Arbres d’hiver – de Sylvia Plath

J’avais fait un agréable voyage poétique avec le recueil Ariel et je pensais réitérer cette expérience avec Arbres d’hiver. Mais la réalité a été bien différente. Si l’on retrouve dans ces textes ce souffle et ce rythme particuliers à l’auteure – ou du moins à sa traduction française -, j’ai été beaucoup moins touchée par le contenu. Je ne peux pas dire que c’est une lecture désagréable, loin de là, mais elle ne m’a pas transcendée.

Aussi vais-je me contenter de partager deux trois poèmes que j’ai apprécié et je vous laisserai juger du rester par vous-même.

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Arbres d’hiver 

Les lavis bleus de l’aube se diluent doucement.
Posé sur son buvard de brume
Chaque arbre est un dessin d’herbier –
Mémoire accroissant cercle à cercle
Une série d’alliances.

Purs de clabaudage et d’avortements,
Plus vrais que des femmes,
Ils sont de semaison si simple !
Frôlant les souffles déliés
Mais plongeant profond dans l’histoire –

Et longés d’ailes, ouverts à l’au-delà.
En cela pareils à Léda.
Ô mère des feuillages, mère de la douceur
Qui sont ces vierges de pitié ?
Des ombres de ramiers usant leur berceuse inutile.

Stérile 

La matrice
Secoue sa cosse, la lune
Echappe à l’arbre et part à la dérive.

Mon paysage est une main sans lignes,
Tous les chemins s’y nouent,
Je suis le noeud serré,

La rose que tu accomplis –
Ô ce corps,
Cet ivoire

Sans dieu comme un cri d’enfant.
Femme araignée, je trame des miroirs
Qui sont à mon image

Et qui n’expriment que du sang –
Goûtez-le, rouge, encré de noir !
Et ma forêt

Mon deuil,
Et cette colline et cette autre
Toutes luisantes de bouches mortes.

L’autre

Tu rentres tard, essuyant tes lèvres.
Qu’ai-je oublié sur le seuil –

Nikê laiteuse,
Qui coule entre ces murs ?

En souriant l’éclair bleuâtre assume
Comme un croc de boucher le fardeau de son rôle.

Les flics t’adorent, tu avoues tout.
Brillantine, cirage noir, vieux plastique,

Ma vie est donc si mystérieuse ?
Pourquoi ces yeux écarquillés ?

Pourquoi ces poussières qui se défont dans l’air ?
Fausses poussières, corpuscules.

Ouvre ton sac à main. D’où vient cette odeur ?
De ton vieux tricot qui s’escrime

A s’entr’accrocher maille à maille
Et de tes bonbons tout poisseux.

J’ai ta tête sur mon mur
Et des cordons ombilicaux luisants, violacés,

Crient de mon ventre en flèches
Que je chevauche. Ô clair de lune, ô dégoût,

Les chevaux razziés, les fornications
Tournent autour d’une matrice en marbre.

Où cours-tu si loin qu’il te faille
Pomper de l’air au kilomètre ?

De sulfureux adultères geignent en rêve.
Lame de verre, tu te glisses

Entre moi et moi.
Je griffe comme un chat.

Le sang gonfle en fruit noir –
Rien qu’un truc, cosmétique.

Tu souris.
Non, ce n’est pas fatal.

___________________

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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2 commentaires pour Arbres d’hiver – de Sylvia Plath

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