Micromégas – de Voltaire

Micromégas – de Voltaire

Micromégas est un conte philosophique écrit par Voltaire et publié en 1752. Il raconte un voyage extraordinaire qui aboutit à l’arrivée sur Terre du Sirien, Micromégas, et du « nain Saturnien », un philosophe. Les deux voyageurs démesurés découvrent la Terre et l’espèce humaine par leurs yeux de géants. Le récit fait la critique du comportement humain, de son égocentrisme et de sa futilité.

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Charles Monnet « Micromegas skillfully picks up the ship which was carrying these gentlemen’

Le conte philosophique

Le conte philosophique est un genre qui caractérise, sous couvert de la fiction, la pensée du siècle des Lumières. A travers un récit divertissant et ludique, le philosophe présente la société humaine et en fait la critique. Chez Voltaire cette critique passe par l’ironie et la dérision.

Le conte philosophique est une manière de contourner la censure qui frappait les œuvres critiques au XVIIIe siècle. La lecture d’un conte philosophique doit donc se faire au premier puis au second degré afin de comprendre la critique sous-jacente et de prendre la pleine mesure de ce qui est écrit.

Parmi les contes philosophiques les plus connus on peut citer Zadig et Candide, également issus de la plume de Voltaire.

Micromégas est un conte philosophique. Sous le prétexte du voyage extraordinaire et de la découverte de l’autre, c’est la société humaine qui est décortiquée par les géants. Cette mise au jour pointe les défauts de l’orgueil humain dans les domaines de la connaissance, de la métaphysique et de la société.

Résumé

Micromégas est un récit de très courte longueur : 18 pages dans l’édition Librio, ceci divisé en 7 chapitres. Sa portée n’en est pas moins lourde de sens et la lecture apparaît comme une succession de critiques sévères.

Tout commence par la description de Micromégas et de son départ de l’étoile Sirius. Il est gigantesque. Il voyage pour « achever de se former l’esprit et le cœur, comme l’on dit ». Il a donc une motivation derrière ce voyage… et elle ne sera pas déçue par l’expérience qu’il fera de l’espèce humaine.

En chemin il rencontre un habitant de Saturne qu’il emmènera avec lui. Cet être est légèrement plus petit que lui, mais il reste tout de même gigantesque par rapport aux dimensions terrestres. Le philosophe de Saturne, parfois appelé « nain saturnien » décide de partir en compagnie de Micromégas.

Les deux géants finissent par arriver sur Terre. L’instant est comique : ils trouvent le globe terrestre mal fait, ils s’écorchent les pieds sur les montagnes et pensent que la seule forme de vie qui existe en ce lieu est la baleine qu’ils pêchent dans la mare – mare qui est en fait un océan. Cet effet comique marque la différence d’échelle entre les voyageurs et leur destination. C’est une manière pour le texte de replacer l’univers de l’homme dans son contexte : il n’est qu’une infime partie, presque dérisoire, dans un univers infiniment grand qui lui échappe totalement. Le cadre est posé, vient alors le moment de l’observation. Les deux voyageurs remarquent un autre élément très petit, un bateau. Ils le pêchent sans voir les êtres humains qui sont à son bord, puis les découvre et sont fascinés par ces petits êtres pensants.

Ils discutent un moment ensemble. Mais au fur et à mesure que le Sirien et le Saturnien échangent avec les humains, ils prennent la mesure de la bêtise humaine : dans les domaines de la politique, de la pensée, de la métaphysique… A la fin le Sirien se trouve « un peu fâché dans le fond du cœur de voir que les infiniment petits eussent un orgueil presque infiniment grand. » C’est le rire des deux géants qui clôt cette rencontre : l’espèce humaine leur est grotesque, telle est la conclusion qu’ils tirent de cette rencontre.

Extrait

Chapitre 7
Conversation avec les hommes

« Ô atomes intelligents, dans qui l’Etre éternel s’est plu à manifester son adresse et sa puissance, vous devez sans doute goûter des joies bien pures sur votre globe ; car, ayant si peu de matière et paraissant tout esprit, vous devez passer votre vie à aimer et à penser, c’est la véritable vie des esprits. Je n’ai vu nulle part le vrai bonheur, mais il est ici sans doute. » A ce discours, tous les philosophes secouèrent la tête ; et l’un d’eux, plus franc que les autres, avoua de bonne foi que, si l’on excepte un petit nombre d’habitants fort peu considérés, tout le reste est un assemblage de fous, de méchants et de malheureux. « Nous avons plus de matière qu’il ne nous en faut, dit-il, pour faire beaucoup de mal, si le mal vient de la matière, et trop d’esprit, si le mal vient de l’esprit. Savez-vous bien, par exemple, qu’à l’heure où je vous parle, il y a cent mille fous de notre espèce, couverts de chapeaux, qui tuent cent mille autres animaux couverts d’un turban, ou qui sont massacrés par eux, et que, presque par toute la terre, c’est ainsi qu’on en use de temps immémorial ? » Le Sirien frémit et demanda quel pouvait être le sujet de ces horribles querelles entre de si chétifs animaux. « Il s’agit, dit le philosophe, de quelque tas de boue grand comme votre talon. Ce n’est pas qu’aucun de ces millions d’hommes qui se font égorger prétende un fétu sur ce tas de boue. Il ne s’agit que de savoir s’il appartiendra à un certain homme qu’on nomme Sultan ou à un autre qu’on nomme, je ne sais pourquoi, César. Ni l’un ni l’autre n’a jamais vu ni ne verra jamais le petit coin de terre dont il s’agit, et presque aucun de ces animaux qui s’égorgent mutuellement n’a jamais vu l’animal pour lequel ils s’égorgent.
– Ah, malheureux ! s’écria le Sirien avec indignation, peut-on concevoir cet excès de rage forcenée ? Il me prend envie de faire trois pas, et d’écraser de trois coups de pied toute cette fourmilière d’assassins ridicules. – Ne vous en donnez pas la peine, lui répondit-on ; ils travaillent assez à leur ruine. Sachez qu’au bout de dix ans il ne reste jamais la centième partie de ces misérables ; sachez que, quand même ils n’auraient pas tiré l’épée, la faim, la fatigue ou l’intempérance les emportent presque tous. D’ailleurs ce n’est pas eux qu’il faut punir : ce sont des barbares sédentaires qui, du fond de leur cabinet, ordonnent, dans le temps de leur digestion, le massacre d’un million d’hommes, et qui ensuite en font remercier Dieu solennellement. »

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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