Lectures du mois d’Octobre 2013

Lectures du mois d’Octobre 2013

Ce mois-ci il n’y a pas de grande variété dans le type de littérature abordée… classique, classique et encore classique. Mais bon, il faut convenir que je n’ai pas non plus perdu mon temps : j’ai fait de bonnes découvertes dont la meilleure me semble être Les liaisons dangereuses de Laclos. Et malgré tout, il a quand même une oeuvre qui se distingue un peu : c’est le recueil , une édition de la correspondance de Tolkien. Que du positif en ce mois d’Octobre…

Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos : Ah ! Les liaisons dangereuses… Mon seul regret est de ne pas les avoir lues plus tôt ! C’est tout simplement excellent, sur le fond et sur la forme…
Le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil, deux libertins, jouent au jeu des liaisons dangereuses. Par défi ou par vengeance ils manipulent leur entourage pour les faire tomber dans leurs pièges et leurs vices. Un court résumé des intrigues principales : le vicomte de Valmont cherche à séduire madame de Tourvel dont la vertu est légendaire. Il y parviendra… avec les conséquences funestes que ça aura pour eux deux. Madame de Merteuil cherche à perdre la fille d’une de ses amies pour en faire son élève. Mais Cécile de Volange se montre bien trop naïve pour contenter la marquise. Elle se rabattra donc sur le chevalier Danceny… mais elle aussi sera victime de son propre jeu et une inconscience de sa part la perdra totalement.
Le récit sous forme épistolaire peut paraître plus vivant à bien des égards. Les personnages se livrent ou se dissimulent selon le cas. C’est un portrait psychologique en profondeur selon les lettres. Bien sûr il manque l’aspect narratif commun, mais au fond ce n’est pas une lacune. On conçoit bien une évolution de récit, et les faits et gestes qui doivent être mentionnés le sont par les épistoliers.
C’est une œuvre que j’ai adorée et dévorée. Peut être la meilleure découverte classique de cette année 2013.

Dialogue entre un prêtre et un moribond, de Sade : ce court dialogue est une critique sévère envers la religion. Il pourrait être considéré comme l’éloge de l’athéisme. J’ai beaucoup aimé cet écrit, non pour son caractère sévère, mais pour sa forme rhétorique et réflexive qui peut être ouverte à la discussion.

Ecrits de jeunesse, de Proust, dans l’édition Mille et une nuit : Ce petit recueil contient quatre nouvelles :
L’Indifférent
Avant la nuit
Souvenir
Contre l’obscurité
Je n’aime pas Proust… J’ai déjà essayé de lire le premier tome de la Recherche du temps perdu, sans succès. Je n’arrive tout simplement pas à suivre le style – trop lourd à mon humble avis – de l’auteur. Mais j’ai néanmoins aimé ces nouvelles qui se distinguent de l’œuvre majeure. Tout en portant sa marque, elles sont plus légères et plaisantes.
L’Indifférent raconte l’histoire d’une jeune femme amoureuse d’un homme qui l’ignore totalement. C’est le récit de cette douloureuse illusion qu’est l’amour à sens unique.
Avant la nuit est la confession d’une âme mourante à son amie Leslie. C’est un récit très touchant et très poétique.
Souvenir est un court texte poétique qui évoque un souvenir à travers les sens.
Contre l’obscurité est reconnu comme étant un plaidoyer contre les symbolistes. Des quatre textes c’est celui-ci que j’ai préféré pour sa valeur dans l’histoire littéraire. Je citerai ce passage : « Les œuvres purement symbolistes risquent donc de manquer de vie, et par là de profondeur. Si, de plus, au lieu de toucher l’esprit, leurs « princesses » et leurs « chevaliers » proposent un sens imprécis et difficile à sa perspicacité, les poèmes, qui devraient être de vivants symboles, ne sont plus que de froides allégories. »

Sur la lecture suivi de Journées de Lecture, de Proust, édition Librio : Ressemblant d’avantage au Proust de la Recherche, j’ai eu plus de mal avec cet écrit-ci. Pourtant le contenu est très intéressant.
Proust évoque les souvenirs d’enfance liés à la lecture. Il les contextualise dans sa pensée et en transmet toute la saveur obsessionnelle et divertissante. Suite à ce récit, l’évocation se change en réflexion sur plusieurs plans. Proust parle d’abord de la psychologie de la l’acte de lecture. Ce peut-être une thérapie comme un fléau. Tout dépend du degré d’immersion dans la lecture et de la capacité du lecteur à dissocier réel et fiction. Ensuite, la lecture est le moyen de communiquer avec les grands auteurs passés. Enfin, les livres sont les amis les plus fidèles.
Une belle leçon de lecture à méditer…

L’Art poétique, de Boileau : Théorisant le classicisme avant son extinction progressive, Boileau nous livre son art poétique, en alexandrins, avec quatre chants qui traitent, chacun leur tour, un aspect de l’acte d’écriture parfait au XVIIe siècle.
-Le chant I parle de l’acte d’écriture, du poète et des règles qui doivent régir sa conduite. Extrait :
« Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d’une folle vitesse ;
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d’esprit que peu de jugement.
J’aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu’un torrent débordé qui, d’un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. »
-Le chant II décrit les genres poétiques en général. Extrait :
« D’un ton un peu plus haut, mais pourtant sans audace,
La plaintive Élégie en longs habits de deuil,
Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil.
Elle peint des amants la joie et la tristesse,
Flatte, menace, irrite, apaise une maîtresse.
Mais, pour bien exprimer ces caprices heureux,
C’est peu d’être poète, il faut être amoureux. »
– Le chant III parle des grands genres : tragédie, comédie et épopée. Extrait :
« Vous donc qui, d’un beau feu pour le théâtre épris,
Venez en vers pompeux y disputer le prix,
Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages
Où tout Paris en foule apporte ses suffrages,
Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés,
Soient au bout de vingt ans encor redemandés ?
Que dans tous vos discours la passion émue
Aille chercher le cœur, l’échauffe et le remue.
Si, d’un beau mouvement l’agréable fureur
Souvent ne nous remplit d’une douce « terreur »,
Ou n’excite en notre âme une « pitié » charmante,
En vain vous étalez une scène savante ;
Vos froids raisonnements ne feront qu’attiédir
Un spectateur toujours paresseux d’applaudir,
Et qui, des vains efforts de votre rhétorique
Justement fatigué, s’endort ou vous critique.
Le secret est d’abord de plaire et de toucher :
Inventez des ressorts qui puissent m’attacher. »
– Le chant IV évoque quant à lui les qualités et le comportement digne du poète. Extrait :
« Écoutez tout le monde, assidu consultant :
Un fat, quelquefois, ouvre un avis important.
Quelques vers toutefois qu’Apollon vous inspire,
En tous lieux aussitôt ne courez pas les lire.
Gardez-vous d’imiter ce rimeur furieux
Qui, de ses vains écrits lecteur harmonieux,
Aborde en récitant quiconque le salue
Et poursuit de ses vers les passants dans la rue.
Il n’est temple si saint, des anges respecté,
Qui soit contre sa Muse un lieu de sûreté. »
C’est rapide à lire. Facile ? Je ne sais pas, tout dépend de votre familiarité avec les alexandrins je suppose. J’ai simplement trouvé ça délicieux… et ça fait une bonne révision sur l’esthétique classique…

Le Dernier jour d’un condamné, de Victor Hugo : Ce petit roman rejoint Claude Gueux (évoqué dans les lectures du mois précédent) sur de nombreux points : la société qui fait le coupable, la violence du système, l’horreur de la condamnation. Néanmoins, je trouve ce récit plus poignant que le précédent. La différence fondamentale entre les deux récits est que Claude Gueux est narré par un narrateur externe. Le Dernier jour d’un condamné est narré par le personnage lui-même, narration interne donc. Le ressenti du témoignage est loin d’être le même. On est plongé dans les pensées, dans la subjectivité du condamné, dans l’horreur de ce qu’il vit dans ses derniers instants. C’est d’autant plus poignant à mesure qu’il avance vers son trépas. Avec deux scènes qui m’ont marquées : son sentiment envers ceux qui partent au bagne, et l’ultime rencontre avec sa fille qui ne le reconnaît pas.
C’est un très bon roman, à lire je pense… Il remue, peut retourner et tourmenter… Mais il est probablement difficile de passer à côté si on veut compléter ses lectures de l’oeuvre de Victor Hugo.

Lettres, de Tolkien : Un extrait des correspondances de Tolkien a été édité chez Pocket il y a peu. C’est dans le cadre d’un cours sur les correspondances des écrivains que je lis cet ouvrage. Mais au-delà de l’aspect purement obligatoire puisqu’il y a un travail à la clef, c’est un réel plaisir de parcourir cette correspondance. On y apprend tellement de choses sur l’œuvre et sur l’auteur ! C’est même complètement fondateur… Je ne verrais plus certains aspects du livre ou du film le Seigneur des Anneaux de la même manière… Saviez-vous que, pour Tolkien, la belle Galadrielle est un avatar de la vierge Marie ? Saviez-vous que la publication du Seigneur des Anneaux a failli ne jamais se faire ? Saviez-vous que l’Anneau peut symboliser toute la malfaisance et la folie de la seconde guerre mondiale dans une certaine mesure ? Saviez-vous que l’auteur lui-même était effrayé par la taille de son propre travail d’écriture ? Bref c’est un nid de renseignements et d’informations pour tous les fans qui voudraient approfondir leur connaissance de l’œuvre.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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4 commentaires pour Lectures du mois d’Octobre 2013

  1. Mina M dit :

    Que de belles lectures ! Je ne vais pas disserter une énième fois sur Les Liaisons, je suis heureuse que tu les aies appréciées. Ca m’aurait intéressé que tu m’en dises plus sur la structure du Sade, puisque tu sembles bien t’y connaître dans ce domaine. J’ai lu quelques oeuvres de jeunesse de Proust par le passé, mais pas les mêmes que toi, je pense. J’avais beaucoup apprécié son style, sans l’avoir comparé encore avec celui de la Recherche.

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