Morphologie : les variantes combinatoires en ancien français

MORPHOLOGIE : LES VARIANTES COMBINATOIRES

Une variante combinatoire est une modification phonique que subit un mot lorsque son radical est suffixé d’une certaine forme de flexion ([s] de la déclinaison par exemple). Ces modifications ne sont pas systématiques, elles ne concernent que des rencontres précises entre la consonne finale certains radicaux et certains suffixes flexionnels.

I. Cas des dentales [t], [d], [n]

1. [t], [d] + [s]

Lorsque le radical du mot se termine par [d] ou [t] et qu’on lui adjoint la consonne de flexion [s], il se forme une affriquée [ts] qui se graphie ‘z’.
Exemple : cas de l’adjectif « saint »
CSS sainz
CSP saint
CRS saint
CRP sainz

Certains mots comme « saint » détiennent explicitement la consonne [t] en finale. D’autres ne détiennent pas cette consonne dans leur graphie ou leur phonie mais font partie de cette forme de variante combinatoire. Il faut retourner à l’étymologie du mot pour le comprendre.
Exemple de « pié » (le pied) :
« Pié » ne se termine pas par la dentale [t] ou [d] et pourtant lorsqu’il prend un [s] il s’orthographie « piez ». Pourquoi ? Parce que son etymon est « pedis ». L’évolution phonétique du mot a fait disparaître le [d], mais le mot continue de subir la variante combinatoire liée à ce [d] étymologique.

2. [n] appuyé

Le [n] est dit appuyé lorsqu’il est précédé d’une autre consonne.
Un [n] appuyé suivi d’un [s] flexionnel donne une affriquée [ts] graphiée ‘z’.
Exemple : cas de « jorn » (le jour)
CSS jorz
CSP jorn
CRS jorn
CRP jorz

NB : Certains mots laissent apparaitre le fait que le [n] est appuyé, d’autres non. Dans le cas d’un mot comme « an » il faut retourner à l’étymologie « annus » pour constater que le [n] est appuyé.
NB : Attention, les mots qui ne terminent par [n] voient leur consonne s’effacer au plus tard au treizième siècle. Même orthographié « jor », le mot continue de subir la variante combinatoire « jorz ».

II. Cas de la liquide [l]

La consonne [l] se vocalise en [u] si on lui adjoint un [s].
Exemple : cas de « cheval » : -al + -s = -aus
CSS chevaus
CSP cheval
CRS cheval
CRP chevaus

III. Les consonnes labio-dentales [f] et [v]

[f] et [v] s’effacent devant [s].
Exemple : cas de « cerf »
CSS cers
CSP cerf
CRS cerf
CRP cers

IV. Les consonnes vélaires [g] et [k]

Par évolution étymologique, [g] en fin de mot devient un [k].
Exemple : le latin « longum » donne « lonc » en ancien français.

[g] et [k] s’effacent devant le [s] flexionnel.
Exemple : cas de « lonc » (« long » du français moderne)
CSS lons
CSP lonc
CRS lonc
CRP lons

V. Les labiales [p], [b], [m]

[p], [b], [m] s’effacent devant [s].
Exemple : cas de « champ »
CSS chans
CSP champ
CRS champ
CRP chans
NB : le [m] devient [n] par modification phonique.

Exemple : cas de « ferm » (adj masculin qui donne « ferme » en français moderne, et qui signifie « fort, fortifié, fidèle, loyal » en ancien français).
CSS fers
CSP ferm
CRS ferm
CRP fers

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
Cet article a été publié dans Histoire de la Langue, Morphologie des substantifs, PARCOURS LITTERAIRE. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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