A la [re]découverte de Musset – Cinquième étape : La Nuit d’Août

Six ans après les premiers articles sur Musset, je viens pour compléter une présentation qui était restée en suspens (et qui n’est certainement malheureusement pas la seule !).
Voici donc un magnifique moment en compagnie de « la Nuit d’Août »…

Rapide commentaire :

Cette fois-ci, la Muse n’est plus là pour écouter ou réconforter son poète, ni même pour l’inciter à chanter… C’est une déesse froissée qui exprime son mécontentement face à l’inconstance du poète et au dédain qu’il lui manifeste selon elle.
L’on a d’un côté une Muse agacée et en colère, et de l’autre un Poète insouciant et joyeux qui dédramatise l’humeur noire de sa céleste compagne. Et tandis qu’elle se perd en imprécations et en menaces, lui ne semble pas le moins du monde s’en émouvoir.
De façon tout à fait magistrale, le poète ferme le texte par une série de strophes de cinq vers dans lesquelles il expose la magie de la vie, l’énergie de l’amour avec force et passion, mettant fin aux plaintes de la Muse puisqu’il a le dernier mot.

la-nuit-daout

Extrait :

LE POÈTE

Puisque l’oiseau des bois voltige et chante encore
Sur la branche où ses oeufs sont brisés dans le nid ;
Puisque la fleur des champs entr’ouverte à l’aurore,
Voyant sur la pelouse une autre fleur éclore,
S’incline sans murmure et tombe avec la nuit,

Puisqu’au fond des forêts, sous les toits de verdure,
On entend le bois mort craquer dans le sentier,
Et puisqu’en traversant l’immortelle nature,
L’homme n’a su trouver de science qui dure,
Que de marcher toujours et toujours oublier ;

Puisque, jusqu’aux rochers tout se change en poussière ;
Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain ;
Puisque c’est un engrais que le meurtre et la guerre ;
Puisque sur une tombe on voit sortir de terre
Le brin d’herbe sacré qui nous donne le pain ;

Ô Muse ! que m’importe ou la mort ou la vie ?
J’aime, et je veux pâlir ; j’aime et je veux souffrir ;
J’aime, et pour un baiser je donne mon génie ;
J’aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie
Ruisseler une source impossible à tarir.

J’aime, et je veux chanter la joie et la paresse,
Ma folle expérience et mes soucis d’un jour,
Et je veux raconter et répéter sans cesse
Qu’après avoir juré de vivre sans maîtresse,
J’ai fait serment de vivre et de mourir d’amour.

Dépouille devant tous l’orgueil qui te dévore,
Coeur gonflé d’amertume et qui t’es cru fermé.
Aime, et tu renaîtras ; fais-toi fleur pour éclore.
Après avoir souffert, il faut souffrir encore ;
Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé.

___________________

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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Un commentaire pour A la [re]découverte de Musset – Cinquième étape : La Nuit d’Août

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