Le XVIe siècle – L’Humanisme

L’HUMANISME

L’humanisme est un courant de pensée européen au cœur du XVIe siècle. Marqué par une volonté de restaurer les lettres et la culture, considérées comme amoindrie par l’idéal scolastique du Moyen Age, c’est une ère de renouveau. Son essor est facilité par l’imprimerie qui permet la diffusion des idées.

Pour renouveler le domaine de la connaissance, les humanistes vont chercher à lire les textes anciens. Ils apprennent les langues anciennes et font leur propre lecture des textes. Auparavant l’antiquité était vue par le prisme des gloses monastiques.
La Réforme est la fille de l’Humanisme. C’est en décidant que la Bible est à la portée du croyant que l’Evangélisme va provoquer l’émergence du protestantisme et les guerres de religion.

Les humanistes mettent l’humain au centre du monde et non plus Dieu. Ils nourrissent une curiosité encyclopédique et désirent réformer l’enseignement pour mieux édifier la conscience humaine. Leurs écrits fourmillent d’utopies, de sociétés idéales.

Erasme

Erasme est un intellectuel hollandais qui a eu une grande influence sur des auteurs comme Rabelais (en France) et Thomas More (en Angleterre, auteur de l’Utopie). Il symbolise l’idéal des humanistes : érudit, latiniste, voyageur, il cherche sans cesse à connaître et ne se prive pas de dénoncer les abus de l’Eglise et de la société.

Erasme est l’auteur de l’Eloge de la Folie (1511), une fiction burlesque et allégorique dans laquelle la Folie prend la parole et fait la critique de la société humaine.

Extrait de l’Eloge de la Folie :

Ch. XLIX
Mais je serais moi-même tout à fait folle et parfaitement digne de tous les éclats de rire de Démocrite si je continuais à énumérer les formes des folies et des insanités populaires. J’arrive à ceux qui se donnent parmi les mortels l’apparence de la sagesse et convoitent, comme on dit, le rameau d’or.
Parmi eux tiennent le premier rang, les grammairiens, race d’hommes certainement la plus calamiteuse, la plus affligée, la plus haïe des dieux si moi je n’adoucissais les désagréments de leur misérable profession par un doux genre de folie. Ils ne sont pas en butte à cinq malédictions seulement, c’est-à-dire à cinq présages funestes, comme l’indique une épigramme grecque, mais à des centaines : toujours affamés et sordides dans leurs écoles — que dis-je des écoles ? ce sont plutôt des séjours d’angoisse, ou plutôt des galères, de chambres de tortures, — au milieu des hordes d’enfants ils vieillissent dans les labeurs, sont assourdis de cris, s’asphyxient encore de puanteurs et d’infection ; mais grâce à ma faveur, ils se croient les premiers des mortels. Ils sont tellement contents d’eux-mêmes quand ils terrorisent une classe épouvantée par leur visage et leur voix menaçante, quand ils déchirent les malheureux à coups de férules, de verges et de fouets, quand ils déchaînent à leur guise toutes leurs colères, à l’exemple de l’âne de Cumes ; alors leur saleté leur semble pure élégance, leur puanteur embaume la marjolaine, ils prennent leur misérable esclavage pour une royauté (…).

François Rabelais (1494-1553)

Moine, médecin et intellectuel, François Rabelais a marqué le XVIe siècle de son œuvre romanesque à la fois très humaniste et carnavalesque.
Le Gargantua et le Pantagruel sont publiés sous son pseudonyme, Alcofribas Nasier. Dans ses textes, Rabelais mêle rire et réflexion, réalité et fantaisie. Il convient de déchiffrer le symbolisme de ce qu’on lit en abordant les textes pour comprendre qu’ils prônent des valeurs humanistes sous des motifs triviaux.

Dans le Pantagruel, on trouve un véritable manifeste de l’idéal humaniste en matière d’éducation. Il s’agit de la lettre de Gargantua à Pantagruel de laquelle est tirée la célèbre citation : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

Extrait de la lettre de Gargantua à son fils Pantagruel :

« Pour cette raison, mon fils, je te conjure d’employer ta jeunesse à bien profiter dans tes études et dans la vertu. Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistémon qui, d’une part par ses leçons vivantes, d’autre part par ses louables exemples, peut bien t’éduquer. Je veux que tu apprennes les langues parfaitement. Premièrement le grec, comme le veut Quintilien. Deuxièmement le latin. Et puis l’hébreu pour les lettres saintes, et le chaldéen et l’arabe pareillement. Qu’il n’y ait aucune histoire que tu n’aies en mémoire, ce à quoi t’aidera la cosmographie de ceux qui en ont écrit. Des arts libéraux, la géométrie, l’arithmétique et la musique, je t’ai donné un avant-goût quand tu étais encore petit, âgé de cinq à six ans : poursuis le reste et deviens savant dans tous les domaines de l’astronomie mais laisse-moi de côté l’astrologie divinatrice, et l’art de Lulle comme des excès et des inutilités. Du droit civil, je veux que tu saches par coeur tous les beaux textes, et que tu puisses en parler avec philosophie. Et quant à la connaissance des faits de la nature, je veux que tu t’y adonnes avec curiosité, qu’il n’y ait ni mer, ni rivière, ni fontaine dont tu ne connaisses les poissons, tous les oiseaux de l’air, tous les arbres, arbustes et fruits des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés dans le ventre des abîmes, les pierreries de tout l’Orient et du midi. Que rien ne te soit inconnu.
« Puis soigneusement revisite les livres des médecins grecs, arabes et latins, sans mépriser les talmudiques et cabbalistes. Et par de fréquentes anatomies acquière-toi une parfaite connaissance de cet autre monde qu’est l’homme. Et quelques heures par jour commence à visiter les saintes lettres. Premièrement en grec, le Nouveau Testament et les Epîtres des Apôtres, et puis en hébreu l’Ancien Testament. En somme, que je voie un abîme de science : car avant de devenir un homme et d’être grand, il te faudra sortir de cette tranquillité et du repos de l’étude et apprendre la chevalerie et les armes pour défendre ma maison et secourir nos amis dans toutes leurs affaires contre les assauts des malfaisants. Et je veux que rapidement tu mettes en application ce dont tu as profité, ce que tu ne pourras mieux faire qu’en discutant publiquement avec tous et contre tous les gens de savoir en fréquentant les gens lettrés, qui sont tant à Paris qu’ailleurs.
« Mais parce que selon le sage Salomon la sagesse n’entre jamais dans les âmes mauvaises, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te faudra servir, aimer et craindre Dieu, et en Lui mettre toutes tes pensées et tout ton espoir, et par foi formée de charité être joint à Lui, si fort que jamais le péché ne t’en sépare. Prends garde des tromperies du monde, ne laisse pas la vanité entrer dans ton coeur car cette vie est passagère, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Sois serviable envers tous tes prochains, et aime-les comme toi-même. Respecte tes précepteurs, fuis la compagnie des gens à qui tu ne veux pas ressembler, et ne gaspille pas les grâces que Dieu t’a données. Et quand tu t’apercevras que tu disposes de tout le savoir que tu peux acquérir là-bas, reviens vers moi, afin que je te voie une dernière fois et que je te donne ma bénédiction avant de mourir. Mon fils, que la paix et la grâce de notre Seigneur soient avec toi. Amen.

Dans le Gargantua, on trouve une utopie : l’abbaye de Thélème dans laquelle aucun système de règles n’existe. De bonne éducation, ses membres vivent en harmonie, dans la mesure et le respect.

On attribue trois autres œuvres à Rabelais :
Le Tiers-Livre
Le Quart- Livre dans lequel la célèbre Dive Bouteille n’est autre que le réceptacle de la connaissance.
Le Cinquième-Livre est posthume et d’attribution douteuse. On pense qu’il est d’un continuateur et non de Rabelais lui-même.

Michel de Montaigne (1533-1592)

Auteur des Essais, Montaigne est une figure majeure de l’Humanisme qui prônait une « tête bien faite plutôt que bien pleine. »
Montaigne commence à rédiger les Essais après la mort de son ami la Boétie. Ces textes ont leur forme définitive en 1595 et sont divisés en 3 tomes.
Cette œuvre unique en son genre est novatrice. C’est la transcription de la pensée, se voulant toute naturelle, avec ses digressions et sa progression. Elle traite de sujets variés autour de la nature humaine, de l’éducation et de l’expérience de la vie.

Biographie de Montaigne : cliquez-ici.

Etienne de la Boétie (1530-1563)

La Boétie est connu pour son Discours sur la servitude volontaire qui paraît à titre posthume en 1576. C’est un écrit dangereux dans l’atmosphère de l’époque. Il s’élève contre la tyrannie et appelle à la tolérance.

Théodore Agrippa d’Aubigné (1552-1630)

Son œuvre littéraire la plus connue est les Tragiques (1616), une épopée en alexandrin qui traite des guerres de religion du point de vue protestant. C’est le tableau poignant des persécutions religions et du déchirement de la France, personnifié comme une mère qui voit son enfant catholique et son enfant protestant se détruire. Le caractère violent et cru de son œuvre lui vaut l’étiquette baroque.

Extrait des Tragiques : « Je veux peindre la France… »

Je veux peindre la France une mère affligée,
Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.
Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups
D’ongles, de poings, de pieds, il brise le partage
Dont nature donnait à son besson l’usage ;
Ce voleur acharné, cet Esaü malheureux,
Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux,
Si que, pour arracher à son frère la vie,
Il méprise la sienne et n’en a plus d’envie.
Mais son Jacob, pressé d’avoir jeûné meshui,
Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui,
À la fin se défend, et sa juste colère
Rend à l’autre un combat dont le champ est la mère.
Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris,
Ni les pleurs réchauffés ne calment leurs esprits ;
Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,
Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.
Leur conflit se rallume et fait si furieux
Que d’un gauche malheur ils se crèvent les yeux.
Cette femme éplorée, en sa douleur plus forte,
Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;
Elle voit les mutins tout déchirés, sanglants,
Qui, ainsi que du cœur, des mains se vont cherchant.
Quand, pressant à son sein d’une amour maternelle
Celui qui a le droit et la juste querelle,
Elle veut le sauver, l’autre qui n’est pas las
Viole en poursuivant l’asile de ses bras.
Adonc se perd le lait, le suc de sa poitrine ;
Puis, aux derniers abois de sa proche ruine,
Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;
Or vivez de venin, sanglante géniture,
Je n’ai plus que du sang pour votre nourriture !

(Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques, I, Misères, v.97-130.)

Le théâtre humaniste

Le théâtre du Moyen Age existe encore au début du XVIe siècle. Mais son temps est compté.
Les érudits se mettent à traduire le théâtre de l’Antiquité. De là commence à naître un théâtre tragique en France, inspiré de ces sources antiques. Il faut considérer qu’il y avait peu de représentations et que le public était plutôt restreint.
Ce théâtre tragique parle de la ruine, de la guerre, de la violence, de la cruauté et emploie fortement la tonalité pathétique. Ce théâtre est dit humaniste car il naît du goût pour les antiques.

La première tragédie en langue française est Abraham sacrifiant (1550) de Théodore de Bèze. Cette œuvre respecte la structure des tragédies antiques grecques mais emprunte son sujet à l’Ancien Testament.
La première tragédie à sujet profane est Cléopâtre captive (1553) de Jodelle. Cette œuvre saluée par la Pléiade annonce le théâtre classique du XVIIe siècle.

Sources :

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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3 commentaires pour Le XVIe siècle – L’Humanisme

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  2. Anne dit :

    Bonjour Eléonore, j’aimerai obtenir ton avis sur une question que je me pose. Puisque l’on attribue l’étiquette baroque à Agrippa d’Aubigné, doit-on le qualifier d’humaniste ou de baroque? J’avoue ne pas réussir à trancher et à justifier un quelconque choix…

    • Bonjour Anne ! C’est bien le problème des classements et des cases. Il y a toujours des auteurs qui ne rentrent pas parfaitement dans le cadre, même en tapant à coups de marteau pour ce faire… Personnellement je le classerai plus dans la case baroque, vis-à-vis de son esthétique et de ses thèmes. Je pense qu’un autre classement pourrait se justifier si on trouve les bons éléments.

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