La Traversée – de Sylvia Plath

Mon bilan de lecture pour la Traversée est sensiblement le même que pour Arbres d’hiver. Si Ariel m’avait paru un agréable moment à passer, je ne peux pas en dire autant de celui-là. Sans être désagréable pour autant, la poésie ne m’a pas emportée dans son galop et je suis restée indifférente à la plupart des pièces de ce recueil. Je proposerais donc quelques extraits parmi ce qui m’a tout de même plu et je vous laisserais découvrir le reste par vous-mêmes. Bonne lecture !

sylvia-plath-1

Lettre d’amour

Pas facile de formuler ce que tu as changé pour moi.
Si je suis en vie maintenant, j’étais morte alors,
Bien que, comme une pierre, sans que cela ne m’inquiète,
Et je restais là sans bouger selon mon habitude.
Tu ne m’a pas simplement un peu poussée du pied, non –
Ni même laissé régler mon petit oeil nu
A nouveau vers le ciel, sans espoir, évidemment,
De pouvoir appréhender le bleu, ou les étoiles.

Ce n’était pas ça. Je dormais, disons : un serpent
Masqué parmi les roches noires telle une roche noire
Se trouvant au milieu du hiatus blanc de l’hiver –
Tout comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir
A ce million de joues parfaitement ciselées
Qui se posaient à tout moment afin d’attendrir
Ma joue de basalte. Et elles se transformaient en larmes,
Anges versant des pleurs sur des natures sans relief,
Mais je n’étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.
Chaque tête morte avait une visière de glace.

Et je continuais de dormir, repliée sur moi-même.
La première chose que j’ai vue n’était que de l’air
Et ces gouttes prisonnières qui montaient en rosée,
Limpides comme des esprits. Il y avait alentour
Beaucoup de pierres compactes et sans aucune expression.
Je ne savais pas du tout quoi penser de cela.
Je brillais, recouverte d’écailles de mica,
Me déroulais pour me déverser tel un fluide
Parmi les pattes d’oiseaux et les tiges des plantes.
Je ne m’y suis pas trompée. Je t’ai reconnu aussitôt.

L’arbre et la pierre scintillaient, ils n’avaient plus d’ombres.
Je me suis déployée, étincelante comme du verre.
J’ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :
Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.
De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l’air, mon âme pour vêtement,
Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don.

Miroir

Je suis d’argent et exact. Je n’ai pas de préjugés.
Tout ce que je vois je l’avale immédiatement,
Tel quel, jamais voilé par l’amour ou l’aversion.
Je ne suis pas cruel, sincère seulement –
L’oeil d’un petit dieu, à quatre coins.
Le plus souvent je médite sur le mur d’en face.
Il est rose, moucheté. Je l’ai regardé si longtemps
Qu’il semble faire partie de mon coeur. Mais il frémit.
Visages, obscurité nous séparent encore et encore.

Maintenant je suis un lac. Une femme se penche au-dessus de moi,
Sondant son étendue pour y trouver ce qu’elle est vraiment.
Puis elle se tourne vers ces menteuses, les chandelles ou la lune.
Je vois son dos, et le réfléchis fidèlement.
Elle me récompense avec des larmes et une agitation de mains.
Je compte beaucoup pour elle. Elle va et vient.
Chaque matin c’est son visage qui remplace l’obscurité.
En moi elle a noyé une jeune fille, et en moi une vieille femme
Se jette sur elle jour après jour, comme un horrible poisson.

Dernières paroles 

Je ne veux pas une boîte quelconque, je veux un sarcophage
Avec des rayures de tigre, et un visage dessus
Aussi rond que la lune, pour observer le ciel.
Je veux pouvoir les regarder lorsqu’ils viendront
Choisir parmi les minéraux muets, les racines.
Je les vois déjà – ces pâles visages, à des années-lumière.
Actuellement ils ne sont rien, ils ne sont même pas des bébés.
Je les imagine sans père ni mère, comme les premiers dieux.
Ils se demanderont si j’étais importante.
Je devrais sucrer et conserver mes jours comme des fruits!
Mon miroir se couvre de buée –
Si l’on respire encore un peu, il ne réfléchira plus rien.
Les fleurs et les visages deviennent blanc linceul.

Je ne fais pas confiance à l’esprit. Il s’échappe comme de la vapeur
Dans les rêves, par le trou de la bouche ou de l’oeil. Je ne peux l’arrêter.
Un jour il ne reviendra pas. Les choses ne sont pas comme ça.
Elles restent, leur petit lustre particulier
Réchauffé par des mains familières. Elles ronronnent presque.
Quand les plantes de mes pieds deviendront froides,
L’oeil bleu de ma turquoise me consolera.
Qu’on me donne mes pots de cuivre, qu’on me laisse mes pots de rouge
S’épanouir autour de moi comme des fleurs nocturnes, avec une bonne odeur.
Ils m’enrouleront dans des bandelettes, ils mettront mon coeur en réserve
Sous mes pieds dans un paquet soigné.
Je me reconnaîtrai à peine. Il fera sombre
Et l’éclat de ces choses infimes sera plus doux que le visage d’Ishtar.

___________________

[Je décline toute responsabilité quant à la présence des publicités imposées par le serveur wordpress, sur cette page ou toute autre]

Publicités

A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
Cet article a été publié dans AUTEURS & OEUVRES, De la Littérature Classique, Sylvia Plath. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour La Traversée – de Sylvia Plath

  1. Ping : Lectures des mois de Janvier et de Février 2017 – Déambulations poétiques | Havre de pensées & de mots

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s