Retrospect Poésie 2014

Retrospect Poésie 2014

Avant de chercher à classer mes trois oeuvres poétiques préférées pour cette année 2014, voici le rappel de la liste des oeuvres poétiques lues cette année. J’avais déjà publié cette liste sur l’article bilan pour le Retrospect 2014.

Catégorie Poésie 2014

Petits poèmes en prose, de Baudelaire
Exercices de style, de Raymond Queneau
Emaux et Camées, de Théophile Gautier
Vénus et Adonis, de Shakespeare
Le Viol de Lucrèce, de Shakespeare

J’avoue qu’il n’y a pas énormément de titres en poésie. Mais pour se consoler il faut reconnaître que ce sont de grandes oeuvres. Chacune est représentative de l’esthétique de son époque.
Lesquelles feront parties de mon top 3 ? C’est-à-dire lesquelles constituent pour moi mes plus belles découvertes de cette année 2014 ? Découvertes que je vous encourage à faire, cher lecteur.

Troisième position

Exercices de style, de Raymond Queneau

Exercices de style de Raymond Queneau est une oeuvre connue pour la particularité de sa création. L’auteur raconte de multiples façons la même chose en employant des formes et des tonalités différentes. Le titre découle directement de cette contrainte formelle qui produit un ensemble de textes stupéfiant.
J’ai classé cette oeuvre en poésie pour ses jeux avec les mots et la contrainte oulipienne. Cependant je vous accorde que ce n’est pas un recueil de poésie comme on en voit ordinairement : c’est un laboratoire littéraire.

Extraits :

Rêve

Il me semblait que tout fût brumeux et nacré autour de moi, avec des présences multiples et indistinctes, parmi lesquelles cependant se dessinait assez nettement la seule figure d’un homme jeune dont le cou trop long semblait annoncer déjà par lui-même le caractère à la fois lâche et rouspéteur du personnage. Le ruban de son chapeau était remplacé par une ficelle tressée. Il se disputait ensuite avec un individu que je ne voyais pas, puis, comme pris de peur, il se jetait dans l’ombre d’un couloir. Une autre partie du rêve me le montre marchant en plein soleil devant la gare Saint-Lazare. Il est avec un compagnon qui lui dit : «tu devrais faire ajouter un bouton à ton pardessus.» Là-dessus, je m’éveillai.

L’arc-en-ciel

Un jour, je me trouvai sur la plate-forme d’un autobus violet. Il y avait là un jeune homme assez ridicule: cou indigo, cordelière au chapeau. Tout d’un coup, il proteste contre un monsieur bleu. Il lui reproche notamment, d’une voix verte, de le bousculer chaque fois qu’il descend des gens. Ceci dit, il se précipite, vers une place jaune, pour s’y asseoir. Deux heures plus tard, je le rencontre devant une gare orangée. Il est avec un ami qui lui conseille de faire ajouter un bouton à son pardessus rouge.

Hésitations

Je ne sais pas très bien où ça se passait … dans une église, une poubelle, un charnier ? Un autobus peut-être ? Il y avait là … mais qu’est-ce qu’il y avait donc là ? Des oeufs, des tapis, des radis ? Des squelettes ? Oui, mais avec encore leur chair autour, et vivants. Je crois bien que c’est ça. Des gens dans un autobus. Mais il y en avait un (ou deux ?) qui se faisait remarquer, je ne sais plus très bien par quoi. Par sa mégalomanie ? Par son adiposité ? Par sa mélancolie ? Mieux … plus exactement … par sa jeunesse ornée d’un long … nez ? menton ? pouce ? non : cou, et d’un chapeau étrange, étrange, étrange. Il se prit de querelle, oui c’est ça, avec sans doute un autre voyageur (homme ou femme ? enfant ou vieillard ?) Cela se termina, cela finit bien par se terminer d’une façon quelconque, probablement par la fuite de l’un des deux adversaires. Je crois bien que c’est le même personnage que je rencontrai, mais où ? Devant une église ? devant un charnier ? devant une poubelle ? Avec un camarade qui devait lui parler de quelque chose, mais de quoi ? de quoi ? de quoi ?

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Deuxième position

Le Viol de Lucrèce, de Shakespeare

L’histoire contée dans ce long poème est peu reluisante : il s’agit du viol de Tarquin sur Lucrèce, et du suicide de la victime. Seulement la poésie de Shakespeare élève le sujet en usant avec talent des tonalités pathétiques, lyriques et tragiques. Je suis ressortie de cette lecture totalement charmée par la forme et totalement bouleversée par le fond… C’est une oeuvre terriblement belle, tragique et efficace…

Extrait :

Dans un soupir, comme si son coeur se brisait, elle laisse entendre le nom de Tarquin. « C’est lui, c’est lui », dit-elle. Mais la pauvre langue ne peut rien dire de plus. Pourtant, après bien des soupirs et des pauses de sa respiration haletante, après bien des efforts débiles, entrecoupés, elle ajoute : « C’est lui, c’est lui, nobles sires, qui porte cette main à me faire cette blessure. »

A ces mots elle enfonce dans sa poitrine innocente un poignard meurtrier qui en fait jaillir son âme. Ce coup la délivre de la profonde angoisse où elle vivait dans cette prison polluée. Ses soupirs repentants lèguent aux nues son esprit ailé, et par ses blessures une vie éternelle quitte une destinée brisée.

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Première position

Emaux et Camées, de Théophile Gautier

Et sans surprise pour ceux qui me connaissent bien, la première place de mon Retrospect Poésie 2014 revient à Emaux et Camées de Théophile Gautier. Ce recueil parnassien est la quintessence de l’esthétique de son mouvement. Les mots sont autant de pierreries qui servent à créer des poèmes, et ces poèmes sont des bijoux. Cette poésie ne revendique rien d’autre que de paraître en oeuvre d’art. Dans ma lecture j’ai apprécié grandement ce paramètre. J’ai lu pour lire de la poésie et pour rien d’autre. Je me suis laissée bercée par les thèmes et les images convoquées dans le recueil au fil des poèmes. Ce recueil est pour moi l’illustration parfaite de ce qu’est la poésie : le plus pur plaisir aux sens du lecteur quand il lit à voix haute ces mots et se laisse transporter en eux.

Extrait :

En extrait je propose mon poème préféré du recueil, la Symphonie en blanc majeur qui développe un jeu admirable autour de cette teinte.

Symphonie en blanc majeur

De leur col blanc courbant les lignes,
On voit dans les contes du Nord,
Sur le vieux Rhin, des femmes-cygnes
Nager en chantant près du bord,

Ou, suspendant à quelque branche
Le plumage qui les revêt,
Faire luire leur peau plus blanche
Que la neige de leur duvet.

De ces femmes il en est une,
Qui chez nous descend quelquefois,
Blanche comme le clair de lune
Sur les glaciers dans les cieux froids ;

Conviant la vue enivrée
De sa boréale fraîcheur
À des régals de chair nacrée,
À des débauches de blancheur !

Son sein, neige moulée en globe,
Contre les camélias blancs
Et le blanc satin de sa robe
Soutient des combats insolents.

Dans ces grandes batailles blanches,
Satins et fleurs ont le dessous,
Et, sans demander leurs revanches,
Jaunissent comme des jaloux.

Sur les blancheurs de son épaule,
Paros au grain éblouissant,
Comme dans une nuit du pôle,
Un givre invisible descend.

De quel mica de neige vierge,
De quelle moelle de roseau,
De quelle hostie et de quel cierge
A-t-on fait le blanc de sa peau ?

A-t-on pris la goutte lactée
Tachant l’azur du ciel d’hiver,
Le lis à la pulpe argentée,
La blanche écume de la mer ;

Le marbre blanc, chair froide et pâle,
Où vivent les divinités ;
L’argent mat, la laiteuse opale
Qu’irisent de vagues clartés ;

L’ivoire, où ses mains ont des ailes,
Et, comme des papillons blancs,
Sur la pointe des notes frêles
Suspendent leurs baisers tremblants ;

L’hermine vierge de souillure,
Qui, pour abriter leurs frissons,
Ouate de sa blanche fourrure
Les épaules et les blasons ;

Le vif-argent aux fleurs fantasques
Dont les vitraux sont ramagés ;
Les blanches dentelles des vasques,
Pleurs de l’ondine en l’air figés ;

L’aubépine de mai qui plie
Sous les blancs frimas de ses fleurs ;
L’albâtre où la mélancolie
Aime à retrouver ses pâleurs ;

Le duvet blanc de la colombe,
Neigeant sur les toits du manoir,
Et la stalactite qui tombe,
Larme blanche de l’antre noir ?

Des Groenlands et des Norvèges
Vient-elle avec Séraphita ?
Est-ce la Madone des neiges,
Un sphinx blanc que l’hiver sculpta,

Sphinx enterré par l’avalanche,
Gardien des glaciers étoilés,
Et qui, sous sa poitrine blanche,
Cache de blancs secrets gelés ?

Sous la glace où calme il repose,
Oh ! qui pourra fondre ce cœur !
Oh ! qui pourra mettre un ton rose
Dans cette implacable blancheur !

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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Un commentaire pour Retrospect Poésie 2014

  1. Ping : Fin du Retrospect 2014… Place aux projets pour 2015 | Havre de pensées & de mots

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