Suréna, de Corneille

Suréna est une tragédie. C’est la dernière pièce qu’écrira Corneille avant de se retirer du théâtre en 1674. Elle met en scène Suréna, le général des Parthes, au service du Roi Orode. La scène se passe à Séleucie au bord de l’Euphrate.

suréna

La tragédie tourne autour de la passion de Suréna et d’Eurydice, passion secrète et dangereuse car Eurydice est promise à Pacorus, le fils d’Orode. Auprès d’eux, Palmis, soeur de Suréna, aime Pacorus qui s’est détourné d’elle au moment où la princesse Eurydice lui a été promise. Quant à Suréna, le Roi veut le marier à sa fille Mandane… Chose inconcevable pour Suréna pour des raisons de rang et de coeur… Ces affaires de mariage princiers sont sources de toute cette tragédie.

La tragédie est donc fondée sur la raison d’Etat où la fatalité est celle de l’honneur et du devoir et non la fatalité divine. En effet, Suréna, général, refuse de céder à un illustre mariage au nom de son devoir envers le Royaume, ainsi qu’au nom de la fidélité qu’il doit à Eurydice, sa secrète amante. Epouser la fille de son Roi ne sied pas à son rang, il dégraderait la promise en la liant à un simple général et sortirait de son devoir qui est de défendre le Royaume en tant que serviteur. De plus, cela serait une infidélité à la belle Eurydice, sa seule aimée.

La pièce est précédée d’une brève note au lecteur qui replace le contexte d’inspiration :

Le sujet de cette tragédie est tiré de Plutarque et d’Appian Alexandrin. Ils disent tous deux que Suréna était le plus noble, le plus riche, le mieux fait, et le plus vaillant des Parthes. Avec ces qualités, il ne pouvait manquer d’être un des premiers hommes de son siècle, et si je ne m’abuse, la peinture que j’en ai faite ne l’a point rendu méconnaissable. Vous en jugerez.

Les personnages :

Orode, le roi des Parthes
Pacorus, le fils d’Orode
Suréna, le lieutenant d’Orode, et le général de son armée contre Crassus
Sillace, un autre lieutenant d’Orode
Eurydice, la fille d’Artabase qui est roi d’Arménie
Palmis, la soeur de Suréna
Ormène, la dame d’honneur d’Eurydice

Mentionnons Mandane, la fille d’Orode à laquelle est promise Suréna. Elle n’apparaît pas dans la pièce mais est mentionnée plusieurs fois comme étant en route vers la cité.

Résumé par Actes :

Acte I

Eurydice s’entretient avec sa dame d’honneur au sujet de ses tourments amoureux. Elle est éprise de Suréna mais est obligée d’épouser (le jour suivant) Pacorus au nom d’un traité de paix.
Quant à Suréna, il est promis à Mandane comme nous l’apprend Palmis en évoquant son arrivée imminente auprès d’Eurydice. La princesse est jalouse de ce second hymen qui doit lui enlever son amant.
A la scène 3, Eurydice s’entretient avec Suréna. Le malheur de leur séparation imminente les fait souffrir, les accable.

Acte II

Eurydice quitte la scène et Suréna s’entretient avec Pacorus qui ne voit pas en lui son rival mais le fidèle sujet de son père. Il lui confie que la princesse Eurydice ne l’aime pas et qu’il en est affligé. Plus que de la soumission, il souhaiterait de l’amour. Seulement Suréna nie savoir ce qui fait obstacle au coeur de la princesse.
Lorsque Eurydice reparaît, Suréna est prié de quitter les lieux afin que Pacorus puisse s’entretenir avec sa princesse. Eurydice reste sur ses positions : elle doit lui accorder sa main mais ne puis lui accorder son coeur. Elle lui affirme néanmoins que peut-être un jour elle pourra l’aimer, mais sans promettre réellement ce miracle. Lorsque Pacorus lui demande de révéler l’identité de celui qu’elle aime, elle refuse de le révéler.
Puisque Eurydice ne révèle rien, Pacorus va essayer de chercher la réponse auprès de Palmis. Il joue avec ses sentiments, promet de l’aimer à nouveau si elle révèle le secret de son amie. Mais Palmis ne révèle rien. Ce qui relève de l’ironie tragique ici, c’est que Pacorus dit ne pas craindre ce rival tant qu’il a Suréna pour appui. En effet le brillant guerrier est le pilier du royaume et Pacorus pense que nul ennemi ne peut lui résister… sauf qu’il ne sait pas que c’est lui le rival.

Acte III

Sillace discute avec le roi de la froideur de Suréna à l’idée de se marier avec Mandane, la fille de ce roi. Ils s’inquiètent à l’idée de penser que Suréna refuse d’obéir… S’il le fait, c’est une insubordination qui ne pourra pas être tolérée… malgré ce qu’il en coûte de supprimer un tel héros.
Suréna tente de convaincre le roi qu’il ne peut épouser sa fille car cela la déshonnerait. Il n’est pas noble, il n’est que le héros de ce pays et sa gloire n’appelle pas cette récompense. Malgré cet argument, Orode ne change pas d’avis. Puis Suréna convoque le manque d’amour… Orode lui affirme que le mariage des Rois n’est pas nécessairement fait d’amour et qu’il lui faut épouse sa fille, qu’il le doit. Suréna propose au roi, s’il veut lier son sang au sien, que ce peut être sa soeur qui épouse Pacorus, car ainsi ce sera elle qui sera élevée par son mari et non sa fille qui sera diminuée par le sien. Le Roi laisse cette proposition en suspens. Il demande à Suréna d’aller voir Eurydice pour qu’elle cesse de faire obstacle à son fils. La volonté du Roi menace tel un sombre orage en devenir.
Puis Orode s’entretient avec Palmis. Elle refuse de céder le secret de son frère à son roi. Puis se souvenant de ce que Suréna a proposé, il lui offre la main de son fils. Mais Palmis qui se souvient que Pacorus ne l’aime plus refuse cette proposition car elle veut de l’amour. Le Roi prend ombrage de ce refus qui annule la bonne volonté de Suréna. Il considère donc désormais que le refus de son lieutenant est une insubordination.

Acte IV

Ormène apprend à Eurydice que Suréna est menacé par le pouvoir, que leur secret a pu être deviné et que de sombres événements se préparent. Cette certitude est renforcée par les craintes de Palmis.
Il semble que la seule échappatoire pour le couple secret serait désormais, pour Eurydice, de céder à Pacorus, et pour Suréna, de céder à Mandane. C’est-à-dire de faire passer leur amour et leur honneur mutuel à un rang inférieur par rapport à leur devoir envers leur roi…
Pacorus et Eurydice se confrontent à nouveau. La princesse n’en démord pas. Il peut avoir sa main mais pas son coeur. La menace se renforce. Pacorus évoque la colère de son père.
Pacorus cherche une solution auprès de Suréna. Il lui reproche cette vertu si fière qu’il possède. Il la qualifie de fausse vertu et lui annonce que son crime d’amour secret est un crime d’Etat. S’il n’obéit pas au roi, s’il n’épouse pas Mandane, il le paiera. « J’aurai soin de ma gloire, ordonnez de mes jours » conclut Suréna… Se serait-il condamné ? Son entêtement appelle fatalement la foudre royale…

Acte V

Orode révèle à Eurydice que le rapprochement a été fait entre son comportement et celui de Suréna… Leur secret révélé, la trahison de Suréna ne lui paraît que plus probante. Il offre une dernière chance à Eurydice de résoudre ce conflit. Elle doit convaincre Suréna de s’offrir à Mandane et tout rentrera dans l’ordre.
Suréna refuse de céder car il est persuadé que, quoi qu’il fasse, il est condamné :

« Madame, ce refus n’est point vers lui mon crime :
Vous m’aimez : ce n’est point non plus ce qui l’anime.
Mon crime véritable est d’avoir aujourd’hui
Plus de nom que mon Roi, plus de vertu que lui,
Et c’est de là que part cette secrète haine
Que le temps ne rendra que plus forte et plus pleine.
Plus on sert des ingrats, plus on s’en fait haïr :
Tout ce qu’on fait pour eux ne fait que nous trahir.
Mon visage l’offense, et ma gloire le blesse,
Jusqu’au fond de mon âme il cherche une bassesse,
Et tâche de s’ériger par l’offre ou par la peur,
De Roi que je l’ai fait, en tyran de mon coeur :
Comme si par ses dons il pouvait me séduire,
Ou qu’il put m’accabler, et ne point se détruire. »

Critique de la tyrannie et de l’absolu que le souverain tente d’imposer à son loyal héros ? Peut-être. Toujours est-il qu’à ce moment-là Suréna remet en cause les fondements du malheur qui le guette. Ce qui est pour Orode insubordination est pour Suréna vertu et droit de ne pas asservir son coeur en vassal. On comprend alors que l’enjeu dépasse l’honneur de l’amour et le devoir d’homme loyal. Il en va de l’intégrité même de la figure de ce héros… Il ne va pas céder. Suréna décide de s’exiler.
Il dit adieu à sa soeur et refuse de céder à ses insistances. La soeur se retourne à nouveau vers Eurydice qu’elle accuse de ne pas mettre assez du sien pour convaincre Suréna de céder au mariage. Elle pressent un malheur s’il tente l’exil. Elle considère que plus rien ne retiendra la rage du Roi.
Son pressentiment était le bon… Ormène vient leur annoncer qu’à peine sorti du palais, Suréna s’est pris une flèche dans le dos… A cette nouvelle, Eurydice expire. Quant à Palmis, elle ne souhaite pas mourir avant d’être vengée malgré ses souffrances.

Extraits :

J’ai choisi de proposer un extrait par acte.

Acte I, Scène 3

EURYDICE, SURENA

EURYDICE
Je vous ai fait prier de ne me plus revoir,
Seigneur : votre présence étonne mon devoir ;
Et ce qui de mon coeur fit toutes les délices,
Ne saurait plus m’offrir que de nouveaux supplices.
Osez-vous l’ignorer ? Et lorsque je vous voi,
S’il me faut trop souffrir, souffrez-vous moins que moi ?
Souffrons-nous moins tous deux pour soupirer ensemble ?
Allez, contentez-vous d’avoir vu que j’en tremble ;
Et du moins par pitié d’un triomphe douteux,
Ne me hasardez plus à des soupirs honteux.

SURENA
Je sais ce qu’à mon coeur coûtera votre vue ;
Mais qui cherche à mourir doit chercher ce qui tue.
Madame, l’heure approche, et demain votre foi
Vous fait de m’oublier une éternelle loi :
Je n’ai plus que ce jour, que ce moment de vie.
Pardonnez à l’amour qui vous la sacrifie,
Et souffrez qu’un soupir exhale à vos genoux,
Pour ma dernière joie, une âme toute à vous.

EURYDICE
Et la mienne, seigneur, la jugez-vous si forte,
Que vous ne craigniez point que ce moment l’emporte,
Que ce même soupir qui tranchera vos jours
Ne tranche aussi des miens le déplorable cours ?
Vivez, seigneur, vivez, afin que je languisse,
Qu’à vos feux ma langueur rende longtemps justice.
Le trépas à vos yeux me semblerait trop doux,
Et je n’ai pas encore assez souffert pour vous.
Je veux qu’un noir chagrin à pas lents me consume,
Qu’il me fasse à longs traits goûter son amertume ;
Je veux, sans que la mort ose me secourir,
Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir.
Mais pardonneriez-vous l’aveu d’une faiblesse
À cette douloureuse et fatale tendresse ?
Vous pourriez-vous, seigneur, résoudre à soulager
Un malheur si pressant par un bonheur léger ?

SURENA
Quel bonheur peut dépendre ici d’un misérable
Qu’après tant de faveurs son amour même accable ?
Puis-je encor quelque chose en l’état où je suis ?

EURYDICE
Vous pouvez m’épargner d’assez rudes ennuis.
N’épousez point Mandane : exprès on l’a mandée ;
Mon chagrin, mes soupçons m’en ont persuadée.
N’ajoutez point, seigneur, à des malheurs si grands
Celui de vous unir au sang de mes tyrans ;
De remettre en leurs mains le seul bien qui me reste,
Votre coeur : un tel don me serait trop funeste.
Je veux qu’il me demeure, et malgré votre roi,
Disposer d’une main qui ne peut être à moi.

SURENA
Plein d’un amour si pur et si fort que le nôtre,
Aveugle pour Mandane, aveugle pour toute autre,
Comme je n’ai plus d’yeux vers elles à tourner,
Je n’ai plus ni de coeur ni de main à donner.
Je vous aime et vous perds. Après cela, madame,
Serait-il quelque hymen que pût souffrir mon âme ?
Serait-il quelques noeuds où se pût attacher
Le bonheur d’un amant qui vous était si cher,
Et qu’à force d’amour vous rendez incapable
De trouver sous le ciel quelque chose d’aimable ?

EURYDICE
Ce n’est pas là de vous, seigneur, ce que je veux.
À la postérité vous devez des neveux ;
Et ces illustres morts dont vous tenez la place
Ont assez mérité de revivre en leur race :
Je ne veux pas l’éteindre, et tiendrais à forfait
Qu’il m’en fût échappé le plus léger souhait.

SURENA
Que tout meure avec moi, madame : que m’importe
Qui foule après ma mort la terre qui me porte ?
Sentiront-ils percer par un éclat nouveau,
Ces illustres aïeux, la nuit de leur tombeau ?
Respireront-ils l’air où les feront revivre
Ces neveux qui peut-être auront peine à les suivre,
Peut-être ne feront que les déshonorer,
Et n’en auront le sang que pour dégénérer ?
Quand nous avons perdu le jour qui nous éclaire,
Cette sorte de vie est bien imaginaire,
Et le moindre moment d’un bonheur souhaité
Vaut mieux qu’une si froide et vaine éternité.

EURYDICE
Non, non, je suis jalouse ; et mon impatience
D’affranchir mon amour de toute défiance,
Tant que je vous verrai maître de votre foi,
La croira réservée aux volontés du roi :
Mandane aura toujours un plein droit de vous plaire ;
Ce sera l’épouser que de le pouvoir faire ;
Et ma haine sans cesse aura de quoi trembler,
Tant que par là mes maux pourront se redoubler.
Il faut qu’un autre hymen me mette en assurance.
N’y portez, s’il se peut, que de l’indifférence ;
Mais par de nouveaux feux dussiez-vous me trahir,
Je veux que vous aimiez afin de m’obéir ;
Je veux que ce grand choix soit mon dernier ouvrage,
Qu’il tienne lieu vers moi d’un éternel hommage,
Que mon ordre le règle, et qu’on me voie enfin
Reine de votre coeur et de votre destin ;
Que Mandane, en dépit de l’espoir qu’on lui donne,
Ne pouvant s’élever jusqu’à votre personne,
Soit réduite à descendre à ces malheureux rois
À qui, quand vous voudrez, vous donnerez des lois.
Et n’appréhendez point d’en regretter la perte :
Il n’est cour sous les cieux qui ne vous soit ouverte ;
Et partout votre gloire a fait de tels éclats,
Que les filles de roi ne vous manqueront pas.

SURENA
Quand elles me rendraient maître de tout un monde,
Absolu sur la terre et souverain sur l’onde,
Mon coeur…

EURYDICE
N’achevez point : l’air dont vous commencez
Pourrait à mon chagrin ne plaire pas assez ;
Et d’un coeur qui veut être encor sous ma puissance
Je ne veux recevoir que de l’obéissance.

SURENA
À qui me donnez-vous ?

EURYDICE
Moi ? Que ne puis-je, hélas !
Vous ôter à Mandane, et ne vous donner pas !
Et contre les soupçons de ce coeur qui vous aime
Que ne m’est-il permis de m’assurer moi-même !
Mais adieu : je m’égare.

SURENA
Où dois-je recourir,
Ô ciel ! S’il faut toujours aimer, souffrir, mourir ?

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Acte II, Scène 2

PARCORUS, EURYDICE

PACORUS
Quoi ? Madame, venir vous-même à ma rencontre !
Cet excès de bonté que votre coeur me montre…

EURYDICE
J’allais chercher Palmis, que j’aime à consoler
Sur un malheur qui presse et ne peut reculer.

PACORUS
Laissez-moi vous parler d’affaires plus pressées,
Et songez qu’il est temps de m’ouvrir vos pensées :
Vous vous abuseriez à les plus retenir.
Je vous aime, et demain l’hymen doit nous unir :
M’aimez-vous ?

EURYDICE
Oui, seigneur, et ma main vous est sûre.

PACORUS
C’est peu que de la main, si le coeur en murmure.

EURYDICE
Quel mal pourrait causer le murmure du mien,
S’il murmurait si bas qu’aucun n’en apprît rien ?

PACORUS
Ah ! Madame, il me faut un aveu plus sincère.

EURYDICE
Épousez-moi, seigneur, et laissez-moi me taire :
Un pareil doute offense, et cette liberté
S’attire quelquefois trop de sincérité.

PACORUS
C’est ce que je demande, et qu’un mot sans contrainte
Justifie aujourd’hui mon espoir ou ma crainte.
Ah ! Si vous connaissiez ce que pour vous je sens !

EURYDICE
Je ferais ce que font les coeurs obéissants,
Ce que veut mon devoir, ce qu’attend votre flamme,
Ce que je fais enfin.

PACORUS
Vous feriez plus, madame :
Vous me feriez justice, et prendriez plaisir
À montrer que nos coeurs ne forment qu’un désir.
Vous me diriez sans cesse :  » oui, prince, je vous aime,
Mais d’une passion comme la vôtre extrême ;
Je sens le même feu, je fais les mêmes voeux ;
Ce que vous souhaitez est tout ce que je veux ;
Et cette illustre ardeur ne sera point contente,
Qu’un glorieux hymen n’ait rempli notre attente. « 

EURYDICE
Pour vous tenir, seigneur, un langage si doux,
Il faudrait qu’en amour j’en susse autant que vous.

PACORUS
Le véritable amour, dès que le coeur soupire,
Instruit en un moment de tout ce qu’on doit dire.
Ce langage à ses feux n’est jamais importun,
Et si vous l’ignorez, vous n’en sentez aucun.

EURYDICE
Suppléez-y, seigneur, et dites-vous vous-même
Tout ce que sent un coeur dès le moment qu’il aime ;
Faites-vous-en pour moi le charmant entretien :
J’avouerai tout, pourvu que je n’en dise rien.

PACORUS
Ce langage est bien clair, et je l’entends sans peine.
Au défaut de l’amour, auriez-vous de la haine ?
Je ne veux pas le croire, et des yeux si charmants…

EURYDICE
Seigneur, sachez pour vous quels sont mes sentiments.
Si l’amitié vous plaît, si vous aimez l’estime,
À vous les refuser je croirais faire un crime ;
Pour le coeur, si je puis vous le dire entre nous,
Je ne m’aperçois point qu’il soit encore à vous.

PACORUS
Ainsi donc ce traité qu’ont fait les deux couronnes…

EURYDICE
S’il a pu l’une à l’autre engager nos personnes,
Au seul don de la main son droit est limité,
Et mon coeur avec vous n’a point fait de traité.
C’est sans vous le devoir que je fais mon possible
À le rendre pour vous plus tendre et plus sensible :
Je ne sais si le temps l’y pourra disposer ;
Mais qu’il le puisse ou non, vous pouvez m’épouser.

PACORUS
Je le puis, je le dois, je le veux ; mais, madame,
Dans ces tristes froideurs dont vous payez ma flamme,
Quelque autre amour plus fort…

EURYDICE
Qu’osez-vous demander,
Prince ?

PACORUS
De mon bonheur ce qui doit décider.

EURYDICE
Est-ce un aveu qui puisse échapper à ma bouche ?

PACORUS
Il est tout échappé, puisque ce mot vous touche.
Si vous n’aviez du coeur fait ailleurs l’heureux don,
Vous auriez moins de gêne à me dire que non ;
Et pour me garantir de ce que j’appréhende,
La réponse avec joie eût suivi la demande.
Madame, ce qu’on fait sans honte et sans remords
Ne coûte rien à dire, il n’y faut point d’efforts ;
Et sans que la rougeur au visage nous monte…

EURYDICE
Ah ! Ce n’est point pour moi que je rougis de honte.
Si j’ai pu faire un choix, je l’ai fait assez beau
Pour m’en faire un honneur jusque dans le tombeau ;
Et quand je l’avouerai, vous aurez lieu de croire
Que tout mon avenir en aimera la gloire.
Je rougis, mais pour vous, qui m’osez demander
Ce qu’on doit avoir peine à se persuader ;
Et je ne comprends point avec quelle prudence
Vous voulez qu’avec vous j’en fasse confidence,
Vous qui près d’un hymen accepté par devoir,
Devriez sur ce point craindre de trop savoir.

PACORUS
Mais il est fait, ce choix qu’on s’obstine à me taire,
Et qu’on cherche à me dire avec tant de mystère ?

EURYDICE
Je ne vous le dis point ; mais si vous m’y forcez,
Il vous en coûtera plus que vous ne pensez.

PACORUS
Eh bien ! Madame, eh bien ! Sachons, quoi qu’il en coûte,
Quel est ce grand rival qu’il faut que je redoute.
Dites, est-ce un héros ? Est-ce un prince ? Est-ce un roi ?

EURYDICE
C’est ce que j’ai connu de plus digne de moi.

PACORUS
Si le mérite est grand, l’estime est un peu forte.

EURYDICE
Vous la pardonnerez à l’amour qui s’emporte :
Comme vous le forcez à se trop expliquer,
S’il manque de respect, vous l’en faites manquer.
Il est si naturel d’estimer ce qu’on aime,
Qu’on voudrait que partout on l’estimât de même ;
Et la pente est si douce à vanter ce qu’il vaut,
Que jamais on ne craint de l’élever trop haut.

PACORUS
C’est en dire beaucoup.

EURYDICE
Apprenez davantage,
Et sachez que l’effort où mon devoir m’engage
Ne peut plus me réduire à vous donner demain
Ce qui vous était sûr, je veux dire ma main.
Ne vous la promettez qu’après que dans mon âme
Votre mérite aura dissipé cette flamme,
Et que mon coeur, charmé par des attraits plus doux,
Se sera répondu de n’aimer rien que vous ;
Et ne me dites point que pour cet hyménée
C’est par mon propre aveu qu’on a pris la journée :
J’en sais la conséquence, et diffère à regret ;
Mais puisque vous m’avez arraché mon secret,
Il n’est ni roi, ni père, il n’est prière, empire,
Qu’au péril de cent morts mon coeur n’ose en dédire.
C’est ce qu’il n’est plus temps de vous dissimuler,
Seigneur ; et c’est le prix de m’avoir fait parler.

PACORUS
À ces bontés, madame, ajoutez une grâce ;
Et du moins, attendant que cette ardeur se passe,
Apprenez-moi le nom de cet heureux amant
Qui sur tant de vertu règne si puissamment,
Par quelles qualités il a pu la surprendre.

EURYDICE
Ne me pressez point tant, seigneur, de vous l’apprendre.
Si je vous l’avais dit…

PACORUS
Achevons.

EURYDICE
Dès demain
Rien ne m’empêcherait de lui donner la main.

PACORUS
Il est donc en ces lieux, madame ?

EURYDICE
Il y peut être,
Seigneur, si déguisé qu’on ne le peut connaître.
Peut-être en domestique est-il auprès de moi ;
Peut-être s’est-il mis de la maison du roi ;
Peut-être chez vous-même il s’est réduit à feindre.
Craignez-le dans tous ceux que vous ne daignez craindre,
Dans tous les inconnus que vous aurez à voir ;
Et plus que tout encor, craignez de trop savoir.
J’en dis trop ; il est temps que ce discours finisse.
À Palmis que je vois rendez plus de justice ;
Et puissent de nouveau ses attraits vous charmer,
Jusqu’à ce que le temps m’apprenne à vous aimer !

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Acte III, Scène 3

ORODE, PALMIS

ORODE
Suréna m’a surpris, et je n’aurais pas dit
Qu’avec tant de valeur il eût eu tant d’esprit ;
Mais moins on le prévoit, et plus cet esprit brille :
Il trouve des raisons à refuser ma fille,
Mais fortes, et qui même ont si bien succédé,
Que s’en disant indigne il m’a persuadé.
Savez-vous ce qu’il aime ? Il est hors d’apparence
Qu’il fasse un tel refus sans quelque préférence,
Sans quelque objet charmant, dont l’adorable choix
Ferme tout son grand coeur au pur sang de ses rois.

PALMIS
J’ai cru qu’il n’aimait rien.

ORODE
Il me l’a dit lui-même.
Mais la princesse avoue, et hautement, qu’elle aime :
Vous êtes son amie, et savez quel amant
Dans un coeur qu’elle doit règne si puissamment.

PALMIS
Si la princesse en moi prend quelque confiance,
Seigneur, m’est-il permis d’en faire confidence ?
Reçoit-on des secrets sans une forte loi… ?

ORODE
Je croyais qu’elle pût se rompre pour un roi,
Et veux bien toutefois qu’elle soit si sévère
Qu’en mon propre intérêt elle oblige à se taire ;
Mais vous pouvez du moins me répondre de vous.

PALMIS
Ah ! Pour mes sentiments, je vous les dirai tous.
J’aime ce que j’aimais, et n’ai point changé d’âme :
Je n’en fais point secret.

ORODE
L’aimer encor, madame ?
Ayez-en quelque honte, et parlez-en plus bas.
C’est faiblesse d’aimer qui ne vous aime pas.

PALMIS
Non, seigneur : à son prince attacher sa tendresse,
C’est une grandeur d’âme et non une faiblesse ;
Et lui garder un coeur qu’il lui plut mériter
N’a rien d’assez honteux pour ne s’en point vanter.
J’en ferai toujours gloire ; et mon âme, charmée
De l’heureux souvenir de m’être vue aimée,
N’étouffera jamais l’éclat de ces beaux feux
Qu’alluma son mérite, et l’offre de ses voeux.

ORODE
Faites mieux, vengez-vous. Il est des rois, madame,
Plus dignes qu’un ingrat d’une si belle flamme.

PALMIS
De ce que j’aime encor ce serait m’éloigner,
Et me faire un exil sous ombre de régner.
Je veux toujours le voir, cet ingrat qui me tue,
Non pour le triste bien de jouir de sa vue :
Cette fausse douceur est au-dessous de moi,
Et ne vaudra jamais que je néglige un roi ;
Mais il est des plaisirs qu’une amante trahie
Goûte au milieu des maux qui lui coûtent la vie :
Je verrai l’infidèle inquiet, alarmé
D’un rival inconnu, mais ardemment aimé,
Rencontrer à mes yeux sa peine dans son crime,
Par les mains de l’hymen devenir ma victime,
Et ne me regarder, dans ce chagrin profond,
Que le remords en l’âme, et la rougeur au front.
De mes bontés pour lui l’impitoyable image,
Qu’imprimera l’amour sur mon pâle visage,
Insultera son coeur ; et dans nos entretiens
Mes pleurs et mes soupirs rappelleront les siens,
Mais qui ne serviront qu’à lui faire connaître
Qu’il pouvait être heureux et ne saurait plus l’être ;
Qu’à lui faire trop tard haïr son peu de foi,
Et pour tout dire ensemble, avoir regret à moi.
Voilà tout le bonheur où mon amour aspire ;
Voilà contre un ingrat tout ce que je conspire ;
Voilà tous les plaisirs que j’espère à le voir,
Et tous les sentiments que vous vouliez savoir.

ORODE
C’est bien traiter les rois en personnes communes
Qu’attacher à leur rang ces gênes importunes,
Comme si pour vous plaire et les inquiéter
Dans le trône avec eux l’amour pouvait monter.
Il nous faut un hymen, pour nous donner des princes
Qui soient l’appui du sceptre et l’espoir des provinces :
C’est là qu’est notre force ; et dans nos grands destins,
Le manque de vengeurs enhardit les mutins.
Du reste en ces grands noeuds l’état qui s’intéresse
Ferme l’oeil aux attraits et l’âme à la tendresse :
La seule politique est ce qui nous émeut ;
On la suit, et l’amour s’y mêle comme il peut :
S’il vient, on l’applaudit ; s’il manque, on s’en console.
C’est dont vous pouvez croire un roi sur sa parole.
Nous ne sommes point faits pour devenir jaloux,
Ni pour être en souci si le coeur est à nous.
Ne vous repaissez plus de ces vaines chimères,
Qui ne font les plaisirs que des âmes vulgaires,
Madame ; et que le prince aye ou non à souffrir,
Acceptez un des rois que je puis vous offrir.

PALMIS
Pardonnez-moi, seigneur, si mon âme alarmée
Ne veut point de ces rois dont on n’est point aimée.
J’ai cru l’être du prince, et l’ai trouvé si doux,
Que le souvenir seul m’en plaît plus qu’un époux.

ORODE
N’en parlons plus, madame ; et dites à ce frère
Qui vous est aussi cher que vous me seriez chère,
Que parmi ses respects il n’a que trop marqué…

PALMIS
Quoi, seigneur ?

ORODE
Avec lui je crois m’être expliqué.
Qu’il y pense, madame. Adieu.

PALMIS
Quel triste augure !
Et que ne me dit point cette menace obscure !
Sauvez ces deux amants, ô ciel ! Et détournez
Les soupçons que leurs feux peuvent avoir donnés.

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Acte IV, Scène 4

PACORUS, SURENA

PACORUS
Suréna, je me plains, et j’ai lieu de me plaindre.

SURENA
De moi, seigneur ?

PACORUS
De vous. Il n’est plus temps de feindre :
Malgré tous vos détours on sait la vérité ;
Et j’attendais de vous plus de sincérité,
Moi qui mettais en vous ma confiance entière,
Et ne voulais souffrir aucune autre lumière.
L’amour dans sa prudence est toujours indiscret ;
À force de se taire il trahit son secret :
Le soin de le cacher découvre ce qu’il cache,
Et son silence dit tout ce qu’il craint qu’on sache.
Ne cachez plus le vôtre, il est connu de tous,
Et toute votre adresse a parlé contre vous.

SURENA
Puisque vous vous plaignez, la plainte est légitime,
Seigneur ; mais après tout j’ignore encor mon crime.

PACORUS
Vous refusez Mandane avec tant de respect,
Qu’il est trop raisonné pour n’être point suspect.
Avant qu’on vous l’offrît vos raisons étaient prêtes,
Et jamais on n’a vu de refus plus honnêtes ;
Mais ces honnêtetés ne font pas moins rougir :
Il fallait tout promettre, et la laisser agir ;
Il fallait espérer de son orgueil sévère
Un juste désaveu des volontés d’un père,
Et l’aigrir par des voeux si froids, si mal conçus,
Qu’elle usurpât sur vous la gloire du refus.
Vous avez mieux aimé tenter un artifice
Qui pût mettre Palmis où doit être Eurydice,
En me donnant le change attirer mon courroux,
Et montrer quel objet vous réservez pour vous.
Mais vous auriez mieux fait d’appliquer tant d’adresse
À remettre au devoir l’esprit de la princesse :
Vous en avez eu l’ordre, et j’en suis plus haï
C’est pour un bon sujet avoir bien obéi.

SURENA
Je le vois bien, seigneur : qu’on m’aime, qu’on vous aime,
Qu’on ne vous aime pas, que je n’aime pas même,
Tout m’est compté pour crime ; et je dois seul au roi
Répondre de Palmis, d’Eurydice et de moi :
Comme si je pouvais sur une âme enflammée
Ce qu’on me voit pouvoir sur tout un corps d’armée,
Et qu’un coeur ne fût pas plus pénible à tourner
Que les Romains à vaincre, ou qu’un sceptre à donner.
Sans faire un nouveau crime, oserai-je vous dire
Que l’empire des coeurs n’est pas de votre empire,
Et que l’amour, jaloux de son autorité,
Ne reconnaît ni roi ni souveraineté ?
Il hait tous les emplois où la force l’appelle :
Dès qu’on le violente, on en fait un rebelle ;
Et je suis criminel de ne pas triompher,
Quand vous-même, seigneur, ne pouvez l’étouffer !
Changez-en par votre ordre à tel point le caprice,
Qu’Eurydice vous aime, et Palmis vous haïsse ;
Ou rendez votre coeur à vos lois si soumis,
Qu’il dédaigne Eurydice, et retourne à Palmis.
Tout ce que vous pourrez ou sur vous ou sur elles
Rendra mes actions d’autant plus criminelles ;
Mais sur elles, sur vous si vous ne pouvez rien,
Des crimes de l’amour ne faites plus le mien.

PACORUS
Je pardonne à l’amour les crimes qu’il fait faire ;
Mais je n’excuse point ceux qu’il s’obstine à taire,
Qui cachés avec soin se commettent longtemps,
Et tiennent près des rois de secrets mécontents.
Un sujet qui se voit le rival de son maître,
Quelque étude qu’il perde à ne le point paraître,
Ne pousse aucun soupir sans faire un attentat ;
Et d’un crime d’amour il en fait un d’état.
Il a besoin de grâce, et surtout quand on l’aime
Jusqu’à se révolter contre le diadème,
Jusqu’à servir d’obstacle au bonheur général.

SURENA
Oui ; mais quand de son maître on lui fait un rival ;
Qu’il aimait le premier ; qu’en dépit de sa flamme,
Il cède, aimé qu’il est, ce qu’adore son âme ;
Qu’il renonce à l’espoir, dédit sa passion :
Est-il digne de grâce, ou de compassion ?

PACORUS
Qui cède ce qu’il aime est digne qu’on le loue ;
Mais il ne cède rien, quand on l’en désavoue ;
Et les illusions d’un si faux compliment
Ne méritent qu’un long et vrai ressentiment.

SURENA
Tout à l’heure, seigneur, vous me parliez de grâce,
Et déjà vous passez jusques à la menace !
La grâce est aux grands coeurs honteuse à recevoir ;
La menace n’a rien qui les puisse émouvoir.
Tandis que hors des murs ma suite est dispersée,
Que la garde au dedans par Sillace est placée,
Que le peuple s’attend à me voir arrêter,
Si quelqu’un en a l’ordre, il peut l’exécuter.
Qu’on veuille mon épée, ou qu’on veuille ma tête,
Dites un mot, seigneur, et l’une et l’autre est prête :
Je n’ai goutte de sang qui ne soit à mon roi ;
Et si l’on m’ose perdre, il perdra plus que moi.
J’ai vécu pour ma gloire autant qu’il fallait vivre,
Et laisse un grand exemple à qui pourra me suivre ;
Mais si vous me livrez à vos chagrins jaloux,
Je n’aurai pas peut-être assez vécu pour vous.

PACORUS
Suréna, mes pareils n’aiment point ces manières :
Ce sont fausses vertus que des vertus si fières.
Après tant de hauts faits et d’exploits signalés,
Le roi ne peut douter de ce que vous valez ;
Il ne veut point vous perdre : épargnez-vous la peine
D’attirer sa colère et mériter ma haine ;
Donnez à vos égaux l’exemple d’obéir,
Plutôt que d’un amour qui cherche à vous trahir.
Il sied bien aux grands coeurs de paraître intrépides,
De donner à l’orgueil plus qu’aux vertus solides ;
Mais souvent ces grands coeurs n’en font que mieux leur cour
À paraître au besoin maîtres de leur amour.
Recevez cet avis d’une amitié fidèle.
Ce soir la reine arrive, et Mandane avec elle.
Je ne demande point le secret de vos feux ;
Mais songez bien qu’un roi, quand il dit :  » je le veux…  »
Adieu : ce mot suffit, et vous devez m’entendre.

SURENA
Je fais plus, je prévois ce que j’en dois attendre :
Je l’attends sans frayeur ; et quel qu’en soit le cours,
J’aurai soin de ma gloire ; ordonnez de mes jours.

—-

Acte V, Scène 5

PALMIS, EURYDICE, ORMENE

EURYDICE
Je n’y résiste plus, vous me le défendez.
Ormène vient à nous, et lui peut aller dire
Qu’il épouse… Achevez tandis que je soupire.

PALMIS
Elle vient toute en pleurs.

ORMENE
Qu’il vous en va coûter !
Et que pour Suréna…

PALMIS
L’a-t-on fait arrêter ?

ORMENE
À peine du palais il sortait dans la rue,
Qu’une flèche a parti d’une main inconnue ;
Deux autres l’ont suivie ; et j’ai vu ce vainqueur,
Comme si toutes trois l’avoient atteint au coeur,
Dans un ruisseau de sang tomber mort sur la place.

EURYDICE
Hélas !

ORMENE
Songez à vous, la suite vous menace ;
Et je pense avoir même entendu quelque voix
Nous crier qu’on apprît à dédaigner les rois.

PALMIS
Prince ingrat ! Lâche roi ! Que fais-tu du tonnerre,
Ciel, si tu daignes voir ce qu’on fait sur la terre ?
Et pour qui gardes-tu tes carreaux embrasés,
Si de pareils tyrans n’en sont point écrasés ?
Et vous, madame, et vous dont l’amour inutile,
Dont l’intrépide orgueil paraît encor tranquille,
Vous qui brûlant pour lui, sans vous déterminer,
Ne l’avez tant aimé que pour l’assassiner,
Allez d’un tel amour, allez voir tout l’ouvrage,
En recueillir le fruit, en goûter l’avantage.
Quoi ? Vous causez sa perte, et n’avez point de pleurs !

EURYDICE
Non, je ne pleure point, madame, mais je meurs.
Ormène, soutiens-moi.

ORMENE
Que dites-vous, madame ?

EURYDICE
Généreux Suréna, reçois toute mon âme.

ORMENE
Emportons-la d’ici pour la mieux secourir.

PALMIS
Suspendez ces douleurs qui pressent de mourir,
Grands dieux ! Et dans les maux où vous m’avez plongée,
Ne souffrez point ma mort que je ne sois vengée !

__________________

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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Un commentaire pour Suréna, de Corneille

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