Le XVIIIe siècle – Mise en lumière de nouveaux genres

LA MISE EN LUMIERE DE NOUVEAUX GENRES

Le XVIIIe siècle voit émerger et mis à l’honneur des genres qui ne l’étaient pas ou des genres qui n’existaient pas. Le roman et l’autobiographie sont les principaux bénéficiaires de cette mise en lumière.

Essor du roman

Le roman est un genre de plus en plus utilisé, bien qu’il ne soit pas encore reconnu comme grand genre. Il prend des formes variées et revendique la capacité d’élever les esprits dans le divertissement, notamment avec les figures de Diderot et Rousseau. On compte les romans sociaux, épistolaires, libertins.

Le roman épistolaire

Le roman épistolaire donne l’illusion de la conversation. Le lecteur est spectateur privilégié ou simple voyeur. Cette forme littéraire est largement inspirée du succès des lettres – non fictives, elles – de Madame de Sévigné au XVIIe siècle. On peut lui trouver des sources secondaires, telles que les Héroïdes d’Ovide dans l’Antiquité.

Montesquieu et ses Lettres persanes (1721) traduisent l’intérêt des voyages et de la découverte de civilisations nouvelles. Les mœurs occidentales sont critiquées dans le témoignage des Perses qui voyagent vers Paris. C’est une satire inscrite dans l’idéal des Lumières.

Jean-Jacques Rousseau publie la Nouvelle Héloïse en 1761. Cette œuvre ne s’inscrit pas réellement dans la pensée des Lumières à la manière des Lettres persanes. C’est une œuvre à la destination du peuple, « le premier best-seller ». Cette lecture sentimentale, héritière de l’Astrée, de la Princesse de Clèves et de l’histoire d’Héloïse et d’Abélard est un divertissement. Cependant, si l’on lit entre les lignes, les lettres abordent tout de même des questions morales, religieuses et métaphysiques.

Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803) écrit les Liaisons dangereuses qui le placent dans le courant du libertinage du XVIIIe siècle. L’art savant de la manipulation qui fait le génie de l’œuvre sert également à analyser les sentiments humains et à dévoiler les moyens employés pour corrompre les mœurs.

Le roman social

L’esprit des Lumières influe sur le roman qui se veut alors peinture de mœurs. Les grands  personnages ne sont plus le seul sujet possible, les auteurs commencent à s’intéresser au peuple (cet idéal rejoint quelque peu ce que Diderot a essayé de faire avec le drame bourgeois). On représente l’individu dans la société et c’est la première fois que l’on tente l’introspection psychologique du personnage romanesque.
Sous l’appellation de roman sociaux, on peut rassembler les romans picaresques, les romans-mémoires, les romans qui témoignent d’une ascension sociale dans la société du XVIIIe siècle.

Alain René Lesage (1668-1747) est l’auteur du Diable boiteux (1707) dont le récit est un prétexte pour faire une série de portraits satiriques des gens de Madrid. Il a également écrit l’Histoire de Gil Blas de Santillane (1715-1735), un roman d’apprentissage picaresque.

L’Abbé Pévost (1697-1763) est l’auteur de Manon Lescaut qui entre dans cette catégorie de romans.

Marivaux, n’est pas seulement auteur de théâtre, il a aussi écrit deux grands romans qui racontent une ascension sociale de l’individu dans la société en analysant les mœurs et la psychologie. Ce sont la Vie de Marianne et le Paysan Parvenu.

Diderot effectue un questionnement philosophique dans des romans sérieux où domine un effet évident de réalisme. Exemple : Jacques le fataliste.

Naissance de l’autobiographie

Le XVIIIe siècle, qui réserve une place importante à l’individu se tourne vers les témoignages autobiographiques.

Les correspondances des écrivains

C’est au XVIIIe siècle que l’on commence à s’intéresser aux correspondances des écrivains et à l’intérêt qu’elles ont dans le domaine autobiographique : en effet, comment un écrivain se décrit-il ou décrit-il sa vision du monde ?
Parmi les correspondances les plus importantes du XVIIIe siècle, on a celle de Voltaire dans laquelle il témoigne de ses conceptions, de ses combats. On y reconnaît son style incisif. Il y a également celle de Diderot qui englobe la démarche de l’Encyclopédie, la peinture de son temps, ses idées philosophiques.

L’Autobiographie

C’est à Rousseau que l’on doit l’autobiographie. Pour expier sa crise existentielle, sa paranoïa et son sentiment de finitude, Rousseau va se mettre à écrire… sa vie.
Il commence par les Confessions, rédigées entre 1765 et 1770 ou il tente de se montrer tel qu’il est pour se racheter. Ce sont des aveux et des remords, la peinture de ses fautes. Cet écrit fait échos aux Confessions de Saint Augustin.
Ce retour sur soi montre les possibilités d’une telle écriture.

Extrait, le préambule des Confessions :

Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon, généreux, sublime, quand je l’ai été : j’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l’innombrable foule de mes semblables ; qu’ils écoutent mes confessions, qu’ils gémissent de mes indignités, qu’ils rougissent de mes misères. Que chacun d’eux découvre à son tour son cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité, et puis qu’un seul te dise, s’il l’ose : Je fus meilleur que cet homme-là.

L’écriture des Confessions ne suffisant pas, Rousseau enchaîne avec les Dialogues, où « Rousseau est juge de Jean-Jacques ».
Viennent ensuite les Rêveries du promeneur solitaire (écrites entre 1776 et 1778) qui sont une longue conversation avec son âme. Ces rêveries inspireront les romantiques.

Sources :
Littérature française, les grands mouvements littéraires, de Carole Narteau et Irène Nouailhac.
http://philo-lettres.fr/litterature_francaise/Rousseau_confessions.htm

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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