans le jour leur guerrière pâleur,
Livides d’autant plus qu’on leur brûla le cœur.

Se sentir Sibérie aux sources de l’Asie
Et glisser vers le sud ainsi qu’une hérésie,
Être Inde, avec ses dieux agitant bras et voiles,
Avoir faim sous le grand ciel assoiffé d’étoiles,
Passer dans la chaleur du tigre à l’éléphant,
Au cobra qui s’en va rampant et renaissant,
N’être qu’un léopard aux rayures qui bougent,
Puis rien qu’un grain de sable au bord de la Mer Rouge,
Mais qui, proliférant en dunes et mirages,
Forme le Sahara sous un soleil de rage.

Océanie, allais-je en la mer t’oublier
Avec tes autruchons ailés comme tes blés.
L’eau ne saurait cacher une fille que j’aime,
Tu sais que tu m’es bien plus proche que lointaine…
Ô mes cinq continents, glissons d’un vol aisé,
Serrés dans l’air que nous aurons fertilisé.
Tournons pour un soleil qui ne sait pas attendre,
Allons au fond du jour et d’une brise tendre,
Pour que, si l’on nous voit dans l’espace sans fin,
On dise : la voilà fidèle à son chemin,
Sous les pieds des mortels, la terre qui perdure,
Et passe sans laisser sillage ni murmure.

oublieuse-memoire

Les Fleurs du Mal – Baudelaire

Il ne me semble pas avoir ressenti autant de plaisir poétique en lisant les Fleurs du Mal que je n’en ai eu lors de cette redécouverte… Peut-être n’avais-je ni les clefs, ni la maturité autrefois ? Toujours est-il que j’ai dévoré l’intégralité de ce recueil, me délectant de ses sonorités aussi brillantes qu’étranges, de ces visions aussi dérangeantes que plaisantes. J’ai adoré me plonger dans cette beauté du mal… dans ces fleurs déchues ou ces souveraines pensées dépourvues à l’origine de toute noblesse… Il va être très dur pour moi de sélectionner seulement quelques extraits… aussi n’ai-je donc que la possibilité de vous renvoyer vous-même à votre propre lecture via ce lien si les quelques extraits ne suffisent pas à vous rassasier :
https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Fleurs_du_mal/1868

Le Léthé

Viens sur mon coeur, âme cruelle et sourde,
Tigre adoré, monstre aux airs indolents ;
Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants
Dans l’épaisseur de ta crinière lourde ;

Dans tes jupons remplis de ton parfum
Ensevelir ma tête endolorie,
Et respirer, comme une fleur flétrie,
Le doux relent de mon amour défunt.

Je veux dormir ! dormir plutôt que vivre !
Dans un sommeil aussi doux que la mort,
J’étalerai mes baisers sans remord
Sur ton beau corps poli comme le cuivre.

Pour engloutir mes sanglots apaisés
Rien ne me vaut l’abîme de ta couche ;
L’oubli puissant habite sur ta bouche,
Et le Léthé coule dans tes baisers.

A mon destin, désormais mon délice,
J’obéirai comme un prédestiné ;
Martyr docile, innocent condamné,
Dont la ferveur attise le supplice,

Je sucerai, pour noyer ma rancoeur,
Le népenthès et la bonne ciguë
Aux bouts charmants de cette gorge aiguë
Qui n’a jamais emprisonné de coeur.

Le serpent qui danse

Que j’aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux, où rien ne se révèle
De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêle
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de Bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon coeur !

Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire

Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire,
Que diras-tu, mon coeur, coeur autrefois flétri,
A la très-belle, à la très-bonne, à la très-chère,
Dont le regard divin t’a soudain refleuri ?

– Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges :
Rien ne vaut la douceur de son autorité ;
Sa chair spirituelle a le parfum des Anges,
Et son oeil nous revêt d’un habit de clarté.

Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l’air danse comme un flambeau.

Parfois il parle et dit :  » Je suis belle, et j’ordonne
Que pour l’amour de moi vous n’aimiez que le Beau ;
Je suis l’Ange gardien, la Muse et la Madone. « 

L’irrémédiable

I

Une Idée, une Forme, un Être
Parti de l’azur et tombé
Dans un Styx bourbeux et plombé
Où nul oeil du Ciel ne pénètre ;

Un Ange, imprudent voyageur
Qu’a tenté l’amour du difforme,
Au fond d’un cauchemar énorme
Se débattant comme un nageur,

Et luttant, angoisses funèbres !
Contre un gigantesque remous
Qui va chantant comme les fous
Et pirouettant dans les ténèbres ;

Un malheureux ensorcelé
Dans ses tâtonnements futiles,
Pour fuir d’un lieu plein de reptiles,
Cherchant la lumière et la clé ;

Un damné descendant sans lampe,
Au bord d’un gouffre dont l’odeur
Trahit l’humide profondeur,
D’éternels escaliers sans rampe,

Où veillent des monstres visqueux
Dont les larges yeux de phosphore
Font une nuit plus noire encore
Et ne rendent visibles qu’eux ;

Un navire pris dans le pôle,
Comme en un piège de cristal,
Cherchant par quel détroit fatal
Il est tombé dans cette geôle ;

– Emblèmes nets, tableau parfait
D’une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu’il fait !

II

Tête-à-tête sombre et limpide
Qu’un coeur devenu son miroir !
Puits de Vérité, clair et noir,
Où tremble une étoile livide,

Un phare ironique, infernal,
Flambeau des grâces sataniques,
Soulagement et gloire uniques
– La conscience dans le Mal !

Le voyage

A Maxime Du Camp.

I

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !

II

Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n’étant nulle part, peut être n’importe où !
Où l’homme, dont jamais l’espérance n’est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont :  » Ouvre l’oeil ! « 
Une voix de la hune, ardente et folle, crie .
 » Amour… gloire… bonheur !  » Enfer ! c’est un écueil !

Chaque îlot signalé par l’homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L’Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin.

Ô le Pauvre amoureux des pays chimériques !
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l’air, de brillants paradis ;
Son oeil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.

III

Etonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.

Dites, qu’avez-vous vu ?

IV

 » Nous avons vu des astres
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;
Et, malgré bien des chocs et d’imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.

La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.

Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !

– La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !

Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? – Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !

Nous avons salué des idoles à trompe ;
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;

 » Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse. « 

V

Et puis, et puis encore ?

VI

 » Ô cerveaux enfantins !
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout ;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu’assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;

L’Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
 » Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! « 

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l’opium immense !
– Tel est du globe entier l’éternel bulletin. « 

VII

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,

Comme le Juif errant et comme les apôtres,
A qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d’autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu’autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le coeur joyeux d’un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent :  » Par ici ! vous qui voulez manger

Le Lotus parfumé ! c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n’a jamais de fin ? « 

A l’accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
 » Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Electre ! « 
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

VIII

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

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Arbres d’hiver – Sylvia Plath

Cette lecture fut moins plaisante que celle d’Ariel. J’en parle plus longuement dans cet article.

La Traversée – Sylvia Plath

De même, vous aurez plus de détails sur cette lecture dans cet article.

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Les Rayons et les Ombres – Hugo

Extrait de la préface : « L’esprit de l’homme a trois clefs qui ouvrent tout : le chiffre, la lettre, la note. Savoir, penser, rêver. Tout est là. »

L’on revient à de la lecture plus classique avec un recueil de Victor Hugo. Ici, le poète touche à divers thèmes mais ce qui en unifie la trame d’ensemble c’est le statut du poète. Ce dernier est dépeint comme étant là pour guider le monde en énonçant les choses telles qu’elles sont ou telles qu’elles devraient être. Le poète est une figure dominante,  c’est lui qui détient cette vision, cette parole qui est force et vérité. Cette parole doit amener l’Homme à mieux se comprendre et à mieux être un Homme. Le titre du recueil est une antithèse parfaite qui illustre le basculement incessant entre les thématiques. L’on a les poèmes appartenant aux rayons, les joies, les plaisirs, la lumière ; et les poèmes appartenant aux ombres, les sombres pensées et réalités.

A un poète

Ami, cache ta vie et répands ton esprit.

Un tertre, où le gazon diversement fleurit ;
Des ravins où l’on voit grimper les chèvres blanches ;
Un vallon, abrité sous un réseau de branches
Pleines de nids d’oiseaux, de murmures, de voix,
Qu’un vent joyeux remue, et d’où tombe parfois,
Comme un sequin jeté par une main distraite,
Un rayon de soleil dans ton âme secrète ;
Quelques rocs, par Dieu même arrangés savamment
Pour faire des échos au fond du bois dormant ;
Voilà ce qu’il te faut pour séjour, pour demeure !
C’est là, – que ta maison chante, aime, rie ou pleure, –
Qu’il faut vivre, enfouir ton toit, borner tes jours,
Envoyant un soupir à peine aux antres sourds,
Mirant dans ta pensée intérieure et sombre
La vie obscure et douce et les heures sans nombre,
Bon d’ailleurs, et tournant, sans trouble ni remords,
Ton coeur vers les enfants, ton âme vers les morts !
Et puis, en même temps, au hasard, par le monde,
Suivant sa fantaisie auguste et vagabonde,
Loin de toi, par delà ton horizon vermeil,
Laisse ta poésie aller en plein soleil !
Dans les rauques cités, dans les champs taciturnes,
Effleurée en passant des lèvres et des urnes,
Laisse-la s’épancher, cristal jamais terni,
Et fuir, roulant toujours vers Dieu, gouffre infini,
Calme et pure, à travers les âmes fécondées,
Un immense courant de rêves et d’idées,
Qui recueille en passant, dans son flot solennel,
Toute eau qui sort de terre ou qui descend du ciel !
Toi, sois heureux dans l’ombre. En ta vie ignorée,
Dans ta tranquillité vénérable et sacrée,
Reste réfugié, penseur mystérieux !
Et que le voyageur malade et sérieux
Puisse, si le hasard l’amène en ta retraite,
Puiser en toi la paix, l’espérance discrète,
L’oubli de la fatigue et l’oubli du danger,
Et boire à ton esprit limpide, sans songer
Que, là-bas, tout un peuple aux mêmes eaux s’abreuve.

Sois petit comme source et sois grand comme fleuve.

hugo

Connaissance de l’Est – Claudel

Connaissance de l’Est est un recueil de poèmes en prose qui traitent de la découverte et du voyage vers l’Orient… On y voit se succéder les tableaux sur les différentes composantes de la société que le poète découvre, sur les paysages, les lieux, les impressions. Toutes les pièces ne m’ont pas transportées de la même manière mais je retiens de cette lecture une certaine force et une impression exotique. J’ai beaucoup aimé me laisser porter au gré de ces déambulations poétiques.

JARDINS

Il est trois heures et demie. Deuil blanc : le ciel est comme offusqué d’un linge. L’air est humide et cru.

J’entre dans la cité. Je cherche les jardins.

Je marche dans un jus noir. Le long de la tranchée dont je suis le bord croulant, l’odeur est si forte qu’elle est comme explosive. Cela sent l’huile, l’ail, la graisse, la crasse, l’opium, l’urine, l’excrément et la tripaille. Chaussés d’épais cothurnes ou de sandales de paille, coiffés du long capuce du foumao ou de la calotte de feutre, emmanchés de caleçons et de jambières de toile ou de soie, je marche au milieu de gens à l’air hilare et naïf.

Le mur serpente et ondule, et sa crête, avec son arrangement de briques et de tuiles à jour, imite le dos et le corps d’un dragon qui rampe ; une façon, dans un flot de fumée qui boucle, de tête le termine. — C’est ici. Je heurte mystérieusement à une petite porte noire : on ouvre. Sous des toits surplombants, je traverse une suite de vestibules et d’étroits corridors. Me voici dans le lieu étrange.

C’est un jardin de pierres. — Comme les anciens dessinateurs italiens et français, les Chinois ont compris qu’un jardin, du fait de sa clôture, devait se suffire à lui-même, se composer dans toutes ses parties. Ainsi la nature s’accommode singulièrement à notre esprit, et, par un accord subtil, le maître se sent, où qu’il porte son œil, chez lui. De même qu’un paysage n’est pas constitué par de l’herbe et par la couleur des feuillages, mais par l’accord de ses lignes et le mouvement de ses terrains, les Chinois construisent leurs jardins à la lettre, avec des pierres. Ils sculptent au lieu de peindre. Susceptible d’élévations et de profondeurs, de contours et de reliefs, par la variété de ses plans et de ses aspects, la pierre leur a semblé plus docile et plus propre que le végétal, réduit à son rôle naturel de décoration et d’ornement, à créer le site humain. La nature elle-même a préparé les matériaux, suivant que la main du temps, la gelée, la pluie, use, travaille la roche, la fore, l’entaille, la fouille d’un doigt profond. Visages, animaux, ossatures, mains, conques, torses sans tête, pétrifications comme d’un morceau de foule figée, mélangée de feuillages et de poissons, l’art chinois se saisit de ces objets étranges, les imite, les dispose avec une subtile industrie.

Le lieu ici représente un mont fendu par un précipice et auquel des rampes abruptes donnent accès. Son pied baigne dans un petit lac que recouvre à demi une peau verte et dont un pont en zigzag complète le cadre biais. Assise sur des pilotis de granit rose, la maison-de-thé mire dans le vert-noir du bassin ses doubles toits triomphaux, qui, comme des ailes qui se déploient, paraissent la lever de terre. Là-bas, fichés tout droit dans le sol comme des chandeliers de fer, des arbres dépouillés barrent le ciel, dominent le jardin de leurs statures géantes. Je m’engage parmi les pierres, et par un long labyrinthe dont les lacets et les retours, les montées et les évasions, amplifient, multiplient la scène, imitent autour du lac et de la montagne la circulation de la rêverie, j’atteins le kiosque du sommet. Le jardin paraît creux au-dessous de moi comme une vallée, plein de temples et de pavillons, et au milieu des arbres apparaît le poème des toits.

Il en est de hauts et de bas, de simples et de multiples, d’allongés comme des frontons, de turgides comme des sonnettes. Ils sont surmontés de frises historiées, décorés de scolopendres et de poissons : la cime arbore à l’intersection ultime de ses arêtes, — cerf, cigogne, autel, vase ou grenade ailée, — emblème. Les toitures dont les coins remontent, comme des bras on relève une robe trop ample, ont des blancheurs grasses de craie, de noirs de suie jaunâtres et mats. L’air est vert, comme lorsqu’on regarde au travers d’une vieille vitre.

L’autre versant nous met face au grand Pavillon, et la descente qui lentement me ramène vers le lac par des marches irrégulières gradue d’autres surprises. À l’issue d’un couloir, je vois les cinq ou six cornes du toit dont le corps m’est dérobé pointer en désordre contre le ciel. Rien ne peint le jet ivre de ces proues fées, la fière élégance de ces pédoncules fleuris qui dirigent obliquement vers la nue chagrine un lys. Pourvue de cette fleur, la forte membrure se relève comme une branche qu’on lâche.

J’ai atteint le bord de l’étang, dont les tiges des lotus morts traversent l’eau immobile. Le silence est profond comme dans un carrefour de forêt l’hiver.

Ce lieu harmonieux fut construit pour le plaisir des membres du « Syndicat du commerce des haricots et du riz », qui, sans doute, par les nuits de printemps, y viennent boire le thé en regardant briller le bord inférieur de la lune.

L’autre jardin est plus singulier.

Il faisait presque nuit, quand, pénétrant dans l’enclos carré, je le vis jusqu’à ses murs rempli par un vaste paysage. Qu’on se figure un charriement de rochers, un chaos, une mêlée de blocs culbutés, entassés là par une mer en débâcle, une vue sur une région de colère, campagne blême telle qu’une cervelle divisée de fissures entre-croisées. Les Chinois font des écorchés de paysages. Inexplicable comme la nature, ce petit coin paraissait vaste et complexe comme elle. Du milieu de ces rocailles s’élevait un pin noir et tors ; la minceur de sa tige, la couleur de ses houppes hérissées, la violente dislocation de ses axes, la disproportion de cet arbre unique avec le pays fictif qu’il domine, — tel qu’un dragon qui, fusant de la terre comme une fumée, se bat dans le vent et la nuée, — mettaient ce lieu hors de tout, le constituaient grotesque et fantastique. Des feuillages funéraires, çà et là, ifs, thuyas, de leurs noirs vigoureux, animaient ce bouleversement. Saisi d’étonnement, je considérais ce document de mélancolie. Et du milieu de l’enclos, comme un monstre, un grand rocher se dressait dans la basse ombre du crépuscule comme un thème de rêverie et d’énigme.

Anthologie de la poésie érotique française – Eros Emerveillé

[POUR LECTEURS AVERTIS BIEN ENTENDU !]

C’est par curiosité que je me suis emparée de cette anthologie sur un rayonnage en librairie. Une curiosité doublée d’une légère blague que je pensais faire à moi-même… et finalement j’ai fini par accrocher à ce recueil de manière inconditionnelle. J’ai trouvé cela enrichissant de parcourir l’expression érotique de tous ces auteurs et ces poètes à travers les siècles… L’on peut déployer devant soi un éventail de perceptions et de visions très diverses, des plus glauques, aux plus pures, des plus paillardes aux plus oniriques, des plus étranges aux plus communes. C’était un très bon moment à passer et une manière intéressante d’aborder la poésie et son expression des vices, des voluptés et des corps.

Pour seul extrait je propose mon préféré du moment… Et je m’abstiendrais de présenter d’autres pièces, non moins intéressantes, mais bien moins soft sur cet espace public…

Nocturne – de Renée Vivien

J’adore la langueur de ta lèvre charnelle
Où persiste le pli des baisers d’autrefois.
Ta démarche ensorcelle,
Et la perversité calme de ta prunelle
A pris au ciel du nord ses bleus traîtres et froids.

Tes cheveux, répandus ainsi qu’une fumée,
Clairement vaporeux, presque immatériels,
Semblent, ô Bien-Aimée,
Recéler les rayons d’une lune embaumée,
D’une lune d’hiver dans le cristal des ciels.

Le soir voluptueux a des moiteurs d’alcôve ;
Les astres sont comme des regards sensuels
Dans l’éther d’un gris mauve,
Et je vois s’allonger, inquiétant et fauve,
Le lumineux reflet de tes ongles cruels.

Sous ta robe, qui glisse en un frôlement d’aile,
Je devine ton corps, ― les lys ardents des seins,
L’or blême de l’aisselle,
Les flancs doux et fleuris, les jambes d’Immortelle,
Le velouté du ventre et la rondeur des reins.

La terre s’alanguit, énervée, et la brise,
Chaude encor des lits lointains, vient assouplir
La mer enfin soumise…
Voici la nuit d’amour depuis longtemps promise…
dans l’ombre je te vois divinement pâlir.

anthologie
Anthologie du poème court japonais – Haiku

Le Haiku est une forme de poème japonais très courte qui vise à saisir l’instant présent et à l’immortaliser dans un trace aussi brève que son caractère éphémère premier. Le concept – si je l’ai bien perçu – est en soi très intéressant. Seulement, j’ai du mal à adhérer à cette forme, préférant les grands développements de la poésie plus « classique ». Question de goût et non de qualité en l’occurrence.

anthologie-haiku

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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