Le Roman et la littérature de la fin du siècle

Le Roman et la littérature de la fin du siècle

Si l’on reprend la chronologie du XXe siècle, cette littérature de la fin du siècle s’étend des années 70 à nos jours – l’aube du XXIe siècle dont il est encore trop tôt pour parler. Nous considérerons les nouvelles esthétiques de « l’étranger et de l’étrange » pour reprendre la dénomination de Carole Narteau et d’Irène Nouailhac dans Littérature française, les grands mouvements littéraires ; puis nous considérerons le statut des « littératures de genre ».

Nous avons conscience que les considérations que nous faisons sur cette période récente et naissante sont loin d’être complètes et représentatives de tout ce qui est fait. Il est très dur de considérer le passé proche comme l’on peut envisager un XVIIe siècle ou un XVIIIe siècle révolu. Nous nous pencherons donc notamment sur l’analyse de Carole Narteau et d’Irène Nouailhac dans leur ouvrage pour mener à bien ce dernier segment du XXe siècle.

1. La littérature de l’étranger et de l’étrange

« L’évasion dans d’autres mondes – exotiques ou poétiques, loufoques ou fantastiques – permet aux écrivains de lever partiellement le soupçon qui pèse sur eux de ne jamais parler que d’eux-mêmes. Par leurs jeux formels et leurs personnages multiples ou brouillés, d’autres auteurs parviennent au même résultat : enfin la part de l’imaginaire dans l’œuvre n’est plus contestable. »
Source : Littérature française, les grands mouvements littéraires, de Carole Narteau et Irène Nouailhac, page 357.

La part de l’imaginaire s’illustre en matière d’exotisme, d’évasion ou de contexte mythologique. Les auteurs cherchent à passer les frontières et à s’en créer de nouvelles pour aborder les thèmes littéraires par d’autres moyens. Parmi les auteurs et les œuvres qui peuvent illustrer cette esthétique moderne on trouve :
– Gilles Lapouge : Equinoxiales (1977), Besoin de mirages (1999)
Le Clézio, auteur dont le goût du voyage affecte son écriture, obtient le prix Nobel de littérature en 2008. Baignant dans l’ère du Nouveau Roman, il hérite autant de son « cartésianisme » qu’il est à la recherche d’une nouvelle esthétique. Il déclarera : « Je veux écrire une autre parole qui ne maudisse pas, qui n’exècre pas, qui ne vicie pas, qui ne propage pas de maladie. » Son nomadisme personnel – il est quelqu’un qui voyage énormément depuis toujours – se traduit dans ses œuvres, emprunte de ce goût pour l’extérieur, l’inconnu et la découverte. Il a écrit, entre autres nombreuses œuvres, Désert (1980) et Le chercheur d’or (1985)
Michel Tournier, philosophe et littéraire, cherche avant tout à mêler les deux disciplines dans ses écrits. Parfois considéré comme un auteur pour enfant, Michel Tournier se défend de cette étiquette facile en se justifiant ainsi : « Je n’écris pas pour les enfants, dit-il, j’écris avec un idéal de brièveté, de limpidité et de proximité du concret. Lorsque je réussis à approcher cet idéal – ce qui est hélas rare – ce que j’écris est si bon que les enfants aussi peuvent me lire. »
Vendredi ou les limbes du pacifique (1967), une variante du mythe de Robinson Crusoé, lui vaut le grand prix du roman de l’Académie Française en 1967. Une étude de cette œuvre est disponible suivant ce lien : http://www.etudes-litteraires.com/tournier-vendredi-limbes-pacifique.php
Il est également l’auteur de l’ouvrage le Roi des Aulnes (1970) qui lui vaut le prix Goncourt en 1970.
– Amélie Nothomb : Hygiène de l’assassin (1992)

« La « nouvelle fiction » est un mouvement naissant qui prône le retour de l’imaginaire et mêle le merveilleux au réel, le fantastique à l’épique, le mythologique à l’onirique… Les œuvres sont caractérisées par la confusion des genres, entre poésie, roman et nouvelle, et l’exploration de différentes formes d’écriture. Francis Berthelot préfère parler de « littérature transfictionnelle » ou « transfiction », à la frontière entre la littérature générale et l’imaginaire (fantastique, merveilleux et science-fiction). »
Source : Littérature française, les grands mouvements littéraires, de Carole Narteau et Irène Nouailhac, page 359.

Dans cet « entre-deux » de la littérature classique et de la littérature de genre se trouvent donc des auteurs et des œuvres comme :
– Francis Berthelot, chercheur en biologie, est considéré comme un auteur de SF. Parmi ses œuvres citons le Rivage des intouchables (1991)
– George-Olivier Châteaureynaud : « Ses textes, que l’on qualifie souvent de fantastiques, se rattachent plutôt au domaine onirique. Rien de gore ni de sanglant dans ses écrits, mais une vision particulière du monde et de la société, qui s’écarte délibérément du constat social et de l’autofiction. » [1]. Il a écrit La Faculté des songes (1982), Au fond du paradis (2003), l’Autre Rive (2007)

2. Les littératures de genre

Influencée en France par les modèles anglo-saxons, la littérature de genre, parfois considérée comme de la « paralittérature », prend de plus en plus de place dans l’univers de l’écriture et de la lecture. Il s’agit, par exemple, du roman policier et de ses dérivés, de la SF, du roman historique, de la BD, de la Fantasy en ses multiples branches. Ces genres qui mêlent histoire et dépaysement, réalité et onirisme total entrent doucement dans les grâces de la littérature.

Le Roman historique

Le Roman historique n’est pas une nouveauté. Les œuvres qui font se rejoindre l’Histoire et la fiction existent depuis un certain temps. Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas (père) au XIXe en sont un exemple. Mais la multiplication contemporaine des productions autour de ce genre et sa démocratisation en font une littérature de genre qui est parfois considérée comme non-littéraire par les puristes. Au XXe siècle, à partir des années 1970, un grand nombre d’ouvrages et d’auteurs représentent le genre.
Exemple d’auteurs et d’œuvres de roman historique :
– Jean d’Ormesson a écrit La Gloire de l’Empire (1971) qui interroge les origines de notre culture, ainsi que Vent du soir (1985-1987) qui nous fait découvrir tour à tour diverses contrées : le Brésil, Venise, la Russie, les Indes, New York, l’Afrique du Sud.
– Georges Duby, historien du Moyen Age, a écrit le Dimanche de Bouvines (1973), Le Chevalier, la Femme et le Prêtre (1981).
– Max Gallo avec trois œuvres majeures : La Baie des Anges (1975-1976), Que sont les siècles pour la mer (1977) et la Machinerie humaine (1992-1999).
– Raymond Jean traite les faits de sorcelleries au XVIIe siècle dans La Fontaine obscure (1976) et les épidémies de peste à Marseille dans l’Or et la Soie (1983).
– Jeanne Bourin nous livre Paris au XIIIe siècle dans La Chambre des Dames (1979) et le Jeu de la tentation (1981).
– Pascal Quignard avec Carus (1979) et Tous les matins du monde (1991)
– Françoise Chandernagor écrit les mémoires imaginaires de Mme de Maintenon dans l’Allée du Roi (1981)
– Jean-Louis Fetjaine avec Les Voiles de Frédégonde (2006) et Les Larmes de Brunehilde (2007).
– Jean Teulé reçoit le prix Maison de la presse et le grand prix Palatine du roman historique avec le Montespan (2008). Il également l’auteur de Mangez-le si vous voulez, récit inspiré d’une anecdote sanglante du XIXe qui a pour but d’analyser les raisons d’un exemple de frénésie barbare.
– Mireille Calmel est parfois à la frontière entre fantasy et roman historique. Elle est l’auteur d’un grand nombre de textes sur la figure d’Aliénor d’Aquitaine (Aliénor, le règne des Lions – 2011 ; Aliénor, l’alliance brisée – 2012), de Richard Cœur de Lion (Richard Cœur de Lion, l’ombre de Saladin – 2013 ; Richard Cœur de Lion, Les Chevaliers du Graal – 2014) entre autres œuvres romanesques.

Le Roman policier

Le Roman policier analyse la société et l’homme à travers la résolution d’un meurtre qui est le moteur de son intrigue. Le genre se divise en deux sous-genres, le thriller et le polar.

« Le thriller (anglicisme, de l’anglais to thrill, frémir) est un genre artistique très diffusé dans la littérature, le cinéma ou la télévision et qui se subdivise en de nombreux sous-genres. La caractéristique commune des œuvres appartenant à ce genre est de chercher à provoquer chez le spectateur ou le lecteur une certaine tension, voire un sentiment de peur (qu’il doit cependant trouver agréable) à l’idée de ce qui pourrait arriver aux personnages dans la suite du récit. Cela se fait souvent par des moyens assez stéréotypés, tels que des séquences filmées au ralenti, une action soutenue, un héros doté de multiples ressources ; on y use abondamment du suspense (au cinéma, « thriller » peut être considéré comme synonyme de « film à suspense »), souvent des intrigues secondaires qui viennent contrecarrer le développement de la principale, et de rebondissements de l’intrigue (en particulier dans les dernières scènes, ce qui permet de produire une suite commercialement intéressante). Pour obtenir la tension narrative nécessaire au genre, le récit adopte souvent le point de vue de la victime ou suit de très près ce personnage en relatant ses craintes et ses angoisses. Le genre est apparenté au roman à suspense ou roman de la victime. » [2]
Exemples d’auteurs et de thrillers :
– Vladimir Volkoff (1932-2005) avec le Retournement (1979)
– Serge Brussolo (1951) entre autres activités littéraires est aussi un auteur de thrillers avec Carnets d’un cambrioleur (1994) et la Main froide (1995).
– Jean-Christophe Grangé (1961) avec le Vol des Cygnes (1994), Les Rivières Pourpres (1998), l’Empire des loups (2003).

Le Polar dénonce, de manière sérieuse ou parodique, les travers de la société : le racisme, les dérives mafieuses, les bavures policières, la misère des banlieues par exemple.
– Jean-Patrick Manchette (1942-1995) avec L’Affaire N’Gustro (1951), Morgue pleine (1973), Que d’os (1975), la Position du tireur couché (1981).
– Didier Daeninchx (1949) avec Meurtres pour mémoire (1984)
– Maurice G. Dantec (1959) avec les Racines du Mal (1995).
– Frédéric Dard (1921-2000) est l’auteur de San Antonio (1949-2001).
– Freg Vargas (1957) avec Ceux qui vont mourir te saluent (1994) ou Debout les morts (1995).

L’Imaginaire : SF et Fantasy

Les littératures de l’imaginaire ont des racines profondes. Certains considèrent que l’Iliade et l’Odyssée en sont de lointains avatars. De même, Micromégas de Voltaire serait un prélude aux voyages interstellaires de la SF. De manière beaucoup plus certaine, les romans d’anticipation de Jules Verne et de JH Rosny sont assurément les précurseurs de notre Imaginaire moderne.
Les littératures de l’Imaginaire proposent une réflexion sur les sociétés, sur les individus, sur les possibles de l’avenir (notamment en SF avec des thématiques comme l’écologie par exemple). Il y a donc un message sous le vernis de la fiction.
La distinction entre Fantasy et Science-fiction tient dans la différence de perspective. La SF tend à se projeter dans l’avenir tandis que la Fantasy fait appel au merveilleux et à des univers de type médiéval. Cette loi n’est pas absolue, il existe des mélanges entre ces deux genres… De plus chacun d’eux contient un certain nombre de sous-genres qui se définissent par des caractères propres, déclinant les possibilités de cette écriture sur une large palette.
Ces genres étant largement influencés par leurs homologues anglo-saxons, il est très difficile d’en parler sans passer au-delà de la Manche, voire au-delà de l’Atlantique. Des références étrangères peuvent donc être convoquées malgré la volonté francophone qui animait jusqu’alors tous ces articles sur l’histoire littéraire à travers les siècles.

En ce qui concerne la SF, un ouvrage théorique et complet pour qui veut aborder les notions sur le genre existe chez Armand Colin dans la collection 128. Il s’agit de la Science-fiction de Roger Bozzeto. Je vous y renvoie donc pour plus de détails et d’informations, car, même si un article complet est envisagé dans la section ‘Genres littéraires’ du blog, l’intégrer à cette chronologie n’est pas notre priorité.
– Jean-Pierre Andrevon propose Paysages de mort (1978) qui traite des thématiques liées à la pollution et à la surpopulation.
– Michel Pagel avec les Flammes de la Nuit, la Comédie inhumaine.
– Bernard Werber avec les Fourmis (1991), le Jour des fourmis (1995), La Révolution des fourmis (1996)
– Pierre Bordage avec Les Guerriers du silence, ou Wang, ou Les Flammes de l’Humpur.
1984, de George Orwell, est parfois considéré comme une œuvre de SF par le fond futuriste qui animait son écriture en 1949. Mais à l’heure actuelle, on tend plus à le classer parmi les romans d’anticipation.
– Frank Herbert et son cycle de Dune est un grand modèle du genre SF. Pour de plus amples détails sur le contenu des réflexions de cette œuvre, je vous renvoie à mes articles via ce lien.

En ce qui concerne la Fantasy, j’avais acquis La Fantasy, de Jacques Baudou afin de jeter un œil à ce que la théorie peut dire de ce genre. J’ai été déçue par le côté subjectif de nombreux jugements, l’ouvrage manquant alors du sérieux et de la neutralité absolus que possédait celui sur la Science-Fiction cité précédemment. Malgré tout il pose les bases, retraçant les sources, la figure centrale de Tolkien dans le genre et les différents avatars selon le pays et le public auquel est destinée la Fantasy (adulte, jeunesse, young-adult, etc.)
Certains classements des sous-genres se font par tonalité : la light fantasy, ou fantasy humoristique, parodie les thèmes et a recours à l’absurde ; la dark fantasy, sombre et pessimiste, préfère des univers et des récits sombres où le bien ne triomphe que rarement ou alors avec un prix élevé à payer élevé ; l’heroic fantasy se concentre sur des héros et constitue la figure majeure du genre – illustrée par le Seigneur des Anneaux par exemple.
Certains autres classements identifie les sous-catégories de la Fantasy à son contenu : le médiéval-fantastique invoque des univers inspirés librement du Moyen Âge et représente une grande part de la production du genre (exemples : Tolkien, Robin Hobb, G.R.R. Martin, David Gemmel, Christopher Paolini, C.S. Leswis, etc.) ; la fantasy historique – que l’on appelle parfois uchronie – réinvente des époques précises en y mêlant des éléments de fantasy (exemple : L’âge de la déraison de Greg Keyes) ; la fantasy arthurienne, très productive aussi, est héritière de la légende arthurienne (exemple : La Trilogie des Elfes de Jean-Louis Fetjaine) ; la fantasy urbaine est caractérisée par son cadre contemporain et souvent urbain (exemple : Mercy Thompson de Patricia Briggs) ; la fantasy orientale produit des univers exotiques qui évoquent l’Orient ou l’Asie ; la fantasy animalière fait intervenir des personnages principaux qui sont des animaux anthropomorphisés (exemple  : Dragon de E.E. Knight) ; la fantasy mythique est particulièrement proche des mythes et des contes (Poison de Pinborough) ; la bit-lit qui caractérise un sous-genre littéraire de la fantasy urbaine mêle le contemporain à un underworld surnaturel, parfois très axé sur les évocations érotiques qui constituent un motif récurrent dans ces œuvres.
A cela s’ajoutent tous les mélanges indescriptibles entre SF et Fantasy… Fondant un fond littéraire très vaste, divertissant, mais peu souvent exploré dans le sens de ses réflexions intrinsèques.

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Sources :
Littérature française, les grands mouvements littéraires, de Carole Narteau et Irène Nouailhac.
http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Jean-Marie_Gustave_dit_JMG_Le_Cl%C3%A9zio/129210
http://www.albin-michel.fr/auteur-Gilles-Lapouge-17931
http://www.academie-goncourt.fr/?membre=1016697272
http://www.cafardcosmique.com/BERTHELOT-Francis,354
http://www.imaginales.fr/francis-berthelot/
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges-Olivier_Ch%C3%A2teaureynaud
http://www.mireillecalmel.com/
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Thriller_(genre)
La Science-fiction de Roger Bozzeto
La Fantasy, de Jacques Baudou
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fantasy#Les_sous-genres_de_la_fantasy

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