Pandora – de Gérard de Nerval

Pandora, tel que je l’ai lu, est un petit recueil de trois nouvelles édité chez Folio 2€. Les avantages majeurs d’une telle édition sont de permettre une lecture courte, rapide et souvent agréable. Je vais donc maintenant présenter ces trois nouvelles de Nerval.

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Pandora

« Te voilà encore, enchanteresse, m’écriais-je, et la boîte fatale, qu’en as-tu fait ? »

Le narrateur vit en Autriche. Il aime une femme que l’on nomme Pandora, actrice au théâtre de Vienne, dont la volupté n’a d’égale que ses caprices. L’amour que le personnage ressent pour cette femme est alors source de douleur et d’humiliation. Il tente de la fuir se sentant tel Prométhée unit à la néfaste Pandore de la mythologie grecque ; Prométhée condamné à souffrir sur un rocher, déchiré par un rapace nuit après nuit. Ce parallèle fantasque prend de plus en plus de corps, jusqu’à ce que le lecteur ne sache plus vraiment si le personnage l’imagine ou si c’est vrai.
C’est bien fait, court et sympathique.


La main enchantée


« Nul ne meut avant son heure ! » dit Sénèque le Tragique.

Eustache est un marchand paisible du XVIIe siècle qui épouse une femme et prend le commerce de son beau-père. Le bonheur semble parfait. Mais deux événements ternissent ce tableau. Le premier c’est la prédiction que lui fait un gitan en lisant les lignes de sa main : il va mourir sur le gibet. Le deuxième c’est l’invitation permanente que se permet de renouveler le neveu de sa femme dans le logis et qui insupporte le mari. Vous l’aurez compris, les deux événements sont liés, et d’une manière ou d’une autre, le dernier va entraîner la réalisation de la prédiction.
En effet, sa patience étant à bout, il ferme son logis au neveu. Celui entre tout de même par effraction. Le marchand se dit alors que sa seule solution est de défier l’autre en duel pour en venir à bout et sauver son honneur…
Seulement, Eustache n’est pas un combattant, alors que l’autre est un militaire. Ses chances de gagner étant réduites, il fait appel au gitan pour qu’il pratique un charme lui assurant la victoire. Le gitan lui affirme ne verser uniquement que dans la magie blanche et opère un sortilège sur la main du marchand. Ce dernier doit absolument lui payer la somme due 10 jours après le duel…
Lors du duel, Eustache tue son neveu. Les duels n’étaient, à l’époque, pas absolument interdits, mais ils devenaient de moins en moins tolérés par le pouvoir. Eustache se cache donc, craignant qu’on ne l’arrête pour faire un exemple contre cette pratique. Durant 10 jours il se terre, habité par la crainte. Au bout de 10 jours, il se décide à aller voir l’un de ses amis magistrat pour lui raconter l’histoire du duel et lui demander sa protection. Mais il se met à le gifler violemment, sans pouvoir se contrôler. Cet ami le fait arrêter et le dénonce aux autorités. Il est condamné à mort…
Dans sa cellule, avant la pendaison, le gitan vient lui rendre visite. Il lui explique que le fait de ne pas l’avoir payé comme promis n’a pas dissipé le charme de la main. Elle est désormais habitée d’une volonté propre et cherche à se libérer de son propriétaire. C’est pour cela qu’elle l’a conduit au gibet.
Eustache est donc pendu mais les prodiges ne s’arrêtent pas là. Alors qu’il est mort, la main continue de vivre. on la lui tranche et elle rejoint le gitan qui l’a enchanté, devenant un objet magique, une main de gloire.

Cette nouvelle fantastique m’était inconnue – contrairement à celle qui suivra dans ce mini-recueil. Malgré les longueurs de la mise en place, je l’ai trouvée passionnante. Non pas parce que les personnages sont attachants. Je n’ai par exemple ressenti aucune pitié pour Eustache, j’avais même tendance à penser dire « bien fait pour lui » ! J’ai bien aimé ce récit parce que l’action est plaisante, Les liens qui sont faits entre prédiction, destin, charme et sentence et le dénouement sont intéressants.

Le monstre vert

La danse s’arrêta, des cris d’effroi se firent entendre dans tous les coins de la cave, et le sergent sentit ses cheveux se dresser en voyant que le vin répandu paraissait former une mare de sang.

Des événements étranges ont lieu dans une cave… Un homme plus courageux que ceux qui s’assemblent près du lieu du prodige ose descendre dans cette cave. Il assiste à un ballet de bouteilles. Il en casse une par inadvertance et elle se métamorphose en cadavre de femme. Mais seul lui voit cela, les autres ne voient qu’une bouteille cassée et le breuvage rouge sang tout autour épars.
Ce même homme a gardé pour lui l’une des bouteilles. Il la consomme avec sa femme le jour de leur mariage. Mais ils auraient dû s’en abstenir. Leur enfant naît vert, doté de cornes et d’une queue. Ce petit diable leur fait mener une vie infernale et leurs nuits sont troublées par des cauchemars en lien avec les mystères qui ont eu lieu dans la cave où est descendu le mari et où il a dérobé la bouteille qu’ils ont bu. Jusqu’au jour où l’enfant disparaît…

Plutôt courte, cette nouvelle est un étrange contraste entre faits angoissants et faits donnant à rire. Ce mélange donne une lecture facile et intense. Je ne la découvrais pas, mais je l’ai relue avec plaisir.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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Un commentaire pour Pandora – de Gérard de Nerval

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