Vie et Oeuvre de Corneille (1606 – 1684)

VIE ET ŒUVRE DE CORNEILLE (1606 – 1684)

Voici une petite biographie et une petite synthèse de l’œuvre de Pierre Corneille, dramaturge du XVIIe siècle.

Plan de l’article :

I-La vie de Corneille
II-L’œuvre de Corneille
III-La Querelle du Cid
IV-A propos de la tragédie de Corneille
V-Bibliographie théâtrale

Pierre Corneille

I-La vie de Corneille :

Pierre Corneille naît le 6 juin 1606 à Rouen. Il est issu d’une famille bourgeoise.
C’est en étudiant au collège jésuite qu’il s’initie au théâtre et prend goût à la littérature. Cependant, avant d’entamer sa carrière littéraire, Corneille mène des études de juriste et devient avocat. C’est en parallèle de son métier qu’il commence à écrire et à publier ses œuvres théâtrales.
Il se marie avec Marie de Lampérière, une aristocrate, en 1641 et de ce mariage survivront 6 enfants.
Le 22 janvier 1647, Corneille est élu à l’Académie Française.
Corneille entretiendra d’étroites relations avec Molière pour la mise en scène de ses pièces de théâtre.
Le dramaturge sera éclipsé par la jeune génération, notamment par Racine souvent considéré comme plus régulier que lui.
Il meurt le 1er octobre 1684 à Paris.

II-L’œuvre de Corneille :

La carrière théâtrale de Corneille débute en 1629. Il publie sa première pièce, Mélite. Corneille qualifiera cette oeuvre de « pièce comique », mais il admet qu’elle se distingue des genres comiques, tels que les farces et la comédie bouffonne, qui étaient connues jusqu’alors.
A la suite de Mélite, il écrira d’autres comédies, moins connues et plus hésitantes telles que Clitandre ou l’Innocence persécutée (1631), la Veuve (1632).

En 1634, Corneille fait représenter Médée, sa première tragédie. Elle met en scène le personnage de Médée, répudiée par Jason, qui commettra le meurtre de ses enfants. C’est une pièce inspirée de la Médée d’Euripide.

En 1635, Corneille fait représenter une nouvelle comédie, l’Illusion Comique.

En 1637, première représentation du Cid. C’est une pièce qui a un succès énorme. Cependant, une polémique à la hauteur de son succès s’élève. Il s’agit de la Querelle du Cid (voir ci-dessous).

En 1640, il se remet au théâtre, c’est la représentation d’Horace.

En 1641, création de Cinna, tragédie mettant en scène le personnage d’Auguste.

En 1644, il livre sa tragédie la plus violente et la plus sombre de toute son œuvre jusqu’alors, Rodogune.

Tite et Bérénice voit le jour en 1670 alors que Racine produit sa propre Bérénice. Les deux pièces traitent le même sujet mais le ton est différent. Celle de Racine se fonde sur l’élégie et celle de Corneille sur l’héroïsme. La confrontation de ces deux pièces serait une marque de l’adversité entre le « vieux Corneille » et le « jeune Racine ».  Le public a consacré celle de Racine. C’est un coup dur pour le vieux dramaturge.

Corneille fait représenter Suréna en 1674. Il s’agit de sa dernière pièce. Elle ne rencontre pas le succès attendu. Corneille se fait détrôner par le succès d’Iphigénie de Racine.

III-La querelle du Cid :

La Querelle du Cid est produite par l’originalité de la pièce dont elle est l’objet. Le Cid est une tragi-comédie. Il s’agissait d’un genre répandu à l’époque de Corneille. Ce qui est inédit dans son œuvre, c’est la puissance des passions et de la notion d’honneur qui s’affrontent sous le jour des deux amants de la pièce, Chimène et Rodrigue. Le dénouement que trouve cet affrontement ravit les enthousiastes et révolte les réfractaires à l’innovation. Le dénouement irait, selon eux, à l’encontre de la règle émergente de la vraisemblance.

Dans le Cid, Chimène aime Rodrigue et Rodrigue aime Chimène. Jusque là tout va bien. Seulement une intrigue politique vient balayer le bonheur du couple. Dans le cadre d’affrontements courants entre nobles, le père de Chimène offense le père de Rodrigue. Le jeune homme a le devoir de venger son père en affrontant le père de Chimène en duel et en le tuant. S’il le tue, il perd Chimène ; s’il ne le tue pas, il perd son honneur. Il va suivre la voie de l’honneur et tuer le père de son aimée. A partir de ce moment là, Chimène ne peut pas aimer Rodrigue, meurtrier de son père, si elle veut rester vertueuse et si le caractère du personnage est vraisemblable. Seulement, le dénouement d’une tragi-comédie doit être heureux et permettre le mariage. En général le différend politique n’a pas la profondeur que prend le duel du Cid. Corneille parviendra à cette fin heureuse malgré le problème de vraisemblance que les détracteurs révèlent et brandissent comme bannière contre la pièce. Chimène ne peut plus aimer Rodrigue et pourtant elle l’aime encore et l’avoue. Ils sont réconciliés et unis à la fin de la pièce. C’est le caractère jugé invraisemblable de Chimène qui pose le plus gros problème.

Malgré une condamnation de la pièce par l’Académie Française, Corneille ne changera pas la fin de la pièce de manière à revenir dans le « droit chemin ». Ce qu’il fera, tout au plus, c’est non plus intituler le Cid « tragi-comédie » mais « tragédie ».

IV-A propos de la tragédie cornélienne :

Voici un excellent propos sur la spécificité de la tragédie cornélienne. L’auteur en est Paul BÉNICHOU (source : Universalis)

La tragédie cornélienne est faite pour exalter, non pour apitoyer ou terrifier. Contrairement à la tragédie antique, elle est, par essence, optimiste. La vie des personnages et leur bonheur sont en péril, mais ce que la tragédie enseigne, ce n’est pas la toute-puissance du malheur ou la débilité de la condition humaine, c’est, au contraire, la grandeur de l’homme, sa capacité de vaincre le destin. Elle fait agir, non la pitié et la terreur, suivant la formule aristotélicienne, mais l’admiration. Elle s’achemine, par d’héroïques victoires, vers le meilleur dénouement possible, souvent vers un dénouement heureux, non vers une catastrophe. Dans une telle tragédie, le pathétique proprement dit a relativement peu de place : elle est effort et conquête, drame au sens strict du mot, non passion. La douleur tragique y est moins essentielle que la force d’âme et la prouesse. En ce sens, on peut dire que la tragédie de Corneille reste en deçà du tragique, qu’elle est autre chose. On conçoit en tout cas qu’avec un tel contenu elle entre mal dans les formes simples de la tragédie régulière. Il a fallu longtemps pour concilier le goût moderne de l’action, dont témoigne de façon si éclatante tout le théâtre européen à partir de la Renaissance, et le nécessaire dépouillement du genre tragique. Les théoriciens tendaient à ce résultat en proposant comme matière à la tragédie la peinture des caractères, le tableau de la nature humaine en action. Mais, justement, Corneille est étranger à cette vue du théâtre tragique. Il accorde plus d’importance aux sujets qu’aux caractères. Tel de ses admirateurs l’en félicite ; ses critiques en général le lui reprochent. Cette controverse va loin : dans un cas, des caractères donnés selon l’humanité engendrent le drame comme leur résultante ; dans l’autre, une situation d’abord choisie, et choisie pour ce qu’elle a d’inouï, suscite, en réponse, des caractères hors du commun. Le dilemme, en dernière analyse, est celui du naturel et de l’exceptionnel. L’amour de Corneille pour les beaux sujets (vastes intérêts d’État, conflits rares, conjonctures étonnantes où s’évertue la casuistique des grandes âmes) l’éloigne des architectures simples dont le goût classique devait faire son idéal. Il lui faut une tragédie d’allure plus libre, plus variée, plus complexe.

V-Bibliographie théâtrale

  • Mélite (1629)
  • Clitandre ou l’Innocence persécutée (1631)
  • La Veuve (1632)
  • La Galerie du Palais (1633)
  • La Suivante (1634)
  • La Place royale (1634)
  • Médée (1635)
  • L’Illusion comique (1636)
  • Le Cid (1637)
  • Horace (1640)
  • Cinna ou la Clémence d’Auguste (1641)
  • Polyeucte (1642)
  • Le Menteur (1643)
  • La Mort de Pompée (1644)
  • Rodogune (1644)
  • La Suite du Menteur (1645)
  • Théodore (1646)
  • Héraclius (1647)
  • Don Sanche d’Aragon (1649)
  • Andromède (1650)
  • Nicomède (1651)
  • Pertharite (1652)
  • La mort de l’empereur Commode (1657)
  • Œdipe (1659)
  • La Toison d’or (1660)
  • Sertorius (1662)
  • Sophonisbe (1663)
  • Othon (1664)
  • Agésilas (1666)
  • Attila (1667)
  • Tite et Bérénice (1670)
  • Pulchérie (1672)
  • Suréna (1674)

SOURCES :
•Paul BÉNICHOU, « CORNEILLE PIERRE – (1606-1684) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 7 janvier 2013. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/pierre-corneille/
•Jean-François PÉPIN, « CORNEILLE PIERRE – (1606-1684) – (repères chronologiques) », Encyclopædia Universalis[en ligne], consulté le 7 janvier 2013. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/corneille-reperes-chronologiques/
•http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Corneille#Des_d.C3.A9buts_comme_auteur_de_com.C3.A9dies_.281629-1636.29

A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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2 commentaires pour Vie et Oeuvre de Corneille (1606 – 1684)

  1. laplace dit :

    comment prouver que pierre corneille est toujours connu ? ( un devoirs a rendre) merci de me repondre❤

    • As-tu un professeur légèrement sadique ?
      Comment répondre à cette question ?

      Tu peux déjà penser que puisqu’on le trouve encore en masse dans les librairies c’est que ça se vend et que c’est connu…
      On l’étudie toujours en cours… Du collège, en passant par le lycée, jusqu’à la fac…
      Il existe des Enseignants-Chercheurs de Lettres qui sont spécialistes du XVIIe siècle et plus précisément de cet auteur.
      Je pense qu’en cherchant dans les programmations des salles on doit encore le trouver au théâtre…

      Si ce n’était pas un devoir sérieux, je pourrais te donner des pistes peu conventionnelles… Je pense à l’émission qui circule sur la toile, « Salut les Geeks », où Mathieu Sommet récite régulièrement ‘Ô rage, au désespoir, ô vieillesse ennemie, etc.’ (extrait du Cid…) au cours de certains épisodes… prouvant ainsi que ce sont des oeuvres qui marquent, qui restent… et qui peuvent ironiquement creuser le fossé entre la bêtise humaine qui est le moteur de son émission et le regard critique qu’il essaie d’avoir sur celle-ci à travers sa dose d’humour à prendre au 2e degré… Mais bon c’est vraiment pas un exemple conventionnel… … …

      A vrai dire je ne sais pas vraiment quoi te dire… Comment prouver qu’il est toujours connu ? C’est compliqué si l’on se place du point de vue des intérêts personnels qui peuvent motiver cette connaissance… est-ce qu’il est toujours connu par un public littéraire et scolaire ? Oui. Un point élémentaire de toute culture générale, je pense que oui aussi parmi tant d’autres noms et disciplines… Mais il est certainement à des années lumières de certaines personnes qui n’ont pas l’envie de développer ce genre de culture ou d’autres soucis en tête…

      Si la question était ‘pourquoi est-il encore connu ?’ ce serait paradoxalement plus simple… Rivalité avec Racine, figure emblématique du passage de l’esthétique baroque à l’esthétique classique, premières comédies qui se démarquent de la farce médiévale et qui tendent vers ce que le reste du siècle va faire, puis vers ce que le XVIIIe va faire, querelle du Cid, etc…
      Peut-être y a-t-il un argument du côté, « Il est toujours connu parce qu’il fait partie de l’histoire littéraire et de ses grandes révolutions au XVIIe siècle ? » mais je ne vois pas comment le formuler.

      Je ne sais pas si je t’ai beaucoup aidée… Mais cette question est bizarre. Pourrais-tu me tenir au courant ? Je serais curieuse de savoir ce que ton professeur attendait de toi.

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