Le XVIIe siècle – Les genres mondains

LES GENRES MONDAINS

Les genres mondains se développent dans la perspective de divertir la Cour ou les salons. On compose des fables, des contes, des maximes, on prend plaisir à lire des lettres et des mémoires. Même si le roman et la nouvelle sont des genres toujours méprisés au XVIIe siècle, la Princesse de Clèves de Madame de la Fayette est une référence.
La « mondanité » a révélé de grands écrivains : La Fontaine, Perrault, La Rochefoucauld, La Bruyère, Mme de Sévigné, Retz.

Les Fables et les contes

Divertissements didactiques, la fable et le conte trouvent leurs lettres de noblesses à travers deux auteurs incontournables. La Fontaine s’inspire des grecs et latins pour restaurer un genre ancien et perdu, la fable. Quant à Perrault, il intègre le merveilleux dans la haute littérature avec le genre des contes de fée.

Jean de la Fontaine (1621-1695) est d’abord un poète de Cour. Il se met ensuite à écrire Contes et nouvelles en vers (1664). Puis il se tourne vers la fable et publie Fables choisies et mises en vers (1668) en évoquant sa volonté d’instruire les hommes. Dans un premier temps, la sagesse qu’il énonce est populaire. A travers des personnages animaliers, il fait la satire de la Cour, de la justice, de la monarchie par exemple. Puis il approfondit le travail. Ses fables s’étoffent et se complexifient. Les morales deviennent plus sociales et politiques.

Exemple tiré de Fables : « Les Animaux malades de la peste »

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Charles Perrault (1628-1703) entre à l’Académie Française en 1687. Il se retrouve au cœur de la Querelle des Anciens et des Modernes dans le camp des Modernes.
A l’époque ou le genre du conte de fée est à la mode dans les salons mondains, Perrault collecte les récits populaires et les réécrits dans le but de raconter un récit dont la morale vise à éduquer le lecteur.
Dans le même domaine que Perrault, Marie-Catherine d’Aulnoy (1651-1705) passe à la postérité par la voie des contes de fée. Les contes de fées (1697) vise le lectorat mondain adulte.

La maxime

La « mondanité » développe un goût pour les maximes, les traités moraux et les réflexions sur la condition humaine.

François de La Rochefoucauld (1613-1680) écrit Réflexions ou Sentences et maximes morales (1664) composé de 504 maximes qualifiés « d’aphorismes brillants ». Son idéologie est influencée par Pascal. De fait il dénonce volontiers les hommes, les fausses vertus et établit à sa manière l’idéal de la vraie vertu.

Jean de La Bruyère (1645-1696) prend le parti des Anciens dans la Querelle des Anciens et des Modernes. Il est l’auteur des Caractères ou les Mœurs de ce siècle (1688-1696). C’est un recueil de brèves sentences et de portraits satiriques des hommes de son époque. Son analyse est abstraite, son style incisif.

Extrait des Caractères de La Bruyère : « Théodecte »

« J’entends Théodecte de l’antichambre ; il grossit sa voix à mesure qu’il s’approche. Le voilà entré : il rit, il crie, il éclate ; on bouche ses oreilles, c’est un tonnerre. Il n’est pas moins redoutable par les choses qu’il dit que par le ton dont il parle. Il ne s’apaise et ne revient de ce grand fracas que pour bredouiller des vanités et des sottises. Il a si peu d’égard au temps, aux personnes, aux bienséances, que chacun a son fait sans qu’il ait eu l’intention de le lui donner ; il n’est pas encore assis qu’il a, à son insu, désobligé toute l’assemblée. A-t-on servi, il se met le premier à table et dans la première place ; les femmes sont à sa droite et à sa gauche. Il mange, il boit, il conte, il plaisante, il interrompt tout à la fois. Il n’a nul discernement des personnes, ni du maître, ni des conviés ; il abuse de la folle déférence que l’on a pour lui. Est-ce lui, est-ce Euthydème qui donne le repas ? Il rappelle à soi toute l’autorité de la table, et il y a un moindre inconvénient à la lui laisser entière qu’à la lui disputer. Le vin et les viandes n’ajoutent rien à son caractère. Si l’on joue, il gagne au jeu ; il veut railler celui qui perd, et il l’offense ; les rieurs sont pour lui ; il n’y a sorte de fatuités qu’on ne lui passe. Je cède enfin et je disparais, incapable de souffrir plus longtemps Théodecte, et ceux qui le souffrent. »

Les lettres et les mémoires

Les lettres ont pour objectif d’être colportées dans la vie mondaine. Elles servent de gazette. Quant aux mémoires se sont des chroniques sociales et historiques. Puisque ces textes sont faits pour être lus, ils font l’objet d’un art d’écrire particulier.

Mme de Sévigné (1626-1696) est connue pour ses lettres à sa fille. Sa correspondance rassemble aujourd’hui plus de mille lettres envoyées à sa fille et à d’autres. Grâce à elles, on a la chronique de plus de 25 années du XVIIe siècle. Mme de Sévigné témoigne des faits historiques en plus de ses faits personnels.

Retz (1613-1679) rédige ses Mémoires publiées à titre posthume en 1717. Ce texte est le tableau des remous politiques précédant l’année 1655 à laquelle la rédaction s’achève. On a une vue directe sur les portraits des grands de l’époque, les politiques appliquées et les intrigues mises au jour.

Le roman et la nouvelle

Les grandes pastorales baroques, les romans précieux ou comiques sont contestés à partir des années 1660. On leur préfère des récits simples, brefs, dans lesquels on trouve les convenances et la retenue qui caractérisent cette période. La Princesse de Clèves émerge de cette esthétique et se pose comme véritable roman classique. Son auteur est Marie Madeleine de la Fayette (1634-1693). Le roman parle du déchirement d’une femme entre le devoir conjugal et la passion. La vertu triomphe. On peut y voir un prélude au roman psychologique.

Sources :
Littérature française, les grands mouvements littéraires, de Carole Narteau et Irène Nouailhac.
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/jean_de_la_fontaine/les_animaux_malades_de_la_peste.html
http://www.etudes-litteraires.com/la-bruyere.php

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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