Pensées [Poème en prose]

Pensées

Insaisissables, vaporeuses, diaphanes et éphémères. Elles volent dans l’éther de l’esprit comme autant d’oiseaux fidèles ; comme autant d’aigles solitaires, de cygnes majestueux ; comme autant de libellules colorées, de mouches lourdes, de papillons légers près de l’étang de la conscience ; comme autant de corbeaux près des charognes de l’être-soi. Les ailes battent, vibrent, brassent l’air et infligent à l’oreille un bourdonnement continu, autant de berceuses et de mélodies, harmonies ou disharmonies.

Insaisissables, vaporeuses, diaphanes ou éphémères. Le noir corbeau se dilue dans l’air comme une fumée trop âcre et de son spectre jaillit une multitude de perroquet joyeux et coquets dont l’existence n’est pas plus longue qu’un battement de cil. Leurs plumes descendent sur le ciel crépusculaire, et dans les ténèbres nocturnes une nuée de lucioles vient éveiller le dragon du rêve dévoré, le dragon du rêve nourricier, le dragon du rêve… Imaginé.

Les ailes passent, souples et rapides puis se diluent comme une encre dans de l’eau, comme de la poussière dans les mots qu’une plume trace trop vite sur le papier et que la main condamne à des bavures insanes. Comme des milliers d’étoiles dans un nuage, les éclats du parchemin rencontrent une flamme et la fixité implose face aux éléments de l’être.

Soudain l’air manque et l’être-soi se fige de douleur. Un perroquet trop joyeux lui a mordu le coeur, ou bien est-ce un corbeau trop persistant qui a planté ses serres dans la chair sanguine qui tapisse l’antre de l’heure. Nullement éphémères ils blessent et obsèdent leur porteur. L’exutoire est nécessaire, les mots jaillissent, traducteurs imparfaits et aussi éphémères que ces oiseaux en dehors de l’être-soi, dans l’être-tous… Une bouche, des mots et des pensées qui filent comme une eau entre les lèvres, matrice du langage.

Insaisissables, vaporeuses, diaphanes et éphémères. Elles volent et battent l’éther de l’esprit. Pensées. Ces ailes de brume qui scintillent, s’éloignent et ressuscitent sont nos pensées.

Pensées qu’un trait de plume imparfait peut espérer saisir et figer avec des mots qui ne mesurent pas la nature de ces pensées.

Insaisissables

Vaporeuses

Diaphanes

Et Ephémères

Eléonore COTTON
(tous droits réservés)
Décembre 2014

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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