Les Fourberies de Scapin, de Molière

Les Fourberies de Scapin sont une farce en trois actes de Molière. Elle met en scène Scapin, un valet dont la ruse lui permet de mener ses ‘fourberies’, d’abord au service des deux amants, puis à son propre service pour se venger de l’avarice de Géronte et enfin pour se sauver lui-même de la vengeance de Géronte.

Cette pièce ne fait pas partie des comédies classiques de Molière. Mal perçue, Boileau dira dans son Art Poétique :

Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe
Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope.

Ces deux vers signifient que l’esthétique des Fourberies de Scapin ne plait pas à ceux qui admiraient Molière pour son génie symbolisé par le Misanthrope, comédie classique par excellence. Le terme de ridicule montre bien le dédain nourrit par Boileau à l’égard de cette oeuvre. Comme si elle avait défiguré Molière puisqu’il ‘ne le reconnaît plus’.
La pièce est retirée de l’affiche et n’est plus jouée du vivant de Molière. Néanmoins, la postérité a voulu lui donner raison et c’est aujourd’hui l’une des pièces les plus connues de Molière.

Cette farce somme toute très courte sait orchestrer un savant dosage entre comique, tension dramatique et coups de théâtre. Scapin le fourbe en est la figure majeure. Sa ruse et son éloquence lui valent de venir à bout des affaires dont il se charge, au détriment des deux pères qui se font rouler tour à tour. Autour de lui évoluent :
Argante, le père d’Octave – et nous l’apprendrons à la fin de la pièce, de Zerbinette.
Géronte, le père de Léandre – et de même que pour Zerbinette, on nous révélera qu’il est également le père de Hyacinte.
Octave, le fils d’Argante et l’amant de Hyacinte.
Léandre, le fils de Géronte et l’amant de Zerbinette.
Zerbinette, une égyptienne, l’amante de Léandre.
Hyacinte, l’amante d’Octave.
Sylvestre, le valet d’Octave.
Carle.

La didascalie initiale nous apprend que la scène se déroule à Naples.

scapin

Résumé

Argante et Géronte reviennent de voyage plus tôt que prévu. Leur retour, loin d’être source de joie pour leur deux fils, plonge le petit monde de ces deux familles en effervescence. Léandre comme Octave se sont épris de deux femmes qui ne conviennent pas à leur père car les partis ne sont pas convenables. Octave a même épousé Hyacinte sans le consentement de son père. Argante n’aura qu’une idée fixe : faire rompre ce mariage.

Scapin, que le couple a supplié pour qu’il apporte son aide, essaie d’abord de convaincre Argante que le mariage ne doit pas être annulé. N’y parvenant pas, il va le rouler, lui faisant croire que contre 200 pistoles le frère imaginaire d’Hyacinte – joué par Sylvestre – ferait rompre le mariage. Argante se fait avoir.

Léandre a également conjuré de lui venir en aide. Carle lui a appris que les égyptiens allaient partir, emmenant son aimée avec eux, sauf s’il leur donne 500 écus. Bon gré mal gré, Scapin parvient à rouler Géronte en lui faisant croire que son fils a été enlevé par des Turcs et qu’il doit payer la rançon sur l’heure. L’avarice de Géronte se débat avec l’idée de perdre 500 écus, trouble encadré par la sempiternelle réplique : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? ». Il finit par céder.

Pour se venger du comportement intolérable de Géronte, Scapin décide de punir l’avare. Il lui fait croire que des hommes cherchent à le faire tuer… Il lui propose de se cacher dans un sac afin qu’il puisse le ramener incognito à la maison. Géronte, en proie à la peur, accepte. Une fois qu’il est dans le sac, Scapin se livre à une comédie. Contrefaisant sa voix il imagine un dialogue entre un gascon et lui-même à propos du seigneur Géronte que tout le monde recherche. Cette fourberie s’achève bien sûr avec des coups de bâtons sur le sac. Il reproduit la ruse une deuxième fois. A la troisième, Géronte n’y tenant plus sort la tête du sac et se rend compte de la supercherie.

Scapin s’est vanté de ses fourberies auprès de Zerbinette qui se moque de cela auprès de Géronte sans savoir qu’elle s’adresse à une victime. Le pauvre homme le prend très mal et vit encore plus mal que ce soit elle qu’aime son fils. Mais les coups de théâtre sur l’identité des deux amantes vont se produire. Il y a double reconnaissance : Argante reconnaît sa fille perdue en Zerbinette grâce à un bracelet de naissance et Géronte reconnaît Hyacinte qu’il croyait morte dans un naufrage. Les obstacles qui menaçaient les deux amants sont levés…

Ne reste que le cas de Scapin. Géronte souhaite se venger de lui. Le fourbe feint la maladie et la mort pour obtenir le pardon de ceux qu’il a trompé. La farce se clôt sur cette fourberie ultime de Scapin.

Extrait

Acte II – SCÈNE VII
GÉRONTE, SCAPIN

SCAPIN.- Ô Ciel ! ô disgrâce imprévue ! ô misérable père ! Pauvre Géronte, que feras-tu ?
GÉRONTE.- Que dit-il là de moi, avec ce visage affligé ?
SCAPIN.- N’y a-t-il personne qui puisse me dire où est le seigneur Géronte ?
GÉRONTE.- Qu’y a-t-il, Scapin ?
SCAPIN.- Où pourrai-je le rencontrer, pour lui dire cette infortune ?
GÉRONTE.- Qu’est-ce que c’est donc ?
SCAPIN.- En vain je cours de tous côtés pour le pouvoir trouver.
GÉRONTE.- Me voici.
SCAPIN.- Il faut qu’il soit caché en quelque endroit qu’on ne puisse point deviner.
GÉRONTE.- Holà, es-tu aveugle, que tu ne me vois pas ?
SCAPIN.- Ah, Monsieur, il n’y a pas moyen de vous rencontrer.
GÉRONTE.- Il y a une heure que je suis devant toi. Qu’est-ce que c’est donc qu’il y a ?
SCAPIN.- Monsieur…
GÉRONTE.- Quoi ?
SCAPIN.- Monsieur, votre fils…
GÉRONTE.- Hé bien mon fils…
SCAPIN.- Est tombé dans une disgrâce la plus étrange du monde.
GÉRONTE.- Et quelle ?
SCAPIN.- Je l’ai trouvé tantôt, tout triste, de je ne sais quoi que vous lui avez dit, où vous m’avez mêlé assez mal à propos ; et cherchant à divertir cette tristesse, nous nous sommes allés promener sur le port. Là, entre autres plusieurs choses, nous avons arrêté nos yeux sur une galère turque assez bien équipée. Un jeune Turc de bonne mine, nous a invités d’y entrer, et nous a présenté la main. Nous y avons passé ; il nous a fait mille civilités, nous a donné la collation, où nous avons mangé des fruits les plus excellents qui se puissent voir, et bu du vin que nous avons trouvé le meilleur du monde.
GÉRONTE.- Qu’y a-t-il de si affligeant en tout cela ?
SCAPIN.- Attendez, Monsieur, nous y voici. Pendant que nous mangions, il a fait mettre la galère en mer, et se voyant éloigné du port, il m’a fait mettre dans un esquif, et m’envoie vous dire que si vous ne lui envoyez par moi tout à l’heure [24] cinq cents écus, il va vous emmener votre fils en Alger.
GÉRONTE.- Comment, diantre, cinq cents écus ?
SCAPIN.- Oui, Monsieur ; et de plus, il ne m’a donné pour cela que deux heures.
GÉRONTE.- Ah le pendard de Turc, m’assassiner de la façon !
SCAPIN.- C’est à vous, Monsieur, d’aviser promptement aux moyens de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.
GÉRONTE.- Que diable allait-il faire dans cette galère ?
SCAPIN.- Il ne songeait pas à ce qui est arrivé.
GÉRONTE.- Va-t’en, Scapin, va-t’en vite dire à ce Turc que je vais envoyer la justice après lui.
SCAPIN.- La justice en pleine mer ! Vous moquez-vous des gens ?
GÉRONTE.- Que diable allait-il faire dans cette galère ?
SCAPIN.- Une méchante destinée conduit quelquefois les personnes.
GÉRONTE.- Il faut, Scapin, il faut que tu fasses ici, l’action d’un serviteur fidèle.
SCAPIN.- Quoi, Monsieur ?
GÉRONTE.- Que tu ailles dire à ce Turc, qu’il me renvoie mon fils, et que tu te mets à sa place, jusqu’à ce que j’aie amassé la somme qu’il demande.
SCAPIN.- Eh, Monsieur, songez-vous à ce que vous dites ? et vous figurez-vous que ce Turc ait si peu de sens, que d’aller recevoir un misérable comme moi, à la place de votre fils ?
GÉRONTE.- Que diable allait-il faire dans cette galère ?
SCAPIN.- Il ne devinait pas ce malheur. Songez, Monsieur, qu’il ne m’a donné que deux heures.
GÉRONTE.- Tu dis qu’il demande…
SCAPIN.- Cinq cents écus.
GÉRONTE.- Cinq cents écus ! N’a-t-il point de conscience ?
SCAPIN.- Vraiment oui, de la conscience à un Turc.
GÉRONTE.- Sait-il bien ce que c’est que cinq cents écus ?
SCAPIN.- Oui, Monsieur, il sait que c’est mille cinq cents livres.
GÉRONTE.- Croit-il, le traître, que mille cinq cents livres se trouvent dans le pas d’un cheval ?
SCAPIN.- Ce sont des gens qui n’entendent point de raison.
GÉRONTE.- Mais que diable allait-il faire à cette galère ?
SCAPIN.- Il est vrai ; mais quoi ! on ne prévoyait pas les choses. De grâce, Monsieur, dépêchez.
GÉRONTE.- Tiens, voilà la clef de mon armoire.
SCAPIN.- Bon.
GÉRONTE.- Tu l’ouvriras.
SCAPIN.- Fort bien.
GÉRONTE.- Tu trouveras une grosse clef du côté gauche, qui est celle de mon grenier.
SCAPIN.- Oui.
GÉRONTE.- Tu iras prendre toutes les hardes qui sont dans cette grande manne, et tu les vendras aux fripiers, pour aller racheter mon fils.
SCAPIN, en lui rendant la clef.- Eh, Monsieur, rêvez-vous ? Je n’aurais pas cent francs de tout ce que vous dites ; et de plus, vous savez le peu de temps qu’on m’a donné.
GÉRONTE.- Mais que diable allait-il faire à cette galère ?
SCAPIN.- Oh que de paroles perdues ! Laissez là cette galère, et songez que le temps presse, et que vous courez risque de perdre votre fils. Hélas ! mon pauvre maître, peut-être que je ne te verrai de ma vie, et qu’à l’heure que je parle on t’emmène esclave en Alger. Mais le Ciel me sera témoin que j’ai fait pour toi tout ce que j’ai pu ; et que si tu manques à être racheté, il n’en faut accuser que le peu d’amitié d’un père.
GÉRONTE.- Attends, Scapin, je m’en vais quérir cette somme.
SCAPIN.- Dépêchez donc vite, Monsieur, je tremble que l’heure ne sonne.
GÉRONTE.- N’est-ce pas quatre cents écus que tu dis ?
SCAPIN.- Non, cinq cents écus.
GÉRONTE.- Cinq cents écus ?
SCAPIN.- Oui.
GÉRONTE.- Que diable allait-il faire à cette galère ?
SCAPIN.- Vous avez raison, mais hâtez-vous.
GÉRONTE.- N’y avait-il point d’autre promenade ?
SCAPIN.- Cela est vrai. Mais faites promptement.
GÉRONTE.- Ah maudite galère !
SCAPIN.- Cette galère lui tient au cœur.
GÉRONTE.- Tiens, Scapin, je ne me souvenais pas que je viens justement de recevoir cette somme en or, et je ne croyais pas qu’elle dût m’être si tôt ravie.(Il lui présente sa bourse, qu’il ne laisse pourtant pas aller ; et dans ses transports il fait aller son bras de côté et d’autre, et Scapin le sien pour avoir la bourse.) Tiens. Va-t’en racheter mon fils.
SCAPIN.- Oui, Monsieur.
GÉRONTE.- Mais dis à ce Turc que c’est un scélérat.
SCAPIN.- Oui.
GÉRONTE.- Un infâme.
SCAPIN.- Oui.
GÉRONTE.- Un homme sans foi, un voleur.
SCAPIN.- Laissez-moi faire.
GÉRONTE.- Qu’il me tire cinq cents écus contre toute sorte de droit.
SCAPIN.- Oui.
GÉRONTE.- Que je ne les lui donne ni à la mort, ni à la vie.
SCAPIN.- Fort bien.
GÉRONTE.- Et que si jamais je l’attrape, je saurai me venger de lui.
SCAPIN.- Oui.
GÉRONTE, remet la bourse dans sa poche, et s’en va.– Va, va vite requérir mon fils.
SCAPIN, allant après lui.– Holà, Monsieur.
GÉRONTE.- Quoi ?
SCAPIN.- Où est donc cet argent ?
GÉRONTE.- Ne te l’ai-je pas donné ?
SCAPIN.- Non vraiment, vous l’avez remis dans votre poche.
GÉRONTE.- Ah, c’est la douleur qui me trouble l’esprit.
SCAPIN.- Je le vois bien.
GÉRONTE.- Que diable allait-il faire dans cette galère ? Ah maudite galère ! Traître de Turc à tous les diables !
SCAPIN.- Il ne peut digérer les cinq cents écus que je lui arrache ; mais il n’est pas quitte envers moi, et je veux qu’il me paye en une autre monnaie, l’imposture qu’il m’a faite auprès de son fils.

—–

Acte III – SCÈNE II
GÉRONTE, SCAPIN

GÉRONTE.- Hé bien, Scapin, comment va l’affaire de mon fils ?
SCAPIN.- Votre fils, Monsieur, est en lieu de sûreté ; mais vous courez maintenant, vous, le péril le plus grand du monde, et je voudrais pour beaucoup, que vous fussiez dans votre logis.
GÉRONTE.- Comment donc ?
SCAPIN.- À l’heure que je parle, on vous cherche de toutes parts pour vous tuer.
GÉRONTE.- Moi ?
SCAPIN.- Oui.
GÉRONTE.- Et qui ?
SCAPIN.- Le frère de cette personne qu’Octave a épousée. Il croit que le dessein que vous avez de mettre votre fille à la place que tient sa sœur, est ce qui pousse le plus fort à faire rompre leur mariage ; et dans cette pensée il a résolu hautement de décharger son désespoir sur vous, et vous ôter la vie pour venger son honneur. Tous ses amis, gens d’épée comme lui, vous cherchent de tous les côtés, et demandent de vos nouvelles. J’ai vu même deçà et delà, des soldats de sa compagnie qui interrogent ceux qu’ils trouvent, et occupent par pelotons toutes les avenues de votre maison. De sorte que vous ne sauriez aller chez vous ; vous ne sauriez faire un pas ni à droit, ni à gauche, que vous ne tombiez dans leurs mains.
GÉRONTE.- Que ferai-je, mon pauvre Scapin ?
SCAPIN.- Je ne sais pas, Monsieur, et voici une étrange affaire. Je tremble pour vous depuis les pieds jusqu’à la tête, et… Attendez.
Il se retourne, et fait semblant d’aller voir au bout du théâtre s’il n’y a personne.
GÉRONTE, en tremblant.- Eh ?
SCAPIN, en revenant.- Non, non, non, ce n’est rien.
GÉRONTE.- Ne saurais-tu trouver quelque moyen pour me tirer de peine ?
SCAPIN.- J’en imagine bien un ; mais je courrais risque moi, de me faire assommer.
GÉRONTE.- Eh, Scapin, montre-toi serviteur zélé. Ne m’abandonne pas, je te prie.
SCAPIN.- Je le veux bien. J’ai une tendresse pour vous qui ne saurait souffrir que je vous laisse sans secours.
GÉRONTE.- Tu en seras récompensé, je t’assure ; et je te promets cet habit-ci, quand je l’aurai un peu usé.
SCAPIN.- Attendez. Voici une affaire que je me suis trouvée fort à propos pour vous sauver. Il faut que vous vous mettiez dans ce sac et que…
GÉRONTE, croyant voir quelqu’un.- Ah !
SCAPIN.- Non, non, non, non, ce n’est personne. Il faut, dis-je, que vous vous mettiez là dedans, et que vous gardiez de remuer en aucune façon. Je vous chargerai sur mon dos, comme un paquet de quelque chose, et je vous porterai ainsi au travers de vos ennemis, jusque dans votre maison, où quand nous serons une fois, nous pourrons nous barricader, et envoyer quérir main-forte contre la violence.
GÉRONTE.- L’invention est bonne.
SCAPIN.- La meilleure du monde. Vous allez voir. (À part.) Tu me payeras l’imposture.
GÉRONTE.- Eh ?
SCAPIN.- Je dis que vos ennemis seront bien attrapés. Mettez-vous bien jusqu’au fond, et surtout prenez garde de ne vous point montrer, et de ne branler pas, quelque chose qui puisse arriver.
GÉRONTE.- Laisse-moi faire. Je saurai me tenir…
SCAPIN.- Cachez-vous. Voici un spadassin qui vous cherche. (En contrefaisant sa voix.) « Quoi ? Jé n’aurai pas l’abantage dé tuer cé Geronte, et quelqu’un par charité né m’enseignera pas où il est ? » (À Géronte avec sa voix ordinaire.) Ne branlez pas. (Reprenant son ton contrefait.) « Cadédis, jé lé trouberai, sé cachât-il au centre dé la terre. » (À Géronte avec son ton naturel.) Ne vous montrez pas. (Tout le langage gascon est supposé de celui qu’il contrefait, et le reste de lui.) « Oh, l’homme au sac ! » Monsieur. « Jé té vaille un louis, et m’enseigne où put être Géronte. » Vous cherchez le seigneur Géronte ? « Oui, mordi ! Jé lé cherche. » Et pour quelle affaire, Monsieur ? « Pour quelle affaire ? » Oui. « Jé beux, cadédis, lé faire mourir sous les coups de vaton. » Oh ! Monsieur, les coups de bâton ne se donnent point à des gens comme lui, et ce n’est pas un homme à être traité de la sorte. « Qui, cé fat dé Geronte, cé maraut, cé velître ? » Le seigneur Géronte, Monsieur, n’est ni fat, ni maraud, ni belître, et vous devriez, s’il vous plaît, parler d’autre façon. « Comment, tu mé traites, à moi, avec cette hautur ? » Je défends, comme je dois, un homme d’honneur qu’on offense. « Est-ce que tu es des amis dé cé Geronte ? » Oui, Monsieur, j’en suis. « Ah ! Cadédis, tu es de ses amis, à la vonne hure. » (Il donne plusieurs coups de bâton sur le sac.) « Tiens. Boilà cé que jé té vaille pour lui. » Ah, ah, ah ! Ah, Monsieur ! Ah, ah, Monsieur ! Tout beau. Ah, doucement, ah, ah, ah ! « Va, porte-lui cela de ma part. Adiusias. » Ah ! diable soit le Gascon ! Ah !
En se plaignant et remuant le dos, comme s’il avait reçu les coups de bâton.
GÉRONTE, mettant la tête hors du sac.- Ah, Scapin, je n’en puis plus.
SCAPIN.- Ah, Monsieur, je suis tout moulu, et les épaules me font un mal épouvantable.
GÉRONTE.- Comment, c’est sur les miennes qu’il a frappé.
SCAPIN.- Nenni, Monsieur, c’était sur mon dos qu’il frappait.
GÉRONTE.- Que veux-tu dire ? J’ai bien senti les coups, et les sens bien encore.
SCAPIN.- Non, vous dis-je, ce n’est que le bout du bâton qui a été jusque sur vos épaules.
GÉRONTE.- Tu devais donc te retirer un peu plus loin, pour m’épargner…
SCAPIN lui remet la tête dans le sac.- Prenez garde. En voici un autre qui a la mine d’un étranger. […]

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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Un commentaire pour Les Fourberies de Scapin, de Molière

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