Lorenzaccio, de Musset

Lorenzaccio est un drame en cinq actes de Musset. Il est publié en 1834 dans l’ouvrage Un spectacle dans un fauteuil.

lorenzaccio musset

La pièce

La scène se passe à Florence au XVIe siècle. Alexandre de Médicis règne sur la ville au nom du Saint-Empire Germanique. Le tyran est un débauché qui soulève l’indignation des patriotes. On aimerait le faire tomber. Mais aucun ne le souhaite autant que Lorenzo, son cousin, qui joue un rôle pour se rapprocher de lui et le frapper. Nul ne soupçonne le masque de Lorenzo et on le traite avec mépris, d’où son surnom de Lorenzaccio… Même quand il se révélera et passera à l’acte, on se méprendra sur ce qu’il est. Il sera à son tour abattu… et jamais il ne sera le Brutus dont il a rêvé.

C’est une pièce complexe… Il a beaucoup de personnages, de lieux et de figurations. Malgré cela, on comprend assez vite où mène ce tableau d’une Florence débauchée.
Le personnage de Lorenzo nous emporte dans son monde d’ombres et de regrets. Changé à jamais par le but qu’il s’est fixé, il ne croit plus aux valeurs qui le portaient jadis. Il n’a de cesse de jeter à bas Alexandre dont les moeurs corrompues l’ont jeté dans l’abîme.
Parallèlement à la trajectoire de ce personnage central s’ébattent les familles de Florence qui penchent entre soumission et insurrection. Au centre de ces drames, la famille Strozzi, principale victime de la tyrannie en place.
Le Prince quant à lui ne saurait entendre raison sur sa conduite. Il est incapable de ramener le peuple dans ses bonnes grâces… et finira par payer son aveuglement.
On pouvait espérer que le coup de Lorenzaccio libère la ville. Mais champ de ruines et de douleurs, Florence ne saura même pas s’emparer de sa chance. Le pouvoir restera aux mains d’un Médicis sous l’égide du Cardinal Cibo qui voulait déjà faire d’Alexandre son instrument.

Peu de lignes pour une si longue pièce… J’ai tenté de rassembler les axes généraux.

Avis personnel

C’est une pièce qui m’a beaucoup plu. Même si les choses m’ont paru confuses à première lectures, tout s’est par la suite mis en place. L’action devient prenante. Et Lorenzaccio est un personnage à l’attrait indéniable. Il est souvent présenté comme « l’un des plus beaux portraits de héros romantique ». A mon humble avis c’est le cas. Sombre, déchiré, poussé en avant dans ses ténèbres par une résolution forte et imparable, c’est une figure que je vous invite à découvrir.

Extrait – Acte III, scène 3 – La révélation de Lorenzaccio à Philippe

[…]
LORENZO. La tâche que je m’imposais était rude avec Alexandre. Florence était, comme aujourd’hui, noyée de vin et de sang. L’empereur et le pape avaient fait un duc d’un garçon boucher. Pour plaire à mon cousin, il fallait arriver à lui, porté par les larmes des familles ; pour devenir son ami, et acquérir sa confiance, il fallait baiser sur ses lèvres épaisses tous les restes de ses orgies. J’étais pur comme un lis, et cependant je n’ai pas reculé devant cette tâche. Ce que je suis devenu à cause de cela, n’en parlons pas. Tu dois comprendre que j’ai souffert, et il y a des blessures dont on ne lève pas l’appareil impunément. Je suis devenu vicieux, lâche, un objet de honte et d’opprobre – qu’importe ? ce n’est pas de cela qu’il s’agit.
PHILIPPE. Tu baisses la tête, tes yeux sont humides.
LORENZO. Non, je ne rougis point ; les masques de plâtre n’ont point de rougeur au service de la honte. J’ai fait ce que j’ai fait. Tu sauras seulement que j’ai réussi dans mon entreprise. Alexandre viendra bientôt dans un certain lieu d’où il ne sortira pas debout. Je suis au terme de ma peine, et sois certain, Philippe, que le buffle sauvage, quand le bouvier l’abat sur l’herbe, n’est pas entouré de plus de filets, de plus de noeuds coulants, que je n’en ai tissé autour de mon bâtard. Ce coeur, jusques auquel une armée ne serait pas parvenue en un an, il est maintenant à nu sous ma main ; je n’ai qu’à laisser tomber mon stylet pour qu’il y entre. Tout sera fait. Maintenant, sais-tu ce qui m’arrive, et ce dont je veux t’avertir ?
[…]

_______________________

[Je décline toute responsabilité quant à la présence des publicités imposées par le serveur wordpress, sur cette page ou toute autre]

Publicités

A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
Cet article a été publié dans AUTEURS & OEUVRES, De la Littérature Classique, Musset. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Lorenzaccio, de Musset

  1. Ping : Les lectures du mois de Décembre 2013 | Havre de pensées & de mots

  2. Ping : XIXe siècle – Le Romantisme | Havre de pensées & de mots

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s