XIXe siècle – Le Réalisme

LE REALISME (1830-1870)

Le réalisme incarne la raison et la croyance dans le progrès social. Cette esthétique est fondée sur la description objective des faits, l’explication des causes sociales. Ces romans ont une visée descriptive et éducative.

Le roman réaliste se caractérise par l’étude des mœurs, le portrait social et politique. Stendhal, figure majeure du XIXe siècle a écrit : « Un roman, c’est un miroir que l’on promène le long d’un chemin. »

Le réalisme est opposé aux excès du romantisme. Les écrivains réalistes s’en tiennent aux faits. Ils étudient les hommes et les comportements dans les milieux sociaux. Ils cherchent à représenter la réalité.

« Le réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même. »
Maupassant, dans la préface de Pierre et Jean.

TROIS ROMANCIERS REALISTES

Honoré de Balzac (1799-1850)

Il est considéré comme le grand fondateur du réalisme moderne.

Quelques unes des œuvres de Balzac sont « à part » et se rapprochent du romantisme. Il s’agit des Chouans (1829) qui est le premier roman qu’il publie. Il met en scène la guerre civile entre les révolutionnaires et les chouans – c’est-à-dire les royalistes – en 1799. Ce roman historique lui vaut des tendances romantiques avant qu’il ne devienne le maître réaliste. De même, la Peau de chagrin s’apparente plus aux romans fantastiques qui dérivent du romantisme qu’aux romans réalistes. Néanmoins, Balzac n’est pas un romantique.

Dans l’avant-propos de son grand cycle, la Comédie Humaine (1842) il expose son projet. Il veut écrire l’histoire des mœurs en observant la nature humaine dans sa diversité. Le projet est massif et inachevé si on considère ce qu’en dit Littérature française, les Grands mouvements littéraires de Carole Narteau et Irène Nouailhac, chez Librio, page 257 : « Cette « Société », c’est celle de la Révolution, de l’Empire, de la Restauration et de la monarchie de Juillet, soit plus de 2000 personnages regroupés dans 137 ouvrages dont le romancier dresse la liste dès 1845. Il n’en achèvera « que » 85. »

La Comédie Humaine est organisée en 3 grandes parties :
– Les « études de mœurs » dans laquelle sont regroupés les six ensembles « Scènes de la vie privée, de la vie parisienne, de la vie de province, de la vie politique, de la vie militaire, de la vie de campagne » On y trouve Le Père Goriot, Eugénie Grandet, Le Lys dans la Vallée, Le Cousin Pons, Les Chouans.
– Les « études philosophiques » avec la Peau de Chagrin ou le Chef d’œuvre inconnu.
– Les « études analytiques » avec La Physiologie du mariage.

Balzac se pose en observateur de la société. Il cherche à en expliquer les mécanismes et les rouages. Pour relier les volumes de son œuvre « complète et cohérente dans sa diversité », Balzac va faire revenir des personnages. Il cherche à établir la figuration du monde réel.

Extrait du Cousin Pons : le portrait de Madame Cibot

Madame Cibot, ancienne belle écaillère, avait quitté son poste au Cadran-Bleu par amour pour Cibot, à l’âge de vingt-huit ans, après toutes les aventures qu’une belle écaillère rencontre sans les chercher. La beauté des femmes du peuple dure peu, surtout quand elles restent en espalier à la porte d’un restaurant. Les chauds rayons de la cuisine se projettent sur les traits qui durcissent, les restes de bouteilles bus en compagnie des garçons s’infiltrent dans le teint, et nulle fleur ne mûrit plus vite que celle d’une belle écaillère. Heureusement pour madame Cibot, le mariage légitime et la vie de concierge arrivèrent à temps pour la conserver ; elle demeura comme un modèle de Rubens, en gardant une beauté virile que ses rivales de la rue de Normandie calomniaient, en la qualifiant de grosse dondon. Ses tons de chair pouvaient se comparer aux appétissants glacis des mottes de beurre d’Isigny ; et nonobstant son embonpoint, elle déployait une incomparable agilité dans ses fonctions. Madame Cibot atteignait à l’âge où ces sortes de femmes sont obligées de se faire la barbe. N’est-ce pas dire qu’elle avait quarante-huit ans ? Une portière à moustaches est une des plus grandes garanties d’ordre et de sécurité pour un propriétaire. Si Delacroix avait pu voir madame Cibot posée fièrement sur son balai, certes il en eût fait une Bellone !

Stendhal (1783-1842)

De son vrai nom Henri Beyle, Stendhal est un écrivain réaliste malgré certaines tendances. En effet, comme énoncé dans l’article précédent sur le romantisme, Stendhal est une figure à part puisque lié à plusieurs courants. S’il a pris la défense des romantiques et fréquenté les grands auteurs de cette esthétique, si certains de ses personnages semblent romantiques (Octave dans Armance), Stendhal n’est pas un romantique.

Les romans de Stendhal sont réalistes, même si l’écriture réaliste de Stendhal répond à une esthétique particulière, le réalisme subjectif. Cela consiste à restreindre le champ à la focalisation interne des personnages. Stendhal appréhende le monde par le regard réaliste, mais subjectif, de certains de ses personnages. La dimension extrêmement romanesque de ses œuvres est également un critère qui fait de son réalisme un réalisme à part. Malgré tout les grands principes du réalisme sont fondateurs de ses œuvres : le roman est comme un miroir réfléchissant la réalité sociale et politique. Les événements historiques convoqués sont contemporains et permettent une peinture critique des mœurs.

Concernant le travail de cet auteur :
Il commence par écrire Une vie de Napoléon, puis De l’amour. En 1823 il produit l’essai qui va le faire connaître : Racine et Shakespeare en faveur des romantiques et contre les classiques.
Ses romans majeurs sont Armance, le Rouge et le Noir (1830), la Chartreuse de Parme (1839).

Extrait de l’œuvre le Rouge et le Noir : début du chapitre 6

Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des hommes, Mme de Rênal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand elle aperçut près de la porte d’entrée la figure d’un jeune paysan presque encore enfant, extrêmement pâle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le bras une veste fort propre de ratine violette.
Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l’esprit un peu romanesque de Mme de Rênal eut d’abord l’idée que ce pouvait être une jeune fille deguisée, qui venait demander quelque grâce à M. le maire. Elle eut pitié de cette pauvre créature, arrêtée à la porte d’entrée, et qui évidemment n’osait pas lever la main jusqu’à la sonnette. Mme de Rênal s’approcha, distraite un instant de l’amer chagrin que lui donnait l’arrivée du précepteur. Julien tourné vers la porte, ne la voyait pas s’avancer. Il tressaillit quand une voix douce lui dit tout près de l’oreille : – Que voulez-vous ici, mon enfant ?
Julien se tourna vivement, et frappé du regard si rempli de grâce de Mme de Rênal, il oublia une partie de sa timidité. Bientôt, étonné de sa beauté, il oublia tout, même ce qu’il venait faire. Mme de Rénal avait répété sa question.
– Je viens pour être précepteur, madame, lui dit-il enfin, tout honteux de ses larmes qu’il essuyait de son mieux.
Mme de Rênal resta interdite; ils étaient fort près l’un de l’autre à se regarder. Julien n’avait jamais vu un être aussi bien vêtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler d’un air doux. Mme de Rênal regardait les grosses larmes, qui s’étaient arrêtées sur les joues si pâles d’abord et maintenant si roses de ce jeune paysan. Bientôt elle se mit à rire, avec toute la gaieté folle d’une jeune fille ; elle se moquait d’elle-même et ne pouvait se figurer tout son bonheur. Quoi, c’était là ce précepteur qu’elle s’était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants !
– Quoi, monsieur, lui dit-elle enfin, vous savez le latin ?

Gustave Flaubert (1821-1880)

Flaubert est un cas particulier. Il emprunte des principes au réalisme : documentation, soucis du détail, volonté de dire le vrai mais il ne fait pas « excès de fidélité au réel ». Il tient pour importante la stylistique. Son but est de « tout sacrifier à l’Art » pour « bien écrire le médiocre » et « dénoncer la bêtise humaine ».

Madame Bovary (1856) fait un scandale au moment de sa sortie. L’analyse du caractère féminin, la désillusion projetant Emma dans l’adultère sont considérés comme irréligieux et immoraux. C’est cette œuvre qui nous a laissé le terme « bovarysme » qui qualifie l’être victime de ses propres illusions.

Salammbô (1862) est le « rempart contre le monde moderne ». Sa célèbre première phrase : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar » place l’action dans l’antique Carthage.

L’éducation sentimentale (1869) est l’histoire de l’échec de toute une génération dans le décor de la révolution de 1848.

La tentation de saint Antoine (1872) met en scène Saint Antoine qui doit résister à différentes tentations.

Trois Contes (1877) est composé de trois contes : « La légende de saint Julien l’hospitalier », « Un cœur simple », « Hérodias ».

Bouvard et Pécuchet, inachevé, est un antiroman qui dénonce volontiers la bêtise humaine.

Extrait de Bouvard et Pécuchet : incipit

Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.
Plus bas, le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses, étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.
Au delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers, le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait au loin dans l’atmosphère tiède ; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été.
Deux hommes parurent.
L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main. Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue.
Quand ils furent arrivés au milieu du boulevard, ils s’assirent, à la même minute, sur le même banc.
Pour s’essuyer le front, ils retirèrent leurs coiffures, que chacun posa près de soi ; et le petit homme aperçut, écrit dans le chapeau de son voisin : Bouvard ; pendant que celui-ci distinguait aisément dans la casquette du particulier en redingote le mot : Pécuchet.
— Tiens, dit-il, nous avons eu la même idée, celle d’inscrire notre nom dans nos couvre-chefs.
— Mon Dieu, oui, on pourrait prendre le mien à mon bureau !
— C’est comme moi, je suis employé.
Alors ils se considérèrent.
L’aspect aimable de Bouvard charma de suite Pécuchet.
Ses yeux bleuâtres, toujours entre-clos, souriaient dans son visage coloré. Un pantalon à grand-pont, qui godait par le bas sur des souliers de castor, moulait son ventre, faisait bouffer sa chemise à la ceinture ; et ses cheveux blonds, frisés d’eux-mêmes en boucles légères, lui donnaient quelque chose d’enfantin.
Il poussait du bout des lèvres une espèce de sifflement continu.
L’air sérieux de Pécuchet frappa Bouvard.
On aurait dit qu’il portait une perruque, tant les mèches garnissant son crâne élevé étaient plates et noires. Sa figure semblait toute en profil, à cause du nez qui descendait très bas. Ses jambes, prises dans des tuyaux de lasting, manquaient de proportion avec la longueur du buste, et il avait une voix forte, caverneuse.
Cette exclamation lui échappa :
— Comme on serait bien à la campagne !

LE REALISME AU THEATRE

Le théâtre réaliste se caractérise par un décor contemporain, des types identifiables  des situations montrant les préoccupations sociales et morales.

Emile Augier (1820-1889)

Littérature française, les Grands mouvements littéraires de Carole Narteau et Irène Nouailhac, chez Librio, page 263, caractérise ce dramaturge de la façon suivante : « Sorte de Balzac dramaturge, Augier a peint avec une ironie amère la bourgeoisie du Second Empire, tout en donnant à ses pièces une tonalité moralisante. Il sera élu dès 1857 à l’Académie française. »

Œuvres :
La Ciguë
Le gendre de Monsieur Poitier
Les lionnes pauvres
Les Effrontés

Alexandre Dumas fils (1824-1895)

Littérature française, les Grands mouvements littéraires de Carole Narteau et Irène Nouailhac, chez Librio, page 263, le caractérise de la façon suivante : « Dumas prend le parti des femmes opprimées par les lois et celui des enfants naturels, victimes des préjugés, tout en dénonçant l’argent corrupteur, les tabous et l’hypocrisie. »
Son œuvre la plus célèbre est la Dame aux camélias (1852).

Sources :

Littérature française, les Grands mouvements littéraires de Carole Narteau et Irène Nouailhac, chez Librio
http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alisme_(litt%C3%A9rature)
http://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/realisme.php
http://www.alalettre.com/balzac.php
http://www.etudes-litteraires.com/stendhal.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Stendhal
http://www.etudes-litteraires.com/flaubert.php

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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