Hernani – Victor Hugo

Hernani de Victor Hugo

Hernani est un drame romantique de Victor Hugo. Il est représenté et publié en 1830.

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Qu’est ce qu’un drame romantique ?

Le drame romantique s’est développé pendant une vingtaine d’années dans la première moitié du XIXe siècle. La jeunesse romantique ne se sent pas à l’aise dans l’époque où elle vit. Les auteurs romantiques recherchent donc du neuf, du mieux. Ils refusent tout ce qui est cher aux classiques dans l’univers du théâtre, donnant naissance au drame romantique. Ce dernier se définit comme une rupture d’avec le théâtre classique par ses règles et ses contraintes : rejet de la règle des trois unités, refus de la règle de bienséance par soucis de réalisme.
Le théâtre romantique marque la volonté de mélanger les tons : la tragédie n’est pas simplement tragique, la comédie n’est pas simplement comique. On mélange les deux tonalités avec l’objectif de représenter quelque chose de plus concret.
Le héros du drame romantique n’est pas irréprochable comme peut l’être souvent celui de la tragédie. Il est un personnage sombre, marginal dans la société ou dans l’éthique.
Il existe une forme de fatalité dans le drame romantique mais cette fatalité n’est pas divine, la fatalité est l’histoire elle-même. Cette fatalité peut très bien conduire à la mort.
(Source pour cette description du drame romantique :
http://www.etudes-litteraires.com/drame-romantique.php#ixzz2JMEWksK0)

La bataille d’Hernani

Hernani est représenté en 1830. Cette pièce donne lieu à une grande polémique littéraire : la bataille d’Hernani.
La bataille d’Hernani oppose les classiques contre les romantiques. Les classiques sont choqués par l’audace de la pièce qui rompt totalement avec leurs idéaux. Tout est renversé : les unités d’action, de lieu, de temps. Le caractère des personnages est douteux vis-à-vis de l’idéologie classique. Le personnage principal est un bandit glorifié et héroïsé. Le personnage royal, Don Carlos, est loin d’être digne. Il apparaît grotesque pendant les trois premiers actes.
Il n’y a pas de quoi fouetter un chat me direz-vous, mais à l’époque ces questions étaient importantes et sources de scandales littéraires.

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La bataille d’Hernani.

Résumé

Acte I : Cet acte est intitulé « Le Roi ». Doña Sol, une jeune noble tout à fait charmante, attend Hernani, son amant secret. Mais la gouvernante qui doit le faire entrer reçoit d’abord Don Carlos, le roi d’Espagne et futur Charles Quint. Il exige d’être caché pour épier les agissements de Doña Sol. Ce comportement peu digne d’un souverain contribue à discréditer la figure royale dans l’œuvre. Puis Hernani arrive. Hernani est le bandit que Doña Sol veut suivre dans l’exil. Leurs épanchements amoureux sont interrompus par Don Carlos qui quitte sa cachette, ménageant un effet de surprise peu glorieux. Le Roi est amoureux de Doña Sol, il est jaloux d’Hernani. Les deux hommes en présence se défient en duel mais avant que les choses ne prennent forme, Don Ruy Gomez, oncle et fiancé de Doña Sol, surprend la petite compagnie. Pour se tirer de cette situation suspecte, le roi révèle son identité et feint d’avoir voulu rendre visite à son loyal sujet. Don Ruy Gomez se laisse tromper. Hernani donne discrètement rendez-vous à Doña Sol dans la nuit. Don Carlos a entendu la chose et n’est pas prêt de l’oublier.

Acte II : Cet acte est intitulé « Le Bandit ». Il fait nuit et Doña Sol doit rejoindre Hernani. Elle attend qu’il vienne la chercher sous ses fenêtres. Seulement Don Carlos, qui est amoureux d’elle, se rend sur le lieu du rendez-vous. Il fait descendre Doña Sol car elle croit d’abord qu’il est Hernani. Puis quand elle se rend compte de son erreur, elle se débat mais le roi, acte indigne de son rang, tente de l’enlever par la force. Hernani surgit et prend la défense de Doña Sol. A la querelle amoureuse vient se superposer une vieille histoire de vengeance. Elle s’est présentée lorsqu’Hernani a pris conscience de l’identité de son rival chez Don Ruy Gomez. Le père de Don Carlos est à l’origine de la chute de sa famille. Hernani souhaite faire payer cela au fils. Les deux hommes s’affrontement verbalement. Finalement Hernani ne tue pas Don Carlos, il le chasse. Le roi fuit. Les deux amants seuls à seuls parlent entre eux. Hernani tente de convaincre Doña Sol de le fuir car auprès de lui elle ne trouvera que la mort. Leur conversation est coupée par le tocsin. Le roi a sonné l’alarme. Ils se séparent pour se mettre à l’abri.

Acte III : Acte intitulé « Le vieillard ». Doña Sol n’a pas pu s’enfuir avec Hernani. Les préparatifs de son mariage avec Don Ruy Gomez se précisent. Le vieil homme s’en fa it une joie tandis que Doña Sol masque son dégoût et son désappointement. Don Ruy Gomez reçoit un hôte anonyme qui n’est autre qu’Hernani. Il l’accueille chaleureusement, ignorant son nom. Puis lorsqu’il prendra connaissance de son identité, le vieil homme devra toujours le protéger en vertu des lois de l’hospitalité. L’honneur de sa famille en dépend. Le vieillard surprend Hernani en compagnie de Doña Sol. Il se met en colère. Mais le roi fait irruption, mettant un terme immédiat à cette colère. Don Ruy Gomez cache Hernani et le protège du roi, toujours en vertu de la loi d’hospitalité. Seulement, Don Carlos n’apprécie pas. Il enlève Doña Sol pour se venger de ce qu’il considère être une trahison. Hernani jure au vieil homme de venger cet affront commis par le roi. Et afin de laver la faute qu’il a commise en courtisant Doña Sol, il promet d’expirer lorsque Don Ruy Gomez sonnera de son cor, peu importe le moment où cela sera fait. Il le jure sur son père. Le vieil homme accepte la promesse d’Hernani.

Acte IV : Acte intitulé « Le Tombeau ». Don Carlos attend avec impatience que le nom du nouvel empereur soit donné. Il est en concurrence avec le roi de France et un roi germanique pour ce titre. S’il est nommé il entendra trois coups de canons. Il se trouve dans le tombeau de Charlemagne où il sait que doivent se réunir des conspirateurs qui souhaitent sa mort. En attendant que lesdits conspirateurs arrivent, il s’adresse au tombeau de Charlemagne. Ce long monologue marque une évolution dans le statut du personnage. Le roi devient plus mature, plus grand. Puis les conjurés arrivent et le roi se cache dans le tombeau. Parmi ces conjurés se trouvent Hernani et Don Ruy Gomez. C’est à Hernani que revient l’honneur de tuer Don Carlos. Mais alors sonnent trois coups de canons qui font du roi l’empereur, un être intouchable. Don Carlos jaillit du tombeau et menace les conjurés. L’effet est glaçant. Seulement, doté d’une âme nouvelle et plus grande, il fait preuve de clémence. Il gracie les conjurés et accorde même Doña Sol à Hernani. Il rend ses titres au bandit, le faisant duc comme l’était son père autrefois. Tout s’arrange pour le mieux, pour tous excepté pour le vieux Don Ruy Gomez qui a tout perdu : vengeance et future épouse.

Acte V : Acte intitulé « La Noce ». Le mariage d’Hernani et de Doña Sol a eu lieu. C’est un moment de réjouissance pour tous. Le bonheur coule à flot dans les dialogues des personnages. Quand Hernani se retrouve seul avec sa femme, la joie est à son paroxysme. Mais, au loin, retentit le son d’un cor bien familier au bandit. Son propre cor sonne, ce qui signifie que Don Ruy Gomez a décidé qu’il était temps pour lui de mourir. Le trouble est jeté sur ce tableau si parfait. Doña Sol s’inquiète de voir Hernani se décomposer dans son bonheur. Elle tremble. Le cor sonne plusieurs fois. Puis Don Ruy Gomez, masqué, arrive auprès d’eux, jugeant que la mort de son débiteur ne vient pas assez promptement. Hernani a juré sur son père. De ce fait il ne peut pas reculer et doit renoncer à sa joie pour mourir. Doña Sol comprend qu’elle ne pourra pas le sauver. De fait elle s’empare du poison qu’allait ingérer Hernani pour en avaler la moitié. Elle tend le reste à son époux qui l’ingère à son tour. Les deux amants meurent sur scène, s’aimant toujours aussi fort dans leur agonie commune. C’est un moment poignant. Don Ruy Gomez ne supporte pas ce qu’il a commis et se tue à son tour, sur scène.

Avis personnel

Après m’être concentrée sur du théâtre classique, cette pièce est une véritable bouffée d’oxygène. Non pas que le théâtre classique soit insupportable, loin de là, mais le changement est appréciable.
J’ai bien aimé la représentation originale des figures dans le drame romantique : notamment la mise en avant du bandit doté de valeurs positives dans le personnage d’Hernani, ou la critique de la figure royale avant de l’élever vers une conscience plus haute de son devoir, avec Don Carlos devenant empereur. Quant à Doña Sol, elle ne m’a pas vraiment touchée en propre, après tout son amour est fautif sur un plan éthique, mais le couple qu’elle forme avec Hernani a quelque chose qui m’a émue.
L’émotion va croissante dans cette pièce. Elle emporte le lecteur loin dans la manifestation de l’âme et de ce qu’elle recèle. On navigue entre désespoir, joie, ridicule, haut et révoltant. La tension émotive qui se développe assène un véritable coup de bâton à la sensibilité du lecteur au moment où les trois morts se succèdent à la dernière scène. On prend conscience de la gravité de la pièce. On discerne une forme de fatalité qui guettait Hernani depuis le début, une fatalité qui s’est verrouillée au moment où il a remis son existence dans les mains d’un fiancé jaloux.
On sort de cette lecture pensif, partagé entre le sentiment d’un accomplissement logique et le sentiment d’une injustice profonde.

Extrait

Acte I, scène 4

HERNANI, seul.

Oui, de ta suite, ô roi ! de ta suite ! – J’en suis.
Nuit et jour, en effet, pas à pas, je te suis.
Un poignard à la main, l’œil fixé sur ta trace,
Je vais. Ma race en moi poursuit en toi ta race !
Et puis, te voilà donc mon rival ! Un instant,
Entre aimer et haïr je suis resté flottant,
Mon cœur pour elle et toi n’était point assez large,
J’oubliais en l’aimant ta haine qui me charge ;
Mais puisque tu le veux, puisque c’est toi qui viens
Me faire souvenir, c’est bon, je me souviens !
Mon amour fait pencher la balance incertaine,
Et tombe tout entier du côté de ma haine.
Oui, je suis de ta suite, et c’est toi qui l’as dit !
Va, jamais courtisan de ton lever maudit,
Jamais seigneur baisant ton ombre, ou majordome
Ayant à te servir abjuré son cœur d’homme,
Jamais chiens de palais dressés à suivre un roi
Ne seront sur tes pas plus assidus que moi !
Ce qu’ils veulent de toi, tous ces grands de Castille,
C’est quelque titre creux, quelque hochet qui brille,
C’est quelque mouton d’or qu’on se va pendre au cou ;
Moi, pour vouloir si peu je ne suis pas si fou !
Ce que je veux de toi, ce n’est point faveurs vaines,
C’est l’âme de ton corps, c’est le sang de tes veines,
C’est tout ce qu’un poignard, furieux et vainqueur,
En y fouillant longtemps peut prendre au fond d’un cœur.
Va devant ! je te suis. Ma vengeance qui veille
Avec moi toujours marche et me parle à l’oreille.
Va ! je suis là, j’épie et j’écoute, et sans bruit
Mon pas cherche ton pas et le presse et le suit !
Le jour tu ne pourras, ô roi, tourner la tête
Sans me voir immobile et sombre dans ta fête ;
La nuit tu ne pourras tourner les yeux, ô roi,
Sans voir mes yeux ardents luire derrière toi !

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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3 commentaires pour Hernani – Victor Hugo

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