La Marquise – de Mireille Calmel

J’ai ouvert ce livre et je ne l’ai refermé qu’une seule fois… Une fois que j’en avais lu la dernière page ! Je l’ai trouvé admirable et époustouflant. Je sais que j’en garderai un souvenir impérissable.

9782266254731

Quatrième de couverture :

En cet été 1763, Renée Pélagie de Montreuil est depuis quelques mois la marquise de Sade. Une marquise très éprise mais très chaste qui reçoit une mystérieuse lettre l’informant de l’inconduite de son époux, et l’invitant à la constater par elle-même. Un premier billet anonyme qui ouvre à la belle des horizons merveilleusement interdits… Une plongée piquante et voluptueuse dans le Paris licencieux des Lumières…

Avis personnel :

Etant donné que l’auteure prend la peine de le faire en début d’oeuvre, je vais le signaler avant de donner mon avis personnel, afin d’être certaine de savoir de quoi nous parlons. Cette oeuvre est destinée à un public majeur et averti en raison de ce qu’implique la notion de libertinage et la volonté descriptive de l’auteur.

Cela étant fait, il est temps d’en venir à mes impressions. Comme mentionné en introduction, je l’ai trouvé admirable et époustouflant ! Pourquoi ? Les personnages. L’intrigue. La plume de l’auteure.

Les personnages sont travaillés de telle sorte que je n’ai pas pu m’empêcher de les prendre en affection et de suivre leur évolution avec empathie. Notre protagoniste principale, la jeune Marquise de Sade est agaçante dans ses travers de pudeur, mais elle n’en est pas moins attachante puisqu’on est tout de suite plongé dans son désarroi et la violence de la réalité qu’elle découvre. C’est avec espoir, fébrilité et curiosité que l’on assiste à sa progression sur la voie du désir et de l’érotisme. Le Marquis quant à lui sait rester humain aux yeux du lecteur malgré l’illustration de sa perversité et de sa cruauté. Sans compter la beauté de la passion qui les unit tous deux. Un beau duo mis en relief par l’atmosphère de la Cour et du Paris du XVIIIe, où tout oscille entre besoin de paraître exemplaire et licence libertine à demi-révélée, entre l’esprit des Lumières et la morale conservatrice.

L’intrigue est en soi simple : c’est la conquête du désir de sa froide épouse par le Marquis de Sade. Mais la manière dont cela est mis en scène est relevé, travaillé et orchestré à merveille. A la manière des Liaisons Dangereuses, le roman devient épistolaire et se fait la vitrine des échanges entre la Marquise et un prétendu ami qui lui révèle les frasques de son mari d’abord, puis l’aide à s’émanciper de ses pensées catholiques pour embrasser la passion et le corps. L’échange monte en intensité au fur et à mesure, jusqu’à la première entrevue entre cet inconnu et elle, les yeux bandées, soumettant son corps, affrontant les derniers vestiges de son éducation de prude. Une entrevues suivie de plusieurs autres. Tout est à son paroxysme lorsque la vérité éclate : il n’y a pas d’inconnu, juste un époux qui a voulu atteindre sa femme en créant un lien avec elle à travers les échanges de lettres. Ils le diront souvent : il y a le mari, l’amant et l’ami. Dès lors, leur complicité est inébranlable, même lorsque les frasques libertines du mari le conduisent en prison. La confiance est leur maître mot.

La plume de l’auteure est aussi un point fort de l’ouvrage. C’est mon premier contact avec Mireille Calmel, aussi je ne puis juger de ce qu’elle fait dans ses autres romans. Mais je tiens à dire que j’ai été subjuguée par cette plume, sa manière d’imiter le parler du XVIIIe (et le lien que je fais avec les Liaisons Dangereuses peut s’établir de cette façon aussi), mais pas seulement. Il y a aussi une aisance pour explorer les sens, les sensations et les émotions que je peux considérer comme magnifique. C’est un bon moment, avec des personnages et une intrigue de qualité, mais l’oeuvre doit sa prestance à la plume qui la décrit et qui la sert.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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4 commentaires pour La Marquise – de Mireille Calmel

  1. Mina dit :

    Je crois que je suis la seule rabat-joie concernant ce livre… Si j’ai été charmée par le style pour les mêmes raisons que toi et ai apprécié l’écriture érotique de Mireille Calmel, j’ai noté de sérieux bémols quant au fond. Les personnages ne m’ont pas parus crédibles, en particulier le Marquis de Sade : une romance le mettant en scène, même érotique, n’est pas concevable dans un esprit de vérité historique. Ca m’a bloquée et a orienté ma lecture vers le sentiment d’un coup marketing : un roman dans la mouvance de l’érotisme romantique faussement hard à la « 50 nuances », avec un fond historique en guise de plus-value.
    En ce qui concerne l’aspect épistolaire, j’y suis particulièrement sensible, et là encore, il y a des incohérences : certaines lettres s’adressent davantage au lecteur qu’au personnage ; pourquoi lui raconter ce qu’il sait déjà ? Le motif de l’excitation attisée ne suffit pas à justifier ces passages.

    • L’attrait que j’y ai trouvé est peut-être dû à ma méconnaissance de l’histoire. N’ayant pas une idée précise de Sade – hormis ce qu’on en sait généralement et le contenu de ses oeuvres – cet aspect romance ne m’a pas heurtée. J’ai trouvé le personnage humain, peut-être l’est-il un peu trop du coup ?
      Pour les lettres je n’ai pas ressenti cela… Le procédé lui faisant raconter ce qu’elle a vécu fait partie d’un « jeu » entre eux et c’est comme cela que je l’ai pris.

      • Mina dit :

        Le fait qu’elle humanise Sade ne me dérange pas, c’est cette idée d’un comportement si romantique qui me semble peu crédible et même anachronique. La fin en particulier tombe dans l’excès. Elle a gardé les faits historiques, mais a brodé avec un peu trop de liberté selon moi.
        Pour les lettres, même en admettant cette notion de jeu, elle ne se justifie pas dans toutes les lettres. Malheureusement, je n’ai plus le livre sous la main pour relever un des passages qui m’a dérangée.

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