Le Sonnet

Le Sonnet

Forme poétique brève, le sonnet est un incontournable dans la littérature française. Rendu célèbre en Italie par l’œuvre de Pétrarque, il est importé au XVIe siècle en France. Il est pratiqué par des auteurs tels que Louise Labé, Ronsard ou Du Bellay. D’abord écrit en décasyllabes, il sera ensuite composé en alexandrins, vers noble de la poésie française.

Un sonnet est composé de deux quatrains et de deux tercets pour un total de 14 vers.
Les groupes quatrain/tercet bénéficient normalement d’une autonomie de syntaxe et de sens au sein du poème. Ils sont les articulations de son sens poétique. Cette règle n’est pas toujours respectée, bouleversée pour le jeu poétique.
Dans la variante anglaise du sonnet, les deux tercets sont souvent rassemblés en un unique sizain, ou en un quatrain et un distique.

Le schéma de rime varie selon le type de sonnet.
Pour le sonnet italien le schéma de rime sera le plus souvent le suivant : ABAB ABAB CDC DCD ou ABAB ABAB CDE CDE
Pour le sonnet français ce sera plutôt ce schéma-ci : ABBA ABBA CCD EED ou ABBA ABBA CCD EDE
Et pour le sonnet anglais celui-là : ABAB CDCD EFEF GG

Petite promenade poétique par l’exemple de célèbres sonnets :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

(Joachim du Bellay, Les Regrets)

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé ;
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé.
Adieu, plaisant soleil, mon œil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

(Pierre de Ronsard – Derniers Vers)

Alchimie de la douleur

L’un t’éclaire avec son ardeur,
L’autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l’un : Sépulture !
Dit à l’autre : Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m’assistes
Et qui toujours m’intimidas,
Tu me rends l’égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes ;

Par toi je change l’or en fer
Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

(Charles Baudelaire – Les Fleurs du Mal)

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d’inanité sonore
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.

(Stéphane Mallarmé – Poésies)

Toi qui fis à l’amour des promesses tout bas
Et qui vis s’engager pour ta gloire un poète
O rose toujours fraîche ô rose toujours prête
Je t’offre le parfum horrible des combats

Toi qui sans défleurir sans mourir succombas
O rose toujours fraîche au vent qui la maltraite
Fleuris tous les espoirs d’une armée qui halète
Embaume tes amants masqués sur leurs grabats

Il pleut si doucement pendant la nuit si tendre
Tandis que monte en nous cet effluve fatal
Musicien masqué que nul ne peut entendre

Je joue un air d’amour aux cordes de cristal
De cette douce pluie où s’apaise mon mal
Et que les cieux sur nous font doucement descendre

(Apollinaire – Poèmes à Lou)

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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