Chroniques du Tueur de Roi – Tome 1 : Le Nom du Vent – Patrick Rothfuss

Chroniques du Tueur de Roi
Tome 1 : Le Nom du Vent
De Patrick Rothfuss

Premier tome d’une trilogie, Le Nom du Vent ouvre les portes d’un univers touchant que l’on peut aisément qualifier de poétique à de nombreuses reprises.


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Quatrième de couverture :

J’ai libéré des Princesses. J’ai incendié la ville de Trebon. J’ai suivi des pistes au clair de lune que personne n’ose évoquer durant le jour. J’ai conversé avec des dieux, aimé des femmes et écrit des chansons qui font pleurer les ménestrels.
J’ai été exclu de l’Université à un âge où l’on est encore trop jeune pour y entrer. J’y étais allé pour apprendre la magie, celle dont on parle dans les histoires.
Je voulais apprendre le nom du vent.
Mon nom est Kvothe.
Vous avez dû entendre parler de moi.

Un homme prêt à mourir raconte sa propre vie, celle du plus grand magicien de tous les temps. Son enfance dans une troupe de comédiens ambulants, ses années de misère dans une ville rongée par le crime, avant son entrée, à force de courage et d’audace, dans une prestigieuse école de magie où l’attendent de terribles dangers et de fabuleux secrets…
Découvrez l’extraordinaire destin de Kvothe : magicien de génie, voleur accompli, musicien d’exception… infâme assassin.
Découvrez la vérité qui a créé la légende.

Résumé :

Sur un mode de narration à la 3e personne, le livre s’ouvre tout d’abord sur un cadre classique : Kote tient une auberge dans un bourg tranquille. On devine rapidement que cette tranquillité n’est qu’une façade. L’intéressé est bien plus qu’il ne semble être au premier abord. Les choses se confirment lorsque la menace des scraels l’amène à combattre et à sauver un dénommé Chroniqueur de la mort horrible que ces bêtes lui auraient infligée.

Chroniqueur était justement à la recherche de notre Kote. Il a effectué un long voyage pour le rencontrer et écouter son histoire passée. Notre aubergiste est Kvothe, un héros. Il accepte de livrer son histoire mais impose pour condition qu’on lui accorde 3 jours pour ce faire. A partir de ce moment, le premier tome de la trilogie que l’on a entre les mains correspond à cette première journée de chronique recueillie par Chroniqueur.

La narration change et le récit de Kvothe se fait à la 1ère personne. On a là un récit de vie dans lequel ose se déployer une poésie du ressouvenir à travers la fiction.

Le jeune Kvothe était un Edema Ruh et coulait des jours paisibles parmi les siens, voyageant de ville en ville pour produire des spectacles au nom de leur Seigneur protecteur. Très éveillé, il retient toutes les histoires et les chansons qu’il entend. Bon comédien, il connaît un large répertoire de pièces et sait comment interpréter chaque rôle. Un vieil arcaniste lui apprend la rhétorique et les bases du sympathisme. Le sympathisme est un tour de force de l’esprit qui passe pour de la magie aux yeux des non-initiés.

Ce bonheur est rompu brutalement par le massacre de toute la troupe. Cette barbarie a été commise par les légendaires Chandrians pour la simple raison que les parents de Kvothe composaient une chanson sur eux… Le jeune garçon se retrouve orphelin avec en tête des horreurs qui n’existent normalement que dans les contes de Fae…

Il échoue à Tarbean où il vivra dans la rue pendant quelques années. Finalement il saisira une chance de s’en sortir en gagnant l’Université de Imre. Il escompte y devenir maître arcaniste, apprendre le nom du Vent et le moyen de se venger des Chandrians.

Là-bas, il est sans cesse confronté aux difficultés posées par son origine modeste. Problèmes financiers sont couplés aux heurts d’un nobliaux imbu de lui-même, Ambrose, qui mène la vie dure à Kvothe par pure malveillance sociale. A chaque session d’inscription, Kvothe ne parvient à payer ses frais que de justesse. Si certains Maîtres apprécient sa vivacité d’esprit, d’autres se sont faits ses ennemis au fil du temps…

Les choses commencent à aller mieux lorsqu’il acquiert un luth et gagne un titre honorifique grâce à ses talents de musicien. Il ne trouve pas de mécène mais gagne assez pour commencer à éponger les dettes contractées auprès de la dangereuse Devi.

Kvothe rencontre Denna, une femme exceptionnelle qui vit, comme lui, de ce que le hasard de la vie veut bien lui accorder. Leur relation n’est pas une idylle parfaite. Ils se perdent, se retrouvent, se comportent plus comme de bons amis malgré leurs forts sentiments. On pourrait rapprocher leur relation de l’agapé grec.

Au sein de l’Université, Kvothe est rapidement promu au rang d’E’lir. Il est bloqué à ce rang puisque aucun Maître ne veut le patronner pour en faire un Re’lar. Trop jeune ou trop peu expérimenté. Sa plus grande déception est vécue auprès du Maître Nommeur, Elodin, qui aurait pu lui apprendre le nom du Vent.

Malgré toutes ces frustrations, Kvothe construit son personnage à Imre. Il est connu comme celui qui ne saigne pas car il a reçut les douleurs et les lacérations du fouet des Maîtres sans saigner après quelques mésaventures. Il tient tête à Ambrose, résistant à un noble de haut rang sans craindre les représailles. Il est un héros après avoir sauvé la jeune Fela d’un accident à l’Artificerie. Il « invoque la foudre » selon les témoins d’une embuscade qu’on lui avait tendue dans les rues de Imre. Tous ces dires sont présentés par le vieux Kvothe comme étant les bases de la légende qu’il est devenue.

Lorsqu’une rumeur évoquant les Chandrians vient à lui, Kvothe part immédiatement sur les lieux. Denna y est également présente. Ils sont tous les deux embarqués dans une étrange affaire comprenant un draccus commun et un trafic de drogue. Kvothe doit tuer le dragon rendu fou par la drogue avant qu’il ne détruise le bourg voisin. Il vient à bout de la bête, ajoutant à sa réputation, mais ne trouve pas les Chandrians.
Pourtant il est certain que le massacre de la noce, qui est la source de la rumeur, est de leur fait. En cause : un prétendu vase les représentant serait à l’origine de leur terrible venue…

Lorsqu’il retourne à Imre, Kvothe doit une nouvelle fois faire face à Ambrose. Poussé dans ses retranchements, Kvothe trouve en lui le nom du Vent et s’en sert pour blesser son ennemi.
Les Maîtres font le procès du différend entre les deux étudiants. Ambrose doit indemniser Kvothe pour ses méfaits. Kvothe va recevoir une nouvelle fois le fouet pour avoir usé de ses dons contre un autre. Mais il n’est pas expulsé et du positif ressort même de cette affaire : Kvothe est promu Re’lar et pris en charge par Elodin.

La première journée des Chroniques s’achève ainsi. Dans l’auberge de celui qui se fait appeler Kote un incident éclate. Un mercenaire possédé tue un villageois avant d’être maîtrisé et tué.

Bast, le compagnon de Kote, fait promettre à Chroniqueur de ne pas cesser son travail et de poursuivre ses investigations. Il compte sur lui pour faire revivre le Kvothe, le héros, pour que Kote cesse de se morfondre dans sa modeste vie d’aubergiste qui n’est pas la sienne.

Avis personnel :

Je ressors enchantée de cette lecture ! Cependant je tiens à dire tout de suite que je suis consciente que sa nature peut en refroidir plus d’un.

Le livre n’est pas guidé par une intrigue directrice comme la quête, l’objectif de nombre de nos héros en d’autres oeuvres. Ce roman se rapproche plus de ce qu’on pourrait qualifier de récit de vie, récit psychologique. De ce fait, le Nom du Vent peut apparaître dénué d’action.
Qu’est-ce qui fait que j’ai tout de même avalé ses 700 pages avec autant de plaisir ?

L’envie de découvrir, à l’instar de Chroniqueur et Bast, qui est Kvothe. Une fois que l’on a passé l’introduction avec sa fausse intrigue de démons scraels, on entre dans la Chronique elle-même et ce plaisir se dévoile. Bien entendu, il n’aurait pas été possible de le ressentir sans l’appât que constitue cette introduction.
On entre dans l’enfance du personnage et sans ses premiers malheurs avec facilité. On fait connaissance avec ce personnage amené à nous accompagner au fil des pages.
Selon moi les épisodes ne sont jamais trop longs… On avance par étapes et par épreuves dans la construction de Kvothe pour lequel on se prend d’abord d’affection et de pitié, puis d’admiration et de tendresse.
Si on considère qu’il n’y a pas d’action au sens traditionnel du terme dans le sens où on n’a pas de grandes aventures au service d’un quête, il faut tout de même préciser qu’il ne se passe pas rien. On suit les pas de Kvothe à travers toutes les embûches que lui tend la vie dans son désir d’aller à l’Université pour devenir assez fort pour se venger.

La plume de l’auteur y est également pour beaucoup dans le plaisir ressenti. L’évocation que fait Kvothe du monde est souvent délectablement poétique : paysages, ses parents, la musique, Denna, l’amour du savoir… Tout passe à un moment donné par une élévation poétique entre deux temps de narration « normaux ».
Le travail de l’auteur de ce côté-là est admirable. C’est une des oeuvres de Fantasy les mieux travaillées dans cette veine, si ce n’est la meilleure.

Pour conclure…

Une plume admirable, un récit de vie à riche portée psychologique. Seul bémol, une impression de vide côté action quand on s’attend à quelque chose de traditionnel qui peut refroidir certains lecteurs.
C’est un livre admirable que je conseille pour sa qualité.

Extrait 1 :

Début du Chapitre 18

La plus remarquable des facultés de notre esprit est sans doute sa capacité à faire face à la douleur. Selon la pensée classique, l’esprit est doté de quatre portes, que chacun franchit selon la nécessité qui l’y pousse.
La première, c’est celle du sommeil. Le sommeil nous procure un abri loin du monde et de toutes ses souffrances. Le sommeil facilite le passage du temps, mettant à distance ce qui nous a fait du mal. Lorsqu’une personne est blessée, bien souvent, elle perd connaissance. De même, quelqu’un qui apprend une nouvelle bouleversante pourra s’évanouir. Franchir cette première porte, c’est la façon dont l’esprit se protège de la douleur.
La deuxième porte est celle de l’oubli. Il est des blessures trop profondes pour guérir, du moins pour s’en rétablir promptement. de surcroît, nombre de souvenirs sont tout simplement trop douloureux et on ne peut en espérer aucun apaisement. Le vieux dicton selon lequel « le temps guérit tous les mots » est faux. Le temps guérit la plupart des maux. Le reste est dissimulé derrière cette porte.
La troisième porte est celle de la folie. Il y a des moments où l’esprit subit un tel choc qu’il se réfugie dans la démence. Bien qu’il semble difficile de pouvoir en tirer quelque bénéfice que ce soit, c’est pourtant le cas : il est des moments où la réalité n’est que souffrance et pour échapper à cette souffrance, l’esprit doit s’affranchir de la réalité.
La dernière porte est celle de la mort. L’ultime recours. Rien ne peut nous atteindre une fois que nous sommes morts, du moins c’est ce que l’on nous a dit.

[…]

Extrait 2 :

Morceau du chapitre 54

[…]

J’ai cessé de penser au public. Une minute plus tard, je l’avais complètement oublié. Mes mains dansaient, couraient, se fondaient avec les cordes tandis que je luttais pour que les deux voix de mon luth continuent à chanter avec la mienne. Puis j’ai oublié mes doigts, alors même que mes yeux étaient rivés dessus. J’ai tout oublié, obnubilé par l’idée de mener ma chanson jusqu’à son terme.
Le refrain est arrivé et Aloine a repris la parole. Pour moi, ce n’était pas un être humain ni même une voix, c’était seulement une partie de la chanson qui jaillissait de moi tel un flot de lave brûlant.
Et puis tout a été terminé. Relever la tête pour regarder la salle, ç’a été comme crever la surface de l’eau pour reprendre son souffle. […]

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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