Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais

Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais

La Folle Journée ou le Mariage de Figaro est la comédie qui fait suite au Barbier de Séville et qui précède la Mère coupable, formant ainsi le centre d’une trilogie théâtrale. Au XVIIIe siècle, Beaumarchais est auteur de comédies, mais c’est aussi un esprit des Lumières et l’instigateur du drame bourgeois, nouvelle forme théâtrale dans l’espace littéraire. S’il y a comédie dont le but est de corriger les mœurs par le rire, le Mariage de Figaro en est un bel exemple.

Plan de l’article :
-Résumé
-Caractéristiques de l’oeuvre
-Extrait

mariage

Résumé :

A l’Acte 1, les principaux personnages et les intrigues sont posés. Suzanne et Figaro doivent se marier ce jour, mais le Comte a des projets pour Suzanne qui ne plaisent pas du tout à Figaro. Chérubin est épris de la Comtesse et jette un trouble dans l’esprit de cette épouse honnête avertie des lubricités de son époux. Marceline est là également, comme une ombre dont la jalousie est menaçante. L’exposition a beau être très longue, elle n’en demeure pas moins active. Les premiers effets comiques la parsèment de long en large.

L’Acte II expose grandement la jalousie du Comte et les premiers essais de sa femme pour tenter de le sonder et de le déjouer dans ses projets. Alors que Suzanne et la Comtesse apprêtent Chérubin en jeune fille pour lui permettre de rester et de remplir un rôle, le Comte survient. C’est in-extremis que le jeune garçon échappe à la vigilance du mari et c’est Suzanne qui sauve la Comtesse en prenant la place de l’intrus dans le cabinet. Le Comte ne comprend pas. Les machinations du couple Suzanne/Figaro sont mises en péril par le témoignage d’un certain Antonio. Le statut d’opposant incarné par Marceline se renforce encore d’avantage au fil de cet Acte.

Dans l’Acte III, le Comte, convaincu qu’on souhaite se jouer de lui, essaie de doubler les conspirateurs. Il parle avec Figaro et est persuadé qu’il est au courant du secret qu’il a confié à Suzanne, à propos de leur rendez-vous et de la cour qu’il va lui faire. Il décide de se venger en attisant la volonté de Marceline. Elle va alors tout mettre en œuvre pour empêcher le mariage, convaincue que Figaro doit être son époux. Mais à la scène 16, coup de théâtre par la révélation d’une identité cachée : Figaro est le fils perdu de Marceline. Cela étant elle ne peut pas l’épouser. Trop heureuse d’être de nouveau mère, elle donne sa bénédiction à Suzanne pour leur hymen. Les plans du Comte sont déjoués par cet heureux hasard.

L’acte IV prépare les festivités. Les personnages sont en fête. Les scènes se succèdent dans cet esprit. Mais au milieu de tout ce désordre de bonheur, une intrigue poursuit son cours : le plan secret de Suzanne et de la Comtesse pour forcer le Comte à avouer ses fautes. Le Comte reçoit un billet de la part de Suzanne qui lui confirme leur rendez-vous de ce soir. Ce qu’il ne sait pas, c’est que c’est sa femme qu’il recevra sous les marronniers, déguisée, et non Suzanne. Figaro, qui ignore tout de ce plan, éclatera de jalousie et de dépit. Il croit que sa femme accepte vraiment le rendez-vous et le trompe déjà. Marceline en bonne conseillère lui dit de se taire et d’observer pour en avoir le cœur net.

L’acte V présente donc le dénouement à travers la mise en œuvre du plan. Auparavant, la scène 3 expose le célèbre et long monologue de Figaro sur sa condition et sa société. Une fois qu’il s’est caché, le Comte et celle qu’il croit être Suzanne arrivent. Ils échangent et partent ensemble. Figaro est au comble du désespoir mais la vraie Suzanne arrive sur scène auprès de lui. Elle se fait d’abord passer pour la Comtesse et le courtise. Figaro se laisse prendre mais il éclate de bonheur quand il se rend compte de la supercherie. La leçon est faite au Comte par un jeu de dissimulation et de révélation progressive de ses méfaits. Il est obligé de s’excuser publiquement et de promettre la paix au couple. La fin est heureuse, le mariage aura lieu.

Caractéristiques de l’œuvre :

La comédie de Beaumarchais est en rupture par rapport à la comédie classique.
Elle mêle plusieurs intrigues en plus de l’intrigue principale qui concerne le couple Figaro/Suzanne et le Comte.
La force comique de la pièce apparaît comme exponentielle par rapport à ce qui a déjà été fait auparavant. On a devant soit une explosion de rebondissements et de retournements théâtraux qui se succèdent et renchérissent les uns sur les autres tout au long de la pièce.
Le mélange des tonalités est utilisé comme il ne l’a jamais été. Les épanchements lyriques et pathétiques se croisent dans la trame du rire. Le lyrisme émane des déclarations amoureuses qui abondent dans les scènes. L’épanchement pathétique le plus poignant est sans nul doute le monologue de Figaro à l’acte V qui sert à la fois de plainte personnel et de discours sur la société dans laquelle s’inscrit le personnage.
Hormis ces nouveautés, on constate que les ressorts du registre comique sont toujours les mêmes : comique de situation, de geste, de mots, etc.

La leçon de la comédie de Beaumarchais frappe le comportement douteux du Comte. Ce personnage lubrique est infidèle à sa femme et courtise ses servantes. Il veut réclamer « le droit de cuissage », droit qu’avait un seigneur de consommer la mariée avant le mari, pour Suzanne, promise de Figaro. Cependant le couple ne l’entend pas de cette oreille malgré la dot promise en retour de ce service. Figaro et Suzanne vont intriguer en compagnie de Chérubin et de la Comtesse pour confondre le Comte et le faire se repentir de ses idées vicieuses. Finalement, c’est le plan du duo féminin Suzanne/la Comtesse qui viendra à bout du Comte et le confondra.
D’autres intrigues se mêlent à la principale : la jalousie de Marceline, puis sa révélation en tant que mère de Figaro ; le procès de Figaro, l’idylle platonique entre Chérubin et la Comtesse. Dans cet univers complexe, tout touche à l’amour et aux statuts sociaux, composant un éventail de leçons se confondant à la principale. Beaumarchais réalise une peinture sérieuse de la société dans sa comédie.

C’est une œuvre à lire de deux manières différentes. De ce choix va dépendre ce que le lecteur en tirera. Soit dans la perspective d’une illustration de l’esprit des Lumières par la comédie ; dans ce cas ce sera une peinture sociale au message fort et subversif dans la décennie précédant la révolution française. Soit comme un simple divertissement dont l’intérêt est porté par le renouvellement du genre comique.

Extrait : Acte V, scène 3 – Monologue de Figaro

O femme! femme! femme! créature faible et décevante!… nul animal créé ne peut manquer à son instinct : le tien est-il donc de tromper ?… Après m’avoir obstinément refusé quand je l’en pressais devant sa maîtresse ; à l’instant qu’elle me donne sa parole, au milieu même de la cérémonie… Il riait en lisant, le perfide ! et moi comme un benêt… Non, monsieur le Comte, vous ne l’aurez pas… vous ne l’aurez pas. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !… Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ; tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes : et vous voulez jouter… On vient… c’est elle… ce n’est personne. – La nuit est noire en diable, et me voilà faisant le sot métier de mari quoique je ne le sois qu’à moitié! (Il s’assied sur un banc.) Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ? Fils de je ne sais pas qui, volé par des bandits, élevé dans leurs moeurs, je m’en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé ! J’apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie, et tout le crédit d’un grand seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! – Las d’attrister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre : me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les moeurs du sérail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé… de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime Porte, la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : « chiens de chrétiens ! » – Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. – Mes joues creusaient, mon terme était échu : je voyais de loin arriver l’affreux recors, la plume fichée dans sa perruque : en frémissant je m’évertue. Il s’élève une question sur la nature des richesses ; et, comme il n’est pas nécessaire de tenir les choses pour en raisonner, n’ayant pas un sol, j’écris sur la valeur de l’argent et sur son produit net : sitôt je vois du fond d’un fiacre baisser pour moi le pont d’un château fort, à l’entrée duquel je laissai l’espérance et la liberté. (Il se lève.) Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. (Il se rassied.) Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue ; et comme il faut dîner, quoiqu’on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume et demande à chacun de quoi il est question : on me dit que, pendant ma retraite économique, il s’est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s’étend même à celles de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j’annonce un écrit périodique, et, croyant n’aller sur les brisées d’aucun autre, je le nomme Journal inutile. Pou-ou ! je vois s’élever contre moi mille pauvres diables à la feuille, on me supprime, et me voilà derechef sans emploi ! – Le désespoir m’allait saisir ; on pense à moi pour une place, mais par malheur j’y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint. Il ne me restait plus qu’à voler ; je me fais banquier de pharaon : alors, bonnes gens ! je soupe en ville, et les personnes dites comme il faut m’ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J’aurais bien pu me remonter ; je commençais même à comprendre que, pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi, en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde, et vingt brasses d’eau m’en allaient séparer, lorsqu’un dieu bienfaisant m’appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais ; puis, laissant la fumée aux sots qui s’en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci. Un grand seigneur passe à Séville ; il me reconnaît, je le marie ; et pour prix d’avoir eu par mes soins son épouse, il veut intercepter la mienne ! Intrigue, orage à ce sujet. Prêt à tomber dans un abîme, au moment d’épouser ma mère, mes parents m’arrivent à la file. (Il se lève en s’échauffant.) On se débat, c’est vous, c’est lui, c’est moi, c’est toi, non, ce n’est pas nous ; eh ! mais qui donc ? (Il retombe assis.) O bizarre suite d’événements ! Comment cela m’est-il arrivé ? Pourquoi ces choses et non pas d’autres ? Qui les a fixées sur ma tête ? Forcé de parcourir la route où je suis entré sans le savoir, comme j’en sortirai sans le vouloir, je l’ai jonchée d’autant de fleurs que ma gaieté me l’a permis : encore je dis ma gaieté sans savoir si elle est à moi plus que le reste, ni même quel est ce moi dont je m’occupe : un assemblage informe de parties inconnues ; puis un chétif être imbécile ; un petit animal folâtre ; un jeune homme ardent au plaisir, ayant tous les goûts pour jouir, faisant tous les métiers pour vivre ; maître ici, valet là, selon qu’il plaît à la fortune ; ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, mais paresseux… avec délices ! orateur selon le danger ; poète par délassement ; musicien par occasion ; amoureux par folles bouffées, j’ai tout vu, tout fait, tout usé. Puis l’illusion s’est détruite et, trop désabusé… Désabusé…! Suzon, Suzon, Suzon ! que tu me donnes de tourments !… J’entends marcher… on vient. Voici l’instant de la crise. (Il se retire près de la première coulisse à sa droite.)

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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