Britannicus – Jean Racine

Britannicus – Jean Racine

Britannicus est une tragédie antique. Elle se déroule dans un cadre historique, à Rome sous le règne de l’empereur Néron.

Plan de l’article :

-L’histoire
-Les personnages
-La tragédie
1) Par actes et par scènes
2) Une tragédie classique
3) La cruauté de la persécution et le sort de Britannicus
-Extrait

britannicus

L’histoire

Afin de comprendre, il faut avoir à l’esprit les événements historiques qui précèdent le cadre de la pièce. Néron, fils d’Agrippine, a accédé au trône de Rome grâce au second mariage de sa mère avec l’empereur Claude. Ce dernier a adopté Néron, faisant de lui l’héritier au détriment de son propre fils, Britannicus. Il existe une rivalité entre Néron et Britannicus, frères par alliance.

La pièce est l’histoire de la persécution de Britannicus qui aboutira à sa mort. Inspiré par la jalousie, par la tyrannie et par des mauvais conseils, Néron cherche à évincer son frère. Il commence par lui enlever son aimée, Junie. Il jouit cruellement de cette situation et met en scène une rupture forcée de la jeune femme auprès de Britannicus. Non content d’avoir détruit le couple, il veut aller plus loin dans la destruction de son frère. Les méfaits aboutissent à l’empoisonnement de Britannicus. Il meurt malgré les tentatives d’Agrippine pour apaiser la fureur de son fils.

Les personnages

– Néron est l’empereur de Rome. Il est le fils naturel d’Agrippine et de Domitius Enobadus, le fils adoptif et l’héritier de l’empereur Claude.
– Agrippine est la mère de Néron. Elle est veuve de son premier mariage avec Domitius Enobadus et veuve de son second mariage avec l’empereur Claude. C’est elle qui a écarté Britannicus du pouvoir par le passé, fait qu’elle regrette amèrement dans la pièce.
– Britannicus est le fils de l’empereur Claude.
– Junie est l’amante de Britannicus.
– Burrhus est le gouverneur de Néron.
– Narcisse est le gouverneur de Britannicus. C’est un personnage du double-jeu, versé en traîtrise.
– Albine est la confidente d’Agrippine.
– Présence de gardes.

La tragédie

1) Par actes et par scènes

Acte IScène 1 : La pièce s’ouvre sur une conversation entre Agrippine et Albine. Le dialogue nous révèle l’inquiétude de la mère pour son fils, de l’impératrice et de la veuve pour le royaume. Albine tente de rassurer sa maîtresse mais Agrippine a conscience de ce qui est en train de se passer. Néron l’écarte du pouvoir et il a commencé son œuvre de persécution en faisant enlever Junie. Néron bascule dans la tyrannie. Agrippine veut absolument lui parler pour tenter de le raisonner.
Scène 2 : Burrhus entre sur scène et interdit l’entrée de la chambre de Néron à Agrippine. Il justifie l’empereur, renforçant le trouble de cette mère qui cherchait à trouver du réconfort en s’éclaircissant avec son fils.
Scène 3 : Britannicus accourt, se plaignant de la disparition de Junie. Agrippine l’invite à passer au-delà de leurs rancunes passées. Elle veut discuter avec Britannicus et lui donne rendez-vous chez un certain Pallas.
Scène 4 : Britannicus discute avec Narcisse de l’offre d’Agrippine. Narcisse l’incite à lier ses intérêts à ceux d’Agrippine pour retrouver Junie. Il convient de noter une forme d’ironie dramatique dont le spectateur prendra conscience dans l’a cte suivant : Britannicus se plaint d’être entouré de perfides conseillers et vante Narcisse d’être le plus fidèle. En réalité c’est bien le plus perfide… Mais cela il ne le sait pas.

Acte IIScène 1 : Néron ordonne à Burrhus d’exiler Pallas car il a appris que Britannicus et Agrippine se voyaient chez lui.
Scène 2 : Narcisse et Néron s’entretiennent. On apprend alors que Narcisse joue un double-jeu en la défaveur de Britannicus. Néron lui fait part de ses projets immédiats : il souhaite répudier son épouse Octavie et prendre Junie pour femme. L’empereur dévoile qu’il aime. S’il a fait enlever la jeune femme pour nuire à Britannicus il la garde prisonnière par amour. L’affaire de rivalité politique devient une affaire de rivalité amoureuse.
Scène 3 : Junie est amenée devant Néron. Elle lui demande pourquoi elle a été enlevée de la sorte. Néron lui déclare son amour et elle s’en effraie. Elle aime Britannicus et ne veut pas de cet empereur. Considérant cela, Néron monte un cruel chantage. Quand Britannicus va paraître devant elle, Junie n’a que deux solutions. Soit elle lui dit qu’elle ne l’aime plus et le sauve du courroux de Néron. Soit elle se refuse à rompre avec Britannicus et le condamne à la mort.
Scène 4 : Narcisse vient annoncer la venue de Britannicus. Néron rappelle à Junie qu’il l’observe.
Scène 5 : Junie tente de transmettre un message de détresse à Narcisse mais elle n’en a pas le temps.
Scène 6 : Britannicus entre en scène. Il croit être seul avec elle. Il la questionne sur son silence, fait étalage de sa douleur et montre vivement sa haine envers Néron. Junie tente de lui faire dire qu’il ne pense pas ses mots pour le sauver, mais sans succès. La scène se clôt sur le départ de Britannicus qui ne comprend plus son aimée. Le trouble est semé mais la rupture n’est pas explicitement prononcée.
Scène 7 : Junie refuse de parler à Néron, lui disant qu’il a eu ce qu’il voulait : Britannicus souffre et doute.
Scène 8 : Néron souhaite jouir plus encore de cette douleur. Il ordonne à Narcisse de semer le trouble chez Britannicus.

Acte IIIScène 1 : Burrhus met en garde Néron contre la colère d’Agrippine. Il lui reproche aussi d’oublier la raison d’état et de se perdre dans la folie de l’amour.
Scène 2 : Court monologue de Burrhus qui ne sait plus où prendre conseil.
Scène 3 : Agrippine vient à la rencontre de Burrhus. Elle se plaint de l’appui qu’il donne à Néron. Elle souhaite dévoiler ses méfaits passés pour que l’on plaigne Britannicus et que l’on condamne Néron. Mais Burrhus la détrompe, lui assurant qu’un tel stratagème ne peut fonctionner. Il la prie de le laisser exciter la bonté de Néron pour calmer les choses.
Scène 4 : Agrippine se plaint encore à Albine de sa perte de pouvoir sur son fils.
Scène 5 : Britannicus et Agrippine se rencontrent. La mère affirme à Britannicus que rien ne l’empêchera de renverser les méfaits de son fils. Elle quitte la scène en colère.
Scène 6 : Britannicus demande à Narcisse s’il peut faire en sorte que Junie vienne le voir. Il ne croit pas qu’elle lui soit insensible. Narcisse semble confus. On comprend qu’il a essayé d’instiller l’horreur de Junie chez Britannicus et qu’il n’y est pas parvenu.
Scène 7 : Junie paraît. Elle révèle à Britannicus que Néron l’a forcée à se montrer si froide. Elle ne nourrit aucune passion pour l’empereur et souffre autant que Britannicus. Elle lui demande de se cacher mais il ne le fait pas assez vite, Néron arrive.
Scène 8 : Face à face entre Néron et Britannicus. La rivalité amoureuse éclate dans toute sa force. La scène se clôt par l’arrestation de Britannicus.
Scène 9 : Néron en veut à Agrippine d’avoir voulu unir Junie et Britannicus. Il veut la surveiller. Il demande à Burrhus de substituer ses gardes à ceux de sa mère. Burrhus proteste et Néron prend ombrage de cette énième tentative pour le contredire.

Acte IVScène 1 : Burrhus annonce à Agrippine que son fils veut s’entretenir avec elle. La mère obtient enfin l’entrevu qu’elle cherchait au début de la pièce.
Scène 2 : C’est un long face à face entre la mère et le fils. Ils font étalage de leurs sentiments et de leur vision des choses. Au final, Agrippine parvient à faire flancher Néron. Il accepte de libérer Britannicus, Junie et Pallas.
Scène 3 : Burrhus se réjouit auprès de Néron de sa décision. Ce dernier le détrompe en lui disant qu’il ne fait que feindre. Il souhaite encore la perte de Britannicus. Burrhus le supplie de faire preuve de clémence et d’aller vers une véritable réconciliation.
Scène 4 : Néron se trouve seul avec Narcisse. Narcisse lui annonce que le poison est prêt. Mais Néron lui affirme ne plus vouloir la mort de Britannicus. Narcisse se révolte, lui déclare qu’il n’est que le jouet de sa mère, de Burrhus et de tant d’autres. Il doit aller jusqu’au bout de la persécution de Britannicus ou paraître faible aux yeux de tous. Son discours malsain touche droit au but et tous les efforts d’Agrippine et de Burrhus sont annulés.

Acte V Scène 1 : Britannicus annonce à Junie qu’il va se réconcilier avec Néron et que la paix est en marche. Junie ne se réjouit pas, soupçonnant un piège. Mais Britannicus ne l’écoute pas.
Scène 2 : Agrippine arrive et presse Britannicus de rejoindre Néron.
Scène 3 : Agrippine sermonne Junie qui ne cache pas ses craintes. La mère croit en la paix qu’elle a aidé à dresser. La scène se clôt sur l’élévation d’un tumulte qui inquiète les personnages.
Scène 4 : Burrhus vient annoncer la mort de Britannicus. Junie sort de scène pour aller rejoindre son amant et tenter quelque chose si c’est encore possible.
Scène 5 : Burrhus raconte la mort de Britannicus à Agrippine.
Scène 6 : Narcisse et Néron entrent en scène. Explications entre les personnages. La traitrise de Narcisse apparait clairement aux yeux de tous. Agrippine prédit à Néron qu’il finira tyran, maudit par les générations futures pour tous ses crimes.
Scène 7 : Agrippine reste seule avec Burrhus. Elle s’excuse d’avoir douté de lui. Le gouverneur se lamente, craignant pour leur vie à tous sous le joug de la cruauté de ce personnage.
Scène dernière : Albine paraît et annonce à Agrippine que Néron est furieux. Junie s’est retirée au temple, devenant prêtresse. Ainsi elle prive Néron de l’amour convoité car elle est destinée à rester vierge. L’empereur semble en perdre la raison. En passant on apprend que Narcisse est mort. Agrippine espère que son fils tirera une leçon de cet épisode. Burrhus dont la réplique clôt la pièce n’a pas du tout le même espoir. Il dit : « Plût aux Dieux que ce fût le dernier de ses crimes ! »

2) Une tragédie classique

Britannicus est une tragédie classique.

  • Cette pièce est composée de cinq actes.
  • La règle des trois unités est respectée. Pour l’unité de lieu : les scènes se déroulent à Rome, au Palais, dans une chambre précise (élément spécifié par l’auteur suite à l’énumération des personnages). Pour l’unité de temps : il n’y a pas plus 24h entre le début de la pièce et sa fin. L’action commence avant le lever du soleil. Au début de la pièce on apprend qu’Agrippine attend devant la porte de Néron alors que tout le monde dort encore. Il fait donc nuit. La durée précise l’action est énoncée Acte 5, scène 3 : « Passons chez Octavie, et donnons-lui le reste / D’un jour autant heureux que je l’ai cru funeste. » Agrippine parle « d’un jour », celui qui a commencé à l’acte 1 et qui finit à cet acte 5. Pour l’unité d’action : il y a bel et bien une seule intrigue qui rythme la pièce : la persécution de Britannicus par Néron à travers l’enlèvement de Junie.
  • La bienséance est respectée. La mort de Britannicus est rapportée sur scène et non représentée. De même que la mort de Narcisse.
  • La notion de vraisemblance s’applique à la pièce. Les faits sont vraisemblables, croyables. Les actions s’enchaînent logiquement, de cause en conséquence. Il n’y a pas de dissonance dans la progression de la pièce.

3) La cruauté de la persécution et le sort de Britannicus

La cruauté de la persécution est un élément majeur dans la composition de Britannicus. Néron se montre en tyran, horrible personnage qui jouit du malheur qu’il peut causer en abusant de son pouvoir. Il détruit son frère en acceptant de se livrer à ses passions et aux influences néfastes de mauvais conseils.

Le personnage de Néron est négatif d’un bout à l’autre de la pièce malgré quelques nuances qui percent mais qui ne s’imposent guère.
A l’acte I, il apparait comme un fils distant, ce qui rend Agrippine malheureuse et inquiète. Elle commence à peindre le tyran qui naît peu à peu en son fils. Le méfait qui constitue la pièce, c’est-à-dire l’enlèvement de Junie, est déjà commis. La persécution est effective.
A l’acte II, il met en scène la rupture de Junie. Il observe le spectacle en spectateur invisible. La scène est effroyable pour les personnages qui en sont victimes conscientes, telle que l’est Junie, ou inconscientes tel que l’est Britannicus. A l’issue de cette entrevue, Néron en redemande encore. Pour le spectateur ou le lecteur de la pièce, la pitié va au couple malheureux et l’effroi au tyran.
A l’acte III, Néron observe à nouveau la détresse du couple, cette fois au détriment de Junie qui ne se doutait pas de sa présence. C’est à ce moment que la confrontation directe entre Britannicus et Néron a lieu. L’issue est fatale pour le rival de l’empereur qui finit emprisonné par celui qui possède le pouvoir. Britannicus est confronté à la force du trône de Rome contre lequel il ne peut rien.
L’acte IV donne des signes d’espoir pour le dénouement de la pièce mais Narcisse vient tout détruire. A partir du moment où il a versé son poison dans l’esprit de l’empereur, le véritable poison sera versé dans la coupe de Britannicus et les réconciliations seront caduques. La persécution touche à sa fin, Néron triomphe et Britannicus meurt. Néanmoins il perd l’objet de sa convoitise et en est fou : Junie se retire au temple et le fuit.
Ce portrait de Néron en tant qu’être de cruauté tranche avec le portrait que nous rapporte Albine dans l’Acte I, scène 1, pour tenter de rassurer Agrippine. Cette image-là est celle de l’ancien Néron, celui qui écoutait les conseils de Sénèque, de Burrhus et de sa mère. C’est l’image que le peuple voit encore alors que dans l’intimité du palais les choses dégénèrent : le tyran est né.

La persécution est cruelle par le personnage qui en est l’instigateur, c’est-à-dire Néron, mais également par le moyen et ses auxiliaires. Le fait de s’attaquer au couple innocent et amoureux renforce le sentiment de pitié que doit ressentir le spectateur et le révolte d’avantage contre la tyrannie et l’abus de pouvoir commis envers son frère. Ce fait est créé dans le but de la catharsis La catharsis c’est la purgation des passions de l’âme chez le spectateur de tragédie qui a le devoir de considérer les dangers du mélange passion/pouvoir dans le cadre de cette pièce.
Le rôle de Narcisse appuie la cruauté de l’œuvre de persécution. C’est un être auquel Britannicus accorde toute sa confiance. A tort. Celui qui semble son plus fidèle ami le détruit en profondeur. Serait-ce un appel à se méfier des apparences ?

Le sort de Britannicus est tragique. Le dénouement est scellé de longue date. Depuis toujours il est un rival pour Néron. Même si, dans la pièce, il apparaît dénué de moyens et de tout pouvoir, la rivalité est présente entre les deux frères. Néron le considère comme un réel danger. C’est pour cela qu’il met tant d’énergie à le faire souffrir et à l’éliminer. La pièce commence alors que l’enlèvement a déjà eu lieu, l’œuvre de persécution est amorcée, aucun retour ne semble probable. A un moment donné, Acte IV, Néron semble revenir sur ses actes et dompter sa passion. Seulement, Narcisse scelle le destin de Britannicus et empêche ce retour en arrière.

Extrait : Acte II, scène 8

(NERON, NARCISSE)

NERON

Hé bien ! de leur amour tu vois la violence,
Narcisse : elle a paru jusque dans son silence.
Elle aime mon rival, je ne puis l’ignorer ;
Mais je mettrai ma joie à le désespérer.
Je me fais de sa peine une image charmante,
Et je l’ai vu douter du cœur de son amante.
Je la suis. Mon rival t’attend pour éclater.
Par de nouveaux soupçons, va, cours le tourmenter ;
Et tandis qu’à mes yeux on le pleure, on l’adore,
Fais-lui payer bien cher un bonheur qu’il ignore.

NARCISSE, seul

La fortune t’appelle une seconde fois,
Narcisse : voudrais-tu résister à sa voix ?
Suivons jusques au bout ses ordres favorables ;
Et pour nous rendre heureux, perdons les misérables.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
Cet article a été publié dans AUTEURS & OEUVRES, De la Littérature Classique, Racine. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Britannicus – Jean Racine

  1. Ping : Les lectures des mois de Novembre 2012 et Décembre 2012 | Havre de pensées & de mots

  2. Mama Aissata Bangoura dit :

    Vraiment super sa ma vraiment aidé

  3. pourlesdevoirs--' dit :

    G-E-N-I-A-L!!!

  4. Juliette dit :

    Résumé parfait !!!J’ai compris beaucoup de choses !

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