XIXe siècle – Le Naturalisme

LE NATURALISME (1870-1890)

Le naturalisme est une forme de radicalisation du réalisme. Les écrits ne sont plus seulement basés sur la raison, mais également sur les théories de l’évolution de Darwin. C’est alors la nature, l’hérédité sociale et le milieu qui déterminent à eux seuls le comportement des hommes. La raison, l’imagination ou les puissances divines s’effacent devant « la nature ».

Le roman cherche à définir scientifiquement la réalité. On y étudie les dégénérescences, la folie, la névrose, …

C’est en 1865 que s’effectue la transition entre réalisme et naturalisme dans l’histoire littéraire avec Introduction à la médecine expérimentale de Claude Bernard.
La figure majeure de ce courant est Zola.

Emile Zola (1840-1902)

C’est dans la préface de Thérèse Raquin (1868) qu’il commence à théoriser le naturalisme. Littérature française, les Grands mouvements littéraires de Carole Narteau et Irène Nouailhac, chez Librio, page 266 énonce les faits suivants : « Il s’agit pour Zola de saisir le vrai dans la nature par l’observation et l’analyse des faits moraux et sociaux, afin de mettre à nu le mensonge, la sottise et l’hypocrisie. » La méthode expérimentale qui accompagne le processus d’écriture fait différer le naturalisme du simple réalisme.

Le grand cycle de Zola s’intitule les Rougon-Macquart. C’est « l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire ». Les deux familles décrites dans le cycle sont frappées par les lois de l’hérédité. C’est à travers leur histoire qu’est étudiée et analysée la société. Pour écrire chacun de ses romans, Zola se documente, fait des études de terrain et d’ethnographie, qu’il compile dans ses carnets d’enquête.

Le premier roman du cycle est la Fortune des Rougon (1870). Le plus célèbre est l’Assommoir (1877).
On peut citer également : Nana (1880), Germinal (1885), L’œuvre (1886), La Terre (1887), La Bête humaine (1890).
Le dernier volume du cycle est le Docteur Pascal.

Zola ne s’est pas consacré uniquement aux Rougon-Macquart, il a à son actif deux autres ensembles d’œuvres :
Les Trois Villes : Lourdes, Rome, Paris.
Les Quatre Evangiles : Fécondité, Travail, Vérité. Ce cycle est inachevé et aurait dû être bouclé par Justice.

C’est à la suite de son succès que Zola s’achète une villa à Médan, lieu qui devient un lieu de réunion pour les écrivains naturalistes. Les Soirées de Médan paraissent et sont un recueil collectif de nouvelles issues de ces soirées.

Zola est également connu pour son investissement dans l’affaire Dreyfus. En 1898, il publie « J’accuse » dans le journal de l’Aurore. Il est obligé de s’exiler suite à sa prise de position en faveur de Dreyfus. Sa destination sera Londres.
Il meurt en 1902, asphyxié.

Extrait de l’Assommoir, chapitre 1

Gervaise avait attendu Lantier jusqu’à deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d’être restée en camisole à l’air vif de la fenêtre, elle s’était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. Depuis huit jours, au sortir du Veau à deux têtes, où ils mangeaient, il l’envoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu’il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu’elle guettait son retour, elle croyait l’avoir vu entrer au bal du Grand-Balcon, dont les dix fenêtres flambantes éclairaient d’une nappe d’incendie la coulée noire des boulevards extérieurs ; et, derrière lui, elle avait aperçu la petite Adèle, une brunisseuse qui dînait à leur restaurant, marchant à cinq ou six pas, les mains ballantes, comme si elle venait de lui quitter le bras pour ne pas passer ensemble sous la clarté crue des globes de la porte.
Quand Gervaise s’éveilla, vers cinq heures, raidie, les reins brisés, elle éclata en sanglots. Lantier n’était pas rentré. Pour la première fois, il découchait. Elle resta assise au bord du lit, sous le lambeau de perse déteinte qui tombait de la flèche attachée au plafond par une ficelle. Et, lentement, de ses yeux voilés de larmes, elle faisait le tour de la misérable chambre garnie, meublée d’une commode de noyer dont un tiroir manquait, de trois chaises de paille et d’une petite table graisseuse, sur laquelle traînait un pot à eau ébréché. On avait ajouté, pour les enfants, un lit de fer qui barrait la commode et emplissait les deux tiers de la pièce. La malle de Gervaise et de Lantier, grande ouverte dans un coin, montrait ses flancs vides, un vieux chapeau d’homme tout au fond, enfoui sous des chemises et des chaussettes sales ; tandis que, le long des murs, sur le dossier des meubles, pendaient un châle troué, un pantalon mangé par la boue, les dernières nippes dont les marchands d’habits ne voulaient pas. Au milieu de la cheminée, entre deux flambeaux de zinc dépareillés, il y avait un paquet de reconnaissances du Mont-de-Piété, d’un rose tendre. C’était la belle chambre de l’hôtel, la chambre du premier, qui donnait sur le boulevard.

Guy de Maupassant (1850-1893)

Maupassant est d’abord le disciple de Flaubert, puis celui de Zola.
Son premier succès est Boule de Suif, nouvelle parue dans le recueil collectif les Soirées de Médan en 1880.
Il publie par la suite plusieurs recueils de nouvelles : La Maison Tellier (1881), Mademoiselle Fifi (1882), les Contes de la Bécasse (1883), les Contes du Jour et de la Nuit (1885).
Parmi ses romans on peut citer : Une Vie (1883), Bel Ami (1885), Pierre et Jean (1888).

A noter que Maupassant est également une figure en matière de genres fantastiques.

Jules Verne (1828-1905)

Jules Verne est un auteur célèbre pour ses romans d’anticipation scientifique. Il se documente à la manière des naturalistes pour « éveiller le public aux progrès scientifiques ».
Ses œuvres sont rassemblées sous l’appellation « Voyages extraordinaires ». Ce sont, par exemple, le Tour du monde en quatre-vingt jours, l’Ile mystérieuse, De la Terre à la Lune, Voyage au centre de la Terre, Vingt Mille lieues sous les mers

Extrait de Voyage au Centre de la Terre : incipit

Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock, revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19 de Königstrasse, l’une des plus anciennes rues du vieux quartier de Hambourg. La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le dîner commençait à peine à chanter sur le fourneau de la cuisine.
« Bon, me dis-je, s’il a faim, mon oncle, qui est le plus impatient des hommes, va pousser des cris de détresse.
– Déjà M. Lidenbrock ! s’écria la bonne Marthe stupéfaite, en entrebâillant la porte de la salle à manger.
– Oui, Marthe ; mais le dîner a le droit de ne point être cuit, car il n’est pas deux heures. La demie vient à peine de sonner à Saint-Michel.
– Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il ?
– Il nous le dira vraisemblablement.
– Le voilà ! je me sauve, monsieur Axel, vous lui ferez entendre raison. »
Et la bonne Marthe regagna son laboratoire culinaire. Je restai seul. Mais de faire entendre raison au plus irascible des professeurs, c’est ce que mon caractère un peu indécis ne me permettait pas. Aussi je me préparais à regagner prudemment ma petite chambre du haut, quand la porte de la rue cria sur ses gonds ; de grands pieds firent craquer l’escalier de bois, et le maître de la maison, traversant la salle à manger, se précipita aussitôt dans son cabinet de travail. Mais, pendant ce rapide passage, il avait jeté dans un coin sa canne à tête de casse-noisettes, sur la table son large chapeau à poils rebroussés, et à son neveu ces paroles retentissantes : « Axel, suis-moi ! »
Je n’avais pas eu le temps de bouger que le professeur me criait déjà avec un vif accent d’impatience : « Eh bien ! tu n’es pas encore ici ? »
Je m’élançai dans le cabinet de mon redoutable maître. Otto Lidenbrock n’était pas un méchant homme, j’en conviens volontiers ; mais, à moins de changements improbables, il mourra dans la peau d’un terrible original. Il était professeur au Johannaeum, et faisait un cours de minéralogie pendant lequel il se mettait régulièrement en colère une fois ou deux. Non point qu’il se préoccupât d’avoir des élèves assidus à ses leçons, ni du degré d’attention qu’ils lui accordaient, ni du succès qu’ils pouvaient obtenir par la suite ; ces détails ne l’inquiétaient guère. Il professait «subjectivement », suivant une expression de la philosophie allemande, pour lui et non pour les autres. C’était un savant égoïste, un puits de science dont la poulie grinçait quand on en voulait tirer quelque chose : en un mot, un avare. Il y a quelques professeurs de ce genre en Allemagne. Mon oncle, malheureusement, ne jouissait pas d’une extrême facilité de prononciation, sinon dans l’intimité, au moins quand il parlait en public, et c’est un défaut regrettable chez un orateur. En effet, dans ses démonstrations au Johannaeum, souvent le professeur s’arrêtait court ; il luttait contre un mot récalcitrant qui ne voulait pas glisser entre ses lèvres, un de ces mots qui résistent, se gonflent et finissent par sortir sous la forme peu scientifique d’un juron. De là, grande colère. Or, il y a en minéralogie bien des dénominations semi-grecques, semi-latines, difficiles à prononcer, de ces rudes appellations qui écorcheraient les lèvres d’un poète. Je ne veux pas dire du mal de cette science. Loin de moi. Mais lorsqu’on se trouve en présence des cristallisations rhomboédriques, des résines rétinasphaltes, des ghélénites, des fangasites, des molybdates de plomb, des tungstates de manganèse et des titaniates de zircone, il est permis à la langue la plus adroite de fourcher.

Alphonse Daudet (1840-1897)

Essentiellement connu pour ses premières œuvres : les Lettres de mon moulin (1866) et le Petit Chose (1868), Daudet est un disciple de Zola.

Jules Renard (1864-1910)

C’est un auteur reconnu pour Poil de Carotte (1894), l’histoire d’un enfant maltraité et humilié, et Histoires naturelles (1896).

Sources :

Littérature française, les Grands mouvements littéraires de Carole Narteau et Irène Nouailhac, chez Librio
http://fr.wikipedia.org/wiki/Naturalisme_(litt%C3%A9rature)
http://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/naturalisme.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Verne
http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/%C3%89mile_Zola/150676
http://www.etudes-litteraires.com/maupassant.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alphonse_Daudet

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Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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