Moyen Age – La littérature populaire

LA LITTERATURE POPULAIRE

Les récits épiques et courtois destinés à un public élitiste et restreint trouvent leur pendants dans le milieu populaire. Fabliaux, chantefables ou pièces de théâtres de rues (voir l’article sur le théâtre au Moyen Âge) se multiplient et constituent une littérature dite populaire.
C’est la parole des plus faibles qui s’élève souvent pour dénoncer l’injustice et les troubles sous le couvert du rire. Cette littérature contient donc une portée sociale qu’il convient de décrypter.

Le roman satirique

Le Roman de Renart, composé entre 1175 et 1250, par des auteurs divers est une critique de la société. Derrière chaque animal se cache un type de personnage raillé et dénoncé dans le récit. C’est un écrit qui vise à rire mais aussi à réfléchir.

Extrait : Renart vole les jambons

[…]
Par sa grande force et les assauts de tout son corps,
il en fait sortir les trois jambons à l’extérieur.
Il les emporte dans sa maison,
puis les découpe en morceaux,
et les met dans son lit, à l’intérieur de la paillasse.
Ysengrin se lève de bon matin ;
il voit sa maison découverte
et constate la perte de ses trois jambons :
« Aïe !, dit-il, dame Hersent,
on s’est joué de nous outrageusement. »
Elle saute sur ses pattes comme une folle,
toute nue et décoiffée.
« Mon dieu, dit-elle, qui a fait ça ?
C’est là un dommage insensé et horrible. »
Il ne savent sur qui faire porter les soupçons,
il ne reste plus à tous deux qu’à se mettre en colère.
Quand il a fini de manger,
Renart s’en va tout joyeusement
dans leur maison pour se distraire.
Il trouve son oncle tout triste :
« Mon oncle, dit-il, qu’avez vous ?
Je vous vois pensif et irrité.
— Cher neveu, dit-il, il y a bien de quoi.
Mes jambons sont perdus, tous les trois,
j’en ai le cœur plein de douleur et de colère. »
— Oncle, dit-il, vous devez l’annoncer maintenant.
Si vous dites le long de la rue
que vous avez perdu cette viande,
après ni parent, ni ami, ni amie
ne vous en réclamera jamais.
— Cher neveu, fait-il, je te le dis pour de vrai,
je les ai perdus, et ça me pèse. »
Renart répond : « Je n’ai rien entendu de tel avant,
celui qui se plaint mais n’a pas du tout mal.
Je sais bien que vous les avez mis en lieu sûr
par crainte de vos parents et amis.
— Dis donc, fait-il, tu te moques ?
Par la foi que tu dois à l’âme de ton père,
tu ne crois donc pas ce que je dis ?
— Racontez quand même, dit Renart, continuez ainsi.
— Renart, lui dit dame Hersent,
Je pense que vous n’êtes pas sensé ;
si on ne les avait pas perdus,
jamais on n’en refuserait, fût-ce à un moine.
— Dame, dit-il, je le sais bien
que vous avez beaucoup de malice et de ruse.
D’ailleurs, tellement il y a perte,
vous avez même découvert votre maison,
dites maintenant qu’ils sont sortis par là.
[…]
Source : http://moyenage.forumgratuit.org/t4-le-roman-de-renart-extraits

Reineke

Les fabliaux

On compte plus de 160 fabliaux rédigés entre le XIIIe et le XIVe siècle. Les fabliaux sont différents de la fable. Ils visent à faire rire, mettent en scène des personnages types dans ses situations de la vie quotidienne, souvent grivoises. La morale est à découvrir sous le rire et dénonce souvent les défauts humains.

BRUNAIN, LA VACHE AU PRÊTRE

C’est d’un vilain et de sa femme
Que je veux vous raconter l’histoire.
Pour la fête de Notre-Dame,
Ils allaient prier à l’église.
Avant de commencer l’office,
Le curé vint faire son sermon ;
Il dit qu’il était bon de donner
De tout son cœur au Bon Dieu
Et que celui-ci vous rendait le double.
« Entends-tu, belle sœur, ce qu’a dit le
Prêtre ? » Fait le vilain à sa femme.
« Qui pour Dieu donne de bon cœur
Recevra de Dieu deux fois plus.
Nous ne pourrions pas mieux employer
Notre vache, si bon te semble,
Que de la donner au curé.
Elle a d’ailleurs si peu de lait.
— Oui, mon mari, je veux bien qu’il l’ait,
Dit-elle, de cette façon. »
Ils regagnent donc leur maison,
Et sans en dire davantage.
Le vilain va dans son étable ;
Prenant la vache par la corde,
Il la présente à son curé.
Le prêtre était fin et madré :
« Beau seigneur, dit l’autre, mains jointes,
Pour Dieu je vous donne Blérain. »
Il lui a mis la corde au poing,
Et jure qu’elle n’est plus sienne.
« Ami, tu viens d’agir en sage,
Répond le curé dom Constant
Qui toujours est d’humeur à prendre ;
Retourne en paix, tu as bien fait
Ton devoir : si tous mes paroissiens
Étaient aussi avisés que toi,
J’aurais du bétail en abondance. »

Le vilain prend congé du prêtre
Qui commande aussitôt qu’on fasse,
Pour l’accoutumer, lier Blérain
Avec Brunain, sa propre vache.
Le curé les mène en son clos,
Trouve sa vache, ce me semble,
Les laisse attachées l’une à l’autre.
La vache du prêtre se baisse,
Car elle voulait pâturer.
Mais Blérain ne veut l’endurer
Et tire la corde si fort
Qu’elle entraîne l’autre dehors
Et la mène tant par maison,
Par chènevières et par prés
Qu’elle revient enfin chez elle,
Avec la vache du curé
Qu’elle avait bien de la peine à mener.
Le vilain regarde, la voit ;
Il en a grande joie au cœur.
« Ah ! dit-il alors, chère sœur,
Il est vrai que Dieu donne au double.
Blérain revient avec une autre:
C’est une belle vache brune.
Nous en avons donc deux pour une.
Notre étable sera petite ! »

Par cet exemple, ce fabliau nous montre
Que fol est qui ne se résignent.
Le bien est à qui Dieu le donne
Et non à celui qui le cache et enfouit.
Nul ne doublera son avoir
Sans grande chance, pour le moins.
C’est par chance que le vilain
Eut deux vaches, et le prêtre aucune.
Tel croit avancer qui recule.

Source :
http://www-user.uni-bremen.de/~meike/pedagogie/pedagogie_pdf/Fascicule_CLA_Fabliaux.pdf

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La chantefable

L’unique chantefable que nous ayons aujourd’hui est Aucassin et Nicolette. Ce texte est une parodie du style épique.

Roman social engagé

Ces romans sont écrits avec une volonté de réalisme. Ce sont des textes précieux lorsque l’on essaie de reconstituer la société du Moyen Âge. Leur style séditieux en fait aussi des essais de critique de la société de leur temps.
Un exemple, le Roman d’Anjou datant de 1316.

Sources :
Littérature française, les grands mouvements littéraires, de Carole Narteau et Irène Nouailhac
http://www-user.uni-bremen.de/~meike/pedagogie/pedagogie_pdf/Fascicule_CLA_Fabliaux.pdf
http://moyenage.forumgratuit.org/t4-le-roman-de-renart-extraits

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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