Jules César – de Shakespeare

Jules César est une tragédie de Shakespeare en 5 actes. Cette pièce à thème antique relate la manière dont se construit la rébellion contre César au moment où ce dernier est sur le point d’obtenir les pleins pouvoirs dans la cité. Les rebelles font de Brutus le pivot de la conspiration et de l’assassinat du plus grand personnage de Rome. La principale particularité de cette tragédie est que le moment attendu par le lecteur-spectateur (c’est-à-dire l’assassinat de Jules César) arrive tôt, dès le troisième acte. On a donc une pièce en deux temps. D’abord la révélation de la conspiration, l’intégration de Brutus à celle-ci puis l’assassinat. Puis les suites de cet événement qui secoue Rome sur ses bases même. Antoine réussit à soulever Rome contre les conspirateurs qui s’étaient attirés les faveurs du peuple en se posant en libérateurs de la cité. Avec Octave et Lépide, il fonde le triumvirat et s’évertue à mater les conspirateurs. Brutus, hanté par le spectre de César et les forces d’Antoine et d’Octave finit par mettre fin à ses jours…

Quelques extraits :

Extrait 1

CALPHURNIA

Que prétendez-vous, César ? Penseriez-vous à sortir ? Vous ne bougerez pas de chez vous aujourd’hui.

CÉSAR

César sortira. Les choses qui m’ont menacé ne m’ont jamais aperçu que de dos ; dès qu’elles verront la face de César, elles s’évanouiront.

CALPHURNIA

César, jamais je ne me suis arrêtée aux présages, mais aujourd’hui ils m’effraient. Il y a ici quelqu’un, sans parler de ce que nous avons vu et entendu, qui raconte d’horribles visions apparues aux gardes. Une lionne a mis bas dans la rue ; les tombeaux ont baillé et exhalé leurs morts. Dans les nues se heurtaient de farouches guerriers de feu, régulièrement formés en bataille par lignes et par carrés ; et le sang tombait en bruine sur le Capitole. Le bruit du combat retentissait dans l’air : les chevaux hennissaient, les mourants râlaient ; et des spectres criaient et hurlaient à travers les rues. Ô César, ces choses sont inouïes, et j’en ai peur.

CÉSAR

Inévitables sont les fins déterminées par les dieux puissants. César sortira ; car ces prédictions s’adressent au monde entier autant qu’à César.

CALPHURNIA

Quand les mendiants meurent, il n’apparaît pas de comètes ; mais les cieux eux-mêmes éclairent la mort des princes.

CÉSAR

Les lâches meurent bien des fois avant leur mort ; les vaillants ne sentent qu’une fois la mort. De tous les prodiges dont j’ai jamais ouï parler, le plus étrange pour moi, c’est que les hommes aient peur, voyant que la mort est une fin nécessaire qui doit venir quand elle doit venir.

Le serviteur rentre.
CÉSAR

Que disent les augures ?

LE SERVITEUR

Ils voudraient que vous ne sortissiez pas aujourd’hui ; en enlevant les entrailles d’une victime, ils n’ont pu trouver le cœur de l’animal.

CÉSAR

Les dieux font par là honte à la couardise. César serait un animal sans cœur, si par peur il restait aujourd’hui chez lui. Non, César ne restera pas… Le danger sait fort bien que César est plus dangereux que lui : nous sommes deux lions mis bas le même jour ; mais moi, je suis l’aîné et le plus terrible. Et César sortira.

CALPHURNIA

Hélas ! monseigneur, votre sagesse se consume en confiance. Ne sortez pas aujourd’hui. Déclarez que c’est ma crainte qui vous retient ici, et non la vôtre. Nous enverrons Marc-Antoine au sénat ; et il dira que vous n’êtes pas bien aujourd’hui. Laissez-moi vous persuader à genoux.

CÉSAR

Soit ! Antoine dira que je ne suis pas bien, et, pour te complaire, je resterai chez moi.

 

Extrait 2

ANTOINE, se penchant sur le corps de César.

Ô puissant César ! Es-tu donc tombé si bas ! Toutes tes conquêtes, tes gloires, tes triomphes, tes trophées se sont rétrécis à ce petit espace !… Adieu !

Il se retourne vers les conjurés.

Je ne sais, messieurs, ce que vous projetez, quel autre ici doit perdre du sang, quel autre a la pléthore. Si c’est moi, je ne connais pas d’heure aussi opportune que l’heure où César est mort, ni d’instruments aussi dignes que ces épées, enrichies du plus noble sang de l’univers. Je vous en conjure, si je vous suis à charge, maintenant que vos mains empourprées sont encore fumantes et moites, satisfaites votre volonté ! Quand je vivrais mille ans, jamais je ne me trouverais si disposé à mourir. Aucun lieu, aucun genre de mort ne me plaira, comme d’être frappé ici, près de César, par vous, l’élite des grands esprits de cet âge.

BRUTUS

Ô Antoine ! ne nous demandez pas votre mort. Certes nous devons vous paraître bien sanguinaires et bien cruels, avec de pareilles mains, après une telle action ; mais vous ne voyez que nos mains, et leur œuvre encore saignante : vous ne voyez pas nos cœurs : ils sont pleins de pitié ! C’est la pitié pour les douleurs publiques de Rome (la pitié chasse la pitié, comme la flamme chasse la flamme) qui a commis cet attentat sur César. Mais pour vous, Marc-Antoine, pour vous nos glaives ont des pointes de plomb. Nos bras, forts pour l’amitié comme pour la haine, nos cœurs frères par l’affection, vous accueillent avec l’empressement de la sympathie, de l’estime et de la déférence.

CASSIUS

Nulle voix ne sera plus puissante que la vôtre dans la distribution des nouvelles dignités.

BRUTUS

Prenez seulement patience jusqu’à ce que nous ayons apaisé la multitude que la frayeur a mise hors d’elle-même, et alors nous vous expliquerons pourquoi moi, qui aimais César, je me suis décidé ainsi à le frapper.

ANTOINE

Je ne doute pas de votre sagesse. Que chacun me tende sa main sanglante ! Je veux serrer la vôtre d’abord, Marcus Brutus, puis je prends la vôtre, Caïus Cassius… Maintenant, Décius Brutus, la vôtre ; maintenant la vôtre, Métellus ; la vôtre, Cinna ; la vôtre aussi, mon vaillant Casca ; enfin, la dernière, mais non la moindre en sympathie, la vôtre, bon Trébonius. Messieurs, hélas ! que puis-je dire ? Ma réputation est maintenant sur un terrain si glissant que, dilemme fatal, je dois passer à vos yeux pour un lâche ou pour un flatteur… Que je t’aimais César, oh ! c’est la vérité. Si ton esprit nous aperçoit maintenant, n’est-ce pas pour toi une souffrance, plus cruelle que n’a été ta mort, de voir ton Antoine faisant sa paix avec tes ennemis, ô grand homme ! en présence de ton cadavre ? Si j’avais autant d’yeux que tu as de blessures, tous versant autant de larmes qu’elles dégorgent de sang, cela me siérait mieux que de conclure un pacte avec tes ennemis. Pardonne-nous, Jules !… Ici tu as été cerné, héroïque élan ; ici tu es tombé, et ici se tiennent tes chasseurs, teints de ta dépouille et tout cramoisis de ta mort. Ô monde ! tu étais la forêt de cet élan, et c’est bien lui, ô monde, qui te donnait l’élan ! Comme le cerf, frappé par plusieurs princes, te voilà donc abattu !

Lien vers la version intégrale (pour les plus curieux) :

Traduction de François-Victor Hugo
https://fr.wikisource.org/wiki/Jules_C%C3%A9sar_(Shakespeare)/Traduction_Hugo,_1872

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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