Registres ou tonalités littéraires

Les tonalités littéraires

NB : J’emploie le terme « tonalité » plutôt que le terme « registre » car « registre » est une catégorie employée pour les niveaux de langue : registre familier, registre courant, registre soutenu. Pour éviter les confusions possibles, je choisis donc tonaliés.

Les tonalités sont des catégories qui caractérisent le ton d’un texte donné, l’émotion qui doit être suscitée chez le lecteur. Elles définissent donc la portée et l’utilité d’un texte littéraire.
Ces catégories ne sont pas hermétiques. Beaucoup de tonalités peuvent coexister dans un texte donné, certaines sont obligatoirement subordonnées à d’autres, d’autres sont simplement au service d’une autre tonalité dans un cas précis, alors qu’elles domineront dans d’autres textes.

Tonalité tragique
La tonalité tragique est la tonalité de la terreur/de l’effroi et de la pitié.
C’est une tonalité fréquente dans la tragédie classique et dans le théâtre du XXe siècle. On la trouve aussi dans d’autres genres.
Il s’agit de l’homme face à des forces qui le dépassent (des dieux, le destin, les passions). La fatalité est comme une machine infernale puisque sans issue pour le personnage, généralement de rang élevé, posé face à ses dilemmes. Il n’y a pas d’issue heureuse afin de provoquer la catharsis, la purgation des passions de l’âme.
Procédés utilisés : registre soutenu, figures d’amplifications comme l’hyperbole, figures d’opposition, exclamations, apostrophes, interrogations, supplication, plainte, impuissance, faute, mort.

Tonalité comique
C’est la tonalité qui cherche l’expression du rire, le divertissement. En plus de cela le comique peut avoir une portée critique. Le rire peut mettre en évidence les défauts de l’homme afin de chercher à les corriger. Il rejoint en cela la tonalité satirique.
C’est une tonalité fréquente dans la comédie mais qui peut se trouver dans d’autres genres littéraires.
Quatre types de comiques font jouer les ressorts du comique : le comique de situation, le comique de caractère, le comique de mots, le comique de geste.
Procédés utilisés : le burlesque (contraste entre le sujet traité et le style : sujet sérieux sur un style vulgaire par exemple), la parodie, la satire, les figures de répétitions, le registre courant ou familier, l’effet de quiproquo, l’effet de rupture, les exagérations, les jeux de mots.

Tonalité pathétique
C’est l’expression de la souffrance qui inspire au lecteur des émotions puissantes. Le terme pathétique vient de pathos en grec qui signifie la compassion, la douleur. Si la tonalité pathétique suscite une émotion violente elle ne comporte pas de notion de fatalité contrairement à la tonalité tragique qui lui est proche. Elle est également liée aux tonalités lyriques et élégiaques qui sont réciproquement l’expression des sentiments et l’expression de la souffrance sentimentale.
C’est une tonalité courante dans les grands genres littéraires : la poésie, le roman, le théâtre.
Procédés utilisés : les figures d’amplification, le champ lexical des sentiments forts, les exclamations, les interrogations, les injonctions.

Tonalité lyrique
C’est la tonalité des émotions telles que la plainte ou la joie par exemple.
C’est une tonalité majeure en poésie que l’on peut retrouver dans le théâtre ou le roman dans certaines circonstances. C’est l’expression musicale des sentiments et l’exaltation de l’être.
Liée à la tonalité lyrique existe la tonalité élégiaque. C’est l’expression lyrique de la mélancolie, de la perte, de la mort, de la souffrance.
Procédés utilisés : usage du « je », marque de la subjectivité, champ lexical des sentiments, musicalité du rythme, métaphores, comparaisons.

Tonalité épique
Cette tonalité cherche à provoquer l’admiration ou l’effroi.
Elle est utilisée pour narrer les aventures guerrières et merveilleuses d’un héros. On la trouve à l’origine dans l’épopée, puis dans les récits médiévaux, dans certains textes de théâtre, certains romans, certains récits historiques quand il s’agit de narrer un acte grandiose.
Procédés utilisés : amplification, superlatifs, hyperboles, énumérations, accumulations, personnifications, adverbes d’intensité, enchaînement d’action, merveilleux.

Tonalité dramatique
Le « dramatique », de drama, l’action, se rapporte à l’action d’une pièce de théâtre.
Dans le genre théâtral ou les genres romanesques, la tonalité dramatique s’applique dans le cas où se succèdent les péripéties qui maintiennent le spectateur ou le lecteur dans un état d’attente. On peut parler de suspens.
Les procédés utilisés : une narration rapide, une succession d’événements inattendus (tels que les rebondissements, coups de théâtre), action, exclamation, interrogation, émotion forte.

Tonalité fantastique
Tonalité qui cherche à susciter l’angoisse, de la peur, de l’hésitation. Elle est notamment présente dans les romans, les nouvelles appartenant au genre fantastique. Il s’agit de faire intervenir des faits mystérieux dans le réel.
Les émotions sont suscitées par l’incertitude dans l’interprétation de ce qui est en train de se produire : est-ce naturel ou surnaturel ? Rationnel ou irrationnel ? Le doute est donc l’élément fondateur de la tonalité fantastique.
Procédés utilisés : intrusion du mystérieux dans la vie ordinaire, focalisation interne, rupture de la narration, champ lexical de l’étrange, modalisateurs du doute (adverbes, mode du conditionnel), champ lexical de la peur, de l’hésitation.

Tonalité du merveilleux
Dans le cas de la tonalité du merveilleux le surnaturel est accepté comme un fait normal dans un monde donné, il n’est pas en décalage comme dans le cas de la tonalité fantastique. C’est la tonalité des contes par exemple. Le merveilleux étonne et dépayse le lecteur qui découvre un nouvel univers.
Les procédés utilisés : événements invraisemblables, temporalité imprécise du type « il était une fois… », emploi de personnages stéréotypés (dieux, anges, démons, princes, rois, chevaliers, fées, etc.)

Tonalité ironique
L’ironie c’est dire le contraire de ce que l’on pense dans le but de faire rire (il sert alors la tonalité comique ou satirique) ou dans le but de critiquer violemment (servant alors la tonalité polémique)
Procédés utilisés : les figures d’opposition, les exagérations et les atténuations inattendues.

Tonalité satirique
La satire c’est la critique par le rire ou le sourire. On la trouve notamment dans les pamphlets, les comédies. Il s’agit de critiquer les défauts d’un groupe ou d’une personne en le tournant en ridicule.
Procédés utilisés : images, hyperboles, caricatures, vocabulaire évaluatif.

Tonalité polémique
C’est la tonalité de la colère, de l’indignation. Ce terme vient de polemos en grec qui signifie la guerre.
C’est une tonalité que l’on trouve dans les débats, les textes argumentatifs, les essais, les discours. Tous ces textes combattent des idées et se posent dans des situations argumentatives conflictuelles. Ce sont des dénonciations énergiques.
Procédés utilisés : tentatives de discrédits (antiphrases, litotes), marques de l’engagement personnel, marques de l’émotions (exclamations, interrogations)

Tonalité délibérative
Tonalité du doute, de l’hésitation. Il s’agit de démêler une situation comportant deux choix. On confronte les arguments, on les discute et on fait un choix. C’est une tonalité rhétorique dans le cas où la délibération cherche à convaincre quelqu’un. On la trouve dans les débats.
Procédés utilisés : présence d’arguments et de contre-arguments, réfutations.

Tonalité didactique
Le texte didactique cherche à expliquer ou à enseigner un savoir à travers des explications ou une morale. Ce sont les textes explicatifs, les textes argumentatifs, les essais, les maximes…
Les procédés utilisés : un style objectif, un vocabulaire neutre, phrases déclaratives, présent.

Tonalité épidictique
C’est la tonalité de l’admiration, de l’éloge ou du blâme.
C’est l’art du portrait dans le genre romanesque, dans le genre théâtral par exemple. C’est aussi l’art du discours, un art rhétorique. On peut la trouver en poésie, dans des oraisons funèbres également.
La tonalité épidictique célèbre les qualités ou dénonce les défauts de quelqu’un.
Procédés utilisés : les images valorisantes ou dévalorisantes, un vocabulaire péjoratif ou mélioratif.

Sources :
http://www.etudes-litteraires.com/registres.php
http://www.espacefrancais.com/les-tonalites/

____________________

[Je décline toute responsabilité quant à la présence des publicités imposées par le serveur wordpress, sur cette page ou toute autre]

Publicités

A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
Cet article a été publié dans Registres ou tonalités littéraires, THEORIE LITTERAIRE. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s