Le Roman de la Reconstruction à Mai 68

Le Roman de la Reconstruction à Mai 68

La Seconde Guerre mondiale marque la France. L’invasion allemande, l’Occupation, le gouvernement de Vichy et la libération laissent des traces dans les consciences. La résolution du conflit mondial par l’usage de la bombe atomique est un coup dur porté à l’humanité. Les auteurs manquent de foi en l’humanité. Ils partent à la recherchent d’une morale et d’une philosophie nouvelles à travers des textes.

1. La littérature engagée

La littérature engagée gagne en force, prenant partie dans le combat de la Résistance ou dans les décolonisations qui marquent l’après 45. Les figures principales de cette littérature engagée sont Camus, Sartre, Aragon.
A noter que les littératures engagées ne sont pas simplement romanesque. Il existe aussi des œuvres poétiques et des œuvres théâtrales qui seront mentionnées dans les articles correspondants à ces deux autres grands genres. Je vous renvoie au Sommaire sur le XXe siècle.

La littérature de la Résistance :
Vercors (1902 -1991) a écrit Le silence de la mer (1942), un puissant appel à la fraternité.
Elsa Triolet (1896-1970) décrit son expérience de résistante en compagnie d’Aragon dans les Amants d’Avignon (1943). Le Cheval Blanc (1943) croise la destinée et les blessures d’un homme aux affres des années précédent la guerre, puis la guerre elle-même.
Joseph Kessel (1896-1971) produit l’Armée des Ombres (1943), hommage romanesque à la Résistance.

La littérature et l’engagement humaniste :
Cette forme de littérature engagée est incarnée par Albert Camus. « En tant qu’humaniste, il a certes toujours appelé à l’arrêt des combats, estimant qu’une vie vaut plus que des idées. » [1] De fait, résistant pendant la guerre, puis opposant à la colonisation il écrit que le devoir de l’homme c’est d’être « heureux et solidaire » dans cette vie où il compare volontiers la condition humaine au mythe de Sisyphe.
Il est l’auteur des deux incontournables romans : La Peste (1947) et L’Etranger (1942). On peut citer également la Chute (1956).

L’engagement du roman « à thèse » après 1945 :
Le roman à thèse, bien implanté avant la guerre perdure après elle.
Jean-Paul Sartre (1905-1980) déjà cité dans l’article traitant des décennies précédentes se pose toujours en intellectuel engagé. Toujours sur fond d’existentialisme, il défend l’indépendance de l’Algérie, le droit des femmes, les homosexuels et le communisme.
Il écrit Les Chemins de la liberté (1945) et les Jeux sont faits (1947).
Simone de Beauvoir (1908-1986), compagne de Jean-Paul Sartre est elle-même engagée. Le Sang des autres (1945) raconte une histoire d’amour en pleine Seconde Guerre Mondiale qui met en jeu des réflexions sur l’engagement politique. Les Mandarins (1954) « met en scène un groupe d’intellectuels parisiens qui confrontent leurs réflexions sur la société française en 1944 au sortir de la Seconde Guerre mondiale, qui s’apprête à entrer dans la période de la Guerre froide et de la Guerre d’Algérie. » [2]
Louis Aragon quant à lui s’engage dans le genre romanesque avec les Communistes (1949-1951) traitant de la défaite et de la répression contre le communisme.

2. Les romans dits « réalistes »

Un certains nombres de romans ne recherchent pas l’engagement de la littérature engagée. Leur volonté est de montrer le monde tel qu’il est. On nommera romans « réalistes » – à ne pas confondre avec les œuvres du courant réaliste du XIXe siècle – ces romans qui ont la volonté de raconter le monde.

Ce sont des auteurs comme Romain Gary (1914-1980) et son œuvre l’Education européenne ; ou bien Marcel Aymé (1902-1967) avec les romans de sa fresque sociale : Travelingue (1941), le Chemin des écoliers (1946), Uranus (1946) ; ou encore Roger Peyrefitte (1907-2000) et ses Amitiés particulières (1944) ; de même qu’Hervé Bazin (1911-1996) avec Vipère au poing (1948).
L’auteur que l’on retient le mieux pour cette fibre réaliste qui succède à 1945 est Marcel Pagnol (1895-1974) avec sa tétralogie romanesque à fond autobiographique : La Gloire de mon père (1957), Le Château de ma mère (1957), le Temps des secrets (1960) et le Temps des amours (posth. 1977). Parallèlement à cette tétralogie, il écrira deux romans aussi célèbres : Jean de Florette et Manon des Sources.

3. Romans et refus de l’engagement pur

Le refus de la littérature d’idée et d’une simple volonté de peindre le réel se manifeste par un retour aux racines du romanesque dans les lieux de la fiction.

Les « Hussards »
« L’expression les Hussards désigne un courant littéraire français qui, dans les années 1950 et 60, s’opposa aux existentialistes et à la figure de l’intellectuel engagé qu’incarnait Jean-Paul Sartre. Si le mouvement apparaissait comme assez hétéroclite, les Hussards se distinguaient notamment par leur opposition à Sartre et leur antigaullisme de droite. François Dufay leur reconnaissait surtout « l’amour du style ; un style bref, cinglant, ductile », un anticonformisme rafraîchissant, le refus des modes, le goût des causes perdues. » [3]
Les figures de ce mouvement de refus sont : Antoine Blondin, Roger Nimier, Michel Déon, Jacques Laurant, Félicien Marceau.

Les « Nouveaux classiques »
Marguerite Yourcenar (1921-1987), première femme élue à l’Académie française en 1980, représente ce qu’on peut appeler « nouveau classique » en ramenant l’esthétique romanesque aux cadres poétiques traditionnels. Dans ses romans, la fiction se mêle à l’histoire et la psychologie. Les mémoires d’Hadrien (1951) et L’Œuvre au noir (1968) sont deux de ses œuvres.
Joseph Kessel (1898-1979) dont une part de son œuvre prend place dans la littérature engagée s’illustre également dans ces formes plus classiques avec Le Lion (1948) et les Cavaliers (1967).
On peut également citer Romain Gary (1914-1980) avec les Racines du ciel (1956).

Les romans poétiques et fantastiques
Un retour à la fiction s’opère par la production de romans déconnectés de réalisme ou d’engagement évident. Ces formes poétiques et fantastiques se déclinent avec des auteurs comme Julien Gracq ou Paul Morand. Mais la figure majeure de cette écriture est Boris Vian (1920-1959) qui emploie une langue inédite, poétique et humoristique, dans un monde imaginaire et délirant. Ses expérimentations parfois considérées comme des provocations se sont inscrites dans les classiques de la littérature française.
Boris Vian est l’auteur de l’Ecume des jours (1947) qui narre la passion entre Colin et Chloé, condamnée par une maladie, et le resserrement de l’espace poétique au fur et à mesure que la mort approche.
Extraits de l’Ecume des jours en cliquant là : http://www.bernard-joy.com/boris-vian-l-ecume-des-jours/boris-vian-l-ecume-des-jours-chapitres-xxxi-a-xl,a3328542.html
Il a également écrit : L’Automne à Pékin, Vercoquin et le plancton, l’Herbe Rouge, l’Arrache-cœur.

4. L’OULIPO

Un article à part est consacré à l’OULIPO, en tant que mouvement littéraire important et transgénérique. Cliquez ici.

5. Le Nouveau Roman

De même que pour l’OULIPO et le Surréalisme, un article à part est réservé au Nouveau Roman en tant que courant majeur du XXe siècle. Cliquez-ci.

6. L’Autobiographie

Le nombre d’œuvres à fond autobiographique éclate au cours de cette période. L’autobiographie s’impose sous des formes très diverses : autoportraits, journaux, confessions, lettres, mémoires, essais… Elle veut témoigner des lieux et des époques et définir toutes les approches possibles par rapport au sujet. Le genre, très vivace, est gouverné par ce que Philippe Lejeune nomme « le pacte autobiographique ». Dans Littérature française, les grands mouvements littéraires, de Carole Narteau et Irène Nouailhac, la parentée de l’autobiographie avec le roman est déterminée de la façon suivante (page 347) : « Mais aujourd’hui la séparation d’avec le roman est de plus en plus floue ; l’autobiographie n’exclut plus la fiction, elle se veut même le lieu d’une fiction « authentique » et proclame, avec Rimbaud, que « je » est un autre… »

Noms d’auteurs et d’œuvres correspondant à cette vaste catégorie :
– Julien Green : Journal
– Simone de Beauvoir (1908-1986) : Mémoires d’une jeune fille rangée (1958), la Force de l’âge (1960), La Force des choses (1963), La Vieillesse (1970), La Cérémonie des adieux (1981) retracent son évolution personnelle.
– Jean-Paul Sartre (1905-1981) : Les Mots (1964)
– André Malraux (1901-1976) : Antimémoires (1967)
– François Cavanna (1923) : Les Ritals (1978), les Russkoffs (1977)
– Georges Perec (1936-1982) : W ou le Souvenir d’enfance (1975)
– Nathalie Sarraute (1902-1999) : Enfance (1983)
– Marguerite Duras (1914-1996) : L’Amant (1984)
– Alain Robbe-Grillet (1922-2008) : Les Romanesques
– Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) : D’un Château à l’autre (1957), Nord (1960), Rigodon (1969) – Plus de renseignements sur Rigodon en cliquant ici – Sur Nord en cliquant ici – Sur d’Un château à l’autre en cliquant ici.
– Roland Barthes (1915-1980) : Roland Barthes par Roland Barthes (1975)
– Serge Doubrovsky : Fils (1977)

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Sources :
Littérature française, les grands mouvements littéraires, de Carole Narteau et Irène Nouailhac.
http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moires_d%27Hadrien
http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C5%92uvre_au_noir
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_Yourcenar
http://www.alalettre.com/vian-oeuvres-ecume-des-jours.php
http://germainbonnel.wordpress.com/2013/08/13/rigodon-de-louis-ferdinand-celine-1969/
http://germainbonnel.wordpress.com/2013/08/02/nord-de-louis-ferdinand-celine-1960/
http://germainbonnel.wordpress.com/2013/07/13/dun-chateau-lautre-de-louis-ferdinand-celine-1957-2/
[1] http://salon-litteraire.com/fr/albert-camus/content/1811029-albert-camus-biographie
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Mandarins
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Hussards_(mouvement_litt%C3%A9raire)

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Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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