On ne badine pas avec l’amour – de Musset

On ne badine pas avec l’amour est un drame romantique écrit et publié en 1834 dans la Revue des deux mondes. Texte nourri par la rupture de Musset avec l’auteure George Sand, il est riche en tonalités (tragiques, comiques et grotesques) et représentatif du talent de « l’enfant terrible du Romantisme ». Conçue pour la lecture, cette pièce ne sera représentée à la Comédie française qu’en 1861, après la mort de l’auteur.
« On ne badine pas avec l’amour » est un adage, et la pièce une illustration de cet adage.

Les personnages :

– Le Baron.
– Perdican, le fils du Baron.
– Maître Blazius, le gouverneur de Perdican.
– Maître Bridaine, un curé.
– Camille, nièce du Baron.
– Dame Pluche, la gouvernante de Camille.
– Rosette, la soeur de lait de Camille.

On note la présence d’un Choeur dans la pièce. Dans le théâtre antique, le Choeur intervenait dans la mise en scène. Il commentait et dynamisait l’échange des personnages. C’est ce procédé qui est réemployé par Musset.

Résumé :

Acte I

La mise en place des personnages et des enjeux de la pièce emplit l’acte I. On nous présente Camille et Perdican, promis l’un à l’autre selon les voeux du Baron. Mais les choses ne se passent pas comme il le désirerait. Le jeune homme nostalgique et maladroit a face à lui une promise froide et distante. Parallèlement à cette défaite amoureuse évoluent des personnages bas et dégradés par leurs motivations : un curé matérialiste, un gouvernant animé par la sottise, une gouvernante aigrie. Et pour couronner le tout, le Baron qui instrumentalise sa nièce et son fils pour faire profit… Sombre comité et sombre tableau au centre duquel émerge Rosette, l’innocence aux frontières de la noblesse.

Scène 1 : Un échange entre le Choeur et les gouvernants de Camille et de Perdican nous apprend les qualités des deux jeunes gens promis l’un à l’autre.
Scène 2 : Le Baron se réjouit de ce jour qui doit voir sa nièce et son fils unis par le mariage. Sa motivation est pécuniaire. Le personnage apparaît d’emblée négatif, grotesque dans sa façon d’être. Ce n’est pas un personnage qui est au rang auquel on l’aurait attendu. C’est un noble au caractère médiocre, voire bas selon les critères poétiques classiques. Ce décalage qui animait déjà Don Carlos dans Hernani (de Victor Hugo) est reproduit ici. Ses espoirs sont ruinés car la rencontre entre Camille et Perdican ne se passe pas selon son désir. Ce n’est pas les retrouvailles dont il aurait rêvé auxquelles on assiste. Camille est fuyante, Perdican maladroit.
Scène 3 : Le Baron fait part de son mécontentement à la gouvernante. Lorsque Camille et Perdican paraissent à nouveau, l’échec se renouvelle. Camille fuit Perdican qui lui propose de renouer avec les souvenirs d’enfance.
Scène 4 : Perdican s’entretient avec le Choeur. Ils discutent du passé, de la nostalgie, du changement de perception lorsqu’on vieillit… Puis Perdican croise Rosette, la soeur de lait de Camille. Perdican l’invite au château.
Scène 5 : Maître Blazius accuse le curé d’être un ivrogne. Le Baron s’en étonne. Ce que Blazius ne sait pas c’est que Bridaine l’a accusé de la même chose le matin même. Musset nous présente un trio de personnages indignes. Ils ont des responsabilités et un rang qu’ils ne tiennent pas. Au-delà de cette peinture, ce qui compte dans cette scène c’est la rumeur selon laquelle Perdican aurait été aperçu avec une paysanne.

Acte II

On assiste à la continuité de la défaite amoureuse. Camille et Perdican s’affrontent en une scène finale qui dresse les limites de leurs personnalités et les causes de leur antagonisme. La volonté du Baron se fait de plus en plus expresse, mais ces désirs motivés ne semblent pas trouver d’échos dans la violence émotive implicite qui fait rage entre les deux jeunes gens. Le grotesque incarné par le prêtre et les gouvernants fait toujours balancier avec l’intrigue centrale.

Scène 1 : Blazius informe Perdican que le Baron souhaite vivement qu’il s’unisse à Camille. Perdican regrette que leurs caractères ne peuvent s’accorder, même si épouser Camille ne lui déplairait pas. Cette dernière entre sur scène et repousse les avances de Perdican, toujours distante et froide.
Scène 2 : Seul sur scène le curé Bridaine se plaint de ne pas avoir sa place à la table du Baron. L’homme de foi est caricaturé péjorativement et réduit à ses désirs de bonne chair. Il parasite l’intrigue principale, mélange de ton flagrant dans cette pièce.
Scène 3 : Après cette apparition du curé, c’est Perdican en compagnie de Rosette qui s’avancent. Ils discutent entre eux, Perdican l’embrasse mais cela le fait pleurer.
Scène 4 : On se détache à nouveau des personnages centraux pour assister à un échange entre le Baron et maître Blazius. Le gouvernant rapporte une scène qu’il a surpris entre Camille et sa gouvernante. Camille souhaitait que dame Pluche porte un message à quelqu’un… Mais dame Pluche s’est défendue de l’avoir trouvé, signalant que son correspondant faisait la cour aux « gardeuses de didons ». Le Baron interprète cette scène comme le signe que Camille aime un paysan. Il voit là la raison pour laquelle elle refuse Perdican. Avec toute la honte que cela suppose…
Scène 5 : Perdican a enfin reçu le mot de Camille. C’était lui le destinataire et non quelconque paysan. La « gardeuse de dindons » dont il est fait mention à la scène précédente fait référence à Rosette, la soeur de lait de Camille.
Cette fois Camille est disposée à discuter calmement avec Perdican. Ils se retrouvent auprès d’une fontaine qui évoque leur souvenirs d’enfance. Ils discutent de leur situation, de leurs expériences ou leurs non-expériences respectives. Ils évoquent l’amour. Progressivement, Camille manipule Perdican pour lui faire comprendre qu’ils ne peuvent s’aimer. Elle emploie l’exemple d’une soeur du couvent où elle a été élevée. Puis le procédé s’inverse, cette fois c’est Perdican qui démantèle la prose de Camille pour lui prouver qu’ils peuvent et doivent s’aimer. Cet échange se conclue sur un bilan pessimiste de la nature humaine par Perdican : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange […] Pessimisme qu’il renverse de manière brillante afin d’asseoir son point de vue et clore la scène : […] mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompés en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

Acte III

L’acte III illustre précisément le titre de la pièce… On ne badine pas avec l’amour… Amour dont se serviront Camille et Perdican pour se blesser. Mais finalement, la victime de leur cruauté sentimentale sera Rosette. C’est sur l’extinction de cette âme victime de la fatale instrumentalisation qu’en a fait Perdican, puis Camille, que s’élève la tonalité tragique. L’impossible union de Camille et de Perdican clôt le drame…

Scène 1 : Camille a annoncé son départ. Le Baron voit tous ses espoirs partir en fumée.
Scène 2 : Maître Blazius et Bridaine se croisent. Blazius se plaint de sa disgrâce – suite au récit de l’acte II. Bridaine s’en réjouit intérieurement. Blazius croise ensuite dame Pluche qu’il tient pour responsable de ce qu’il lui arrive. Il essaie de l’empêcher de livrer une lettre de la part de Camille. C’est finalement Perdican qui récupère la missive. Elle est adressée à la soeur du couvent qui l’a mise en garde contre les hommes. Elle lui assure que tout s’est déroulé comme prévu : elle a dégoûté Perdican d’elle-même et peut partir. Perdican ne l’entend pas de cette oreille, véritablement blessé, il veut pourtant faire croire à la belle qu’il ne l’est pas… pour se venger d’elle. C’est à ce moment qu’il choisi d’utiliser Rosette, et de « badiner avec l’amour ».
Scène 3 : Camille se rend à l’ultime rendez-vous demandé par Perdican. Elle assiste, cachée, à une scène tout à fait particulière : Perdican fait la cour à Rosette auprès de la fontaine qui symbolisait tant pour les jeunes gens. Il espère blesser Camille qu’il sait dissimulée près d’ici.
Scène 4 : Camille reporte son départ. Elle manifeste un vif emportement qui surprend le Choeur et dame Pluche.
Scène 5 : La rumeur selon laquelle Perdican courtise une paysanne (rumeur mentionnée à l’acte I) reprend de la vigueur. La Baron est outré…
Scène 6 : Camille utilise la ruse de Perdican, elle dissimule Rosette et le convoque. Le jeune homme et la jeune femme ont une conversation qui fait s’évanouir Rosette… Elle s’est rendu compte que Perdican ne l’aime pas. Mais Camille force Perdican à promettre qu’il épousera Rosette.
Scène 7 : Camille manoeuvre pour que le Baron s’oppose à l’union de Rosette et de Perdican. Ainsi elle espère que l’obstacle de Rosette levé, plus rien ne l’empêchera d’accéder à lui. Puis, Camille et Perdican se confrontent à nouveau. La jeune femme le raille ouvertement, mais, fidèle à sa promesse, Perdican n’en démord pas : il souhaite épouser Rosette. Camille ne veut pas y croire, elle est jalouse et souffre d’avoir tourné Perdican vers Rosette.
Scène 8 : Scène ultime. Camille et Perdican se confient dans un oratoire, se croyant d’abord seuls, puis se reconnaissants. Ils s’avouent leur amour mutuel et déplorent les blessures qu’ils se sont infligés. Mais dans ce débordement de pathos qui aurait pu résoudre le conflit amoureux, s’élève « un grand cri derrière l’autel ». Rosette qui a tout entendu vient de s’ôter la vie… La résolution est stoppée net par le tragique… Il n’y aura pas de dénouement heureux.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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