Les Fleurs bleues, de Raymond Queneau

Raymond Queneau publie les Fleurs bleues en 1965. Ce roman s’inscrit dans le mouvement de l’Oulipo et le style de Queneau, particulier et original, transforme le récit plutôt simple en apparence – un homme nommé Cidrolin rêve qu’il est le duc d’Auge et le duc d’Auge  rêve qu’il est Cidrolin – en un écrit unique, travaillé sur le langage, la structure et les perspectives ouvertes par les personnages et leur manière d’être.

Raymond Queneau parle de son oeuvre dans cette vidéo :
http://www.ina.fr/video/I00011509

Le va et vient du récit entre Cidrolin et le duc d’Auge se fait lorsque l’un des deux s’endort.
Le duc d’Auge traverse les siècles avec son fidèle cheval Sthène. Il arrive finalement à l’époque de Cidrolin et s’établit sur la péniche avec sa suite. A partir de ce moment-là les deux protagonistes ne rêvent plus… et le mystère entourant les dégradations de la clôture de Cidrolin est résolu…
Les fleurs bleues qui donnent le titre au roman apparaissent peu finalement et l’auteur dit lui-même que c’est au lecteur d’interpréter le sens de cette correspondance.

Résumer cette oeuvre est compliqué… Le résumé suivant adoptera l’alternance narrative entre le duc d’Auge et Cidrolin telle qu’elle existe dans le livre.

Résumé

Le duc d’Auge est présenté en compagnie de son cheval qui parle, Sthène. Le duc rêve d’un ailleurs, loin de la boue qui est faite de « fleurs bleues ». En compagnie de son page, Mouscaillot, il va rendre hommage au roi.

Lorsque le duc s’endort apparaît Cidrolin qui habite une péniche amarrée près de Paris. Il appelle cette péniche « l’Arche ». Cidrolin a pour habitude de se parler à lui-même, habitude qu’il a prise en vivant seul. Cidrolin s’est rêvé étant le duc d’Auge. Lorsque Cidrolin s’endort, réapparaît le duc d’Auge dans son environnement médiéval.

Cidrolin, comme le duc d’Auge, est amateur de l’essence de fenouil. C’est l’une des similitudes qui rassemblent les deux personnages au-delà de leur expérience de rêve continu.

Le duc refuse de se joindre à la croisade du roi.

Cidrolin s’inquiète pour les grafitis qui souillent régulièrement sa clôture qu’il est condamné de repeindre encore et encore.
L’homme est régulièrement dans l’obligation de signaler aux passants où est le « campigne pour campeur ». Ce qu’il fait avec des gestes.

Le duc échange avec l’abbé Onésiphore Biroton à propos des rêves, du langage des animaux et de « l’histoire universelle en général ». Ainsi le duc avoue qu’il rêve souvent qu’il est sur une péniche, qu’il fait une sieste, qu’il voit des « houatures « .

Cidrolin se retrouve une nouvelle fois confronté aux grafitis sur sa clôture.
Lamélie vit avec son père, mais le mariage avec son « ératépiste » est proche.

Le duc doit répondre des massacres qu’il a perpétré dans les chapitres précédents après sa visite chez le roi. Il décide de combattre pour ne pas se livrer à l’amende…

Cidrolin et Lamélie invitent les autres filles, Sigismonde et Bertrande, ainsi que leurs maris, Lucet et Yoland. Ils dégustent à nouveau de « l’essence de fenouil » et la conversation dérive sur les liens entre la « tévé » et « l’histoire de demain ».
Cidrolin parle à un passant, passant qui reviendra régulièrement. Il reçoit la visite du « ératépiste » qui veut épouser Lamélie et qui souhaite s’établir avec elle dans la péniche. Mais Cidrolin refuse et se plaint du le départ de Lamélie qui va laisser la péniche sans présence féminine pour l’entretient ménager. Il va falloir la remplacer par une autre femme. Il doit, de plus, une nouvelle fois masquer les grafitis…

Le duc d’Auge devient membre d’une conjuration contre Charles VII qui veut délivrer Gilles de Rais.
Le duc a acquis des canons dont il fait l’essai sur l’abbé Biroton et le diacre Riphinte. La conjuration est un échec. Le duc est heureux car il a trouvé des époux pour ses trois filles.

Cidrolin rencontre Albert. Il discute avec lui de son séjour en prison et l’on comprend que c’est cet événement passé qui amène les calomnies sur sa clôture. Il en vient à demander à cet ami proxénète s’il n’a pas à sa disposition une femme qui puisse entretenir la péniche après le départ de sa fille.

Le duc d’Auge chasse et fait tirer au canon sur un mammouth. Le duc se perd ensuite dans la forêt. Il rencontre la fille d’un bûcheron. Leur rencontre se passe mal et la douce jette le repas de l’ombrageux duc dans le feu… Ils jouent ensuite ensemble.

Cidrolin se rend dans un « de-luxe » où on ne veut pas le servir parce qu’il n’a pas réservé. Ses filles et ses gendres l’invite à se joindre à eux mais il refuse.

Le duc possède des fourchettes, ce qui étonne ses nouveaux gendres. Le duc informe sa compagnie qu’il se remarie avec Russule Péquet, la fille du bûcheron.

Cidrolin va finalement réussir à manger au « de-luxe ».

Le duc fait encore un saut dans le temps et se retrouve en chemin pour les États généraux.

Cidrolin sort du restaurant très satisfait du repas. Il rêve d’un cheval qui parle.

Sthène s’entretient avec le duc à propos d’une statue équestre. Voulant s’abriter d’une averse, le duc fait connaissance avec Timoleo Timolei,un alchimiste qui dit avoir été sur le point de découvrir l’or philospophal. Fasciné, le duc l’invite dans son « châtiau ».

Cidrolin fait connaissance avec Lalix, la jeune femme que lui envoie son ami Albert pour entretenir sa péniche.

Russule, la femme du duc, consulte un astrologue mais le duc refuse de lui accorder son hospitalité… Il lui préfère son alchimiste… malgré l’hérésie que cela représente.

Lalix refuse que Cidrolin lui raconte ses rêves, ça ne se fait pas selon elle. Il veut alors qu’elle lui raconte son histoire. Elle raconte qu’est la fille d’un bûcheron mais Cidrolin s’endort sans entendre la suite.

Le duc croise le bûcheron qui est le père de Russule.

Cidrolin se réveille sans avoir entendu l’histoire de Lalix. Elle lui signale de nouveaux grafitis sur la clôture qu’il recouvre immédiatement de peinture.

Le duc refuse finalement de se joindre aux Etats généraux de l’an mil sept cent quatre-vingt-neuf. Il préfère se recueillir sur la tombe de l’alchimiste. Le duc conteste ensuite le récit de la Bible et affirme aux hommes de foi qu’il existe des « préadamites », des hommes qui ont vécu avant Adam.

Suite aux inquiétudes de Lalix, Cidrolin se décide à épier ce qui se passe la nuit près de la clôture.

Alors que la Révolution se prépare, le duc explore le Périgord pour enquêter sur les « préadamites ». Son épouse est morte dans ce laps de temps.

Cidrolin guette celui qui dégrade sa clôture, mais en vain. Il se met à pleuvoir, il s’abrite au terrain de « campigne » mais il attrape « la crève » en retournant chez lui.

Le duc emmène l’abbé dans une caverne où auraient vécu les « préadamites ». L’abbé qualifie les peintures rupestres de dessins d’enfants. Pour le duc ces peintures confirment son hypothèse. Le duc décide ensuite de partir en Espagne chez le comte Altaviva y Altamira.

Cidrolin est soigné par Lalix.

Le duc approche de l’Espagne.

Cidrolin guérit. Lamélie lui dit qu’elle est allée voir les « trous préhistoriques » du Périgord et les dessins qu’elle trouve bien fait. Cidrolin lui affirme que ces peintures sont des fausses, faites au XVIIIe siècle par le duc qui voulait prouver sa thèse contre l’Eglise.

En Espagne, le duc veut peindre à nouveau.

Cidrolin est en train de repeindre sa clôture quand un voyageur lui dit : « Et moi aussi, je suis peintre ! » Il s’agit du duc, accompagné de sa fille, Phélise, de la comtesse d’Empoigne, du vicomte d’Empoigne et de ses « chevaus ». Puisqu’il n’est pas autorisé à s’établir dans le « campigne », il s’établit dans la péniche de Cidrolin.

Le duc est content parce qu’il a toujours rêvé d’habiter une péniche. De nouvelles injures ont souillé la clôture. Le duc décide d’arrêter les auteurs des grafitis la nuit suivante.
Cidrolin a la drôle d’impression de connaître le duc… A travers ses rêves.

Le duc a capturé un homme, l’ex-gardien du terrain de camping devenu alors concierge de l’immeuble en construction. Labal, tel est son nom, affirme être le champion de la justice et enquête sur l’injustice subie par Cidrolin. Il est relâché.
Cidrolin et le duc découvrent les similitudes qui existent entre eux en conversant.

La nuit suivante, Labal capture le vrai « graffitomane ». Surprise, c’est Cidrolin lui-même ! Lalix est déçue par le comportement « tordu » de Cidrolin. Elle le quitte. Elle se met à errer mais comme elle aime encore Cidrolin, elle se laisse convaincre de revenir… Elle retrouve Cidrolin.

Le duc et sa famille décident de rester sur la péniche puisque leurs véhicules ont été détruits par l’écroulement de l’immeuble en construction.

Le lendemain, le duc coupe les amarres de la péniche.

Cidrolin et Lalix disparaissent dans le canot.

Le duc échoue près d’un donjon. Dans la vase poussent des petites fleurs bleues…

fleursbleues

Extrait de l’incipit

Le vingt-cinq septembre douze cent soixante-quatre, au petit jour, le duc d’Auge se pointa sur le sommet du donjon de son château pour y considérer, un tantinet soit peu, la situation historique. Elle était plutôt floue. Des restes du passé traînaient encore çà et là, en vrac. Sur les bords du ru voisin, campaient deux Huns; non loin d’eux un Gaulois, Eduen peut-être, trempait audacieusement ses pieds dans l’eau courante et fraîche. Sur l’horizon se dessinaient les silhouettes molles de Romains fatigués, de Sarrasins de Corinthe, de Francs anciens, d’Alains seuls. Quelques Normands buvaient du calva.

Le duc d’Auge soupira mais n’en continua pas moins d’examiner attentivement ces phénomènes usés.

Les Huns préparaient des stèques tartares, le Gaulois fumait une gitane, les Romains dessinaient des grecques, les Sarrasins fauchaient de l’avoine, les Francs cherchaient des sols et les Alains regardaient cinq Ossètes. Les Normands buvaient du calva.

—Tant d’histoire, dit le duc d’Auge au duc d’Auge, tant d’histoire pour quelques calembours, pour quelques anachronismes. Je trouve cela misérable. On n’en sortira donc jamais?

Fasciné, il ne cessa pendant quelques heures de surveiller ces déchets se refusant à l’émiettage; puis, sans cause extérieure décelable, il quitta son poste de guet pour les étages inférieurs du château en se livrant au passage à son humeur qui était de battre.

Il ne battit point sa femme parce que défunte, mais il battit ses filles au nombre de trois; il battit des serviteurs, des servantes, des tapis, quelques fers encore chauds, la campagne, monnaie et, en fin de compte, ses flancs. Tout de suite après, il décida de faire un court voyage et de se rendre dans la ville capitale en petit arroi, accompagné seulement de son page Mouscaillot.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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Un commentaire pour Les Fleurs bleues, de Raymond Queneau

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