Morphologie des substantifs – Déclinaison des noms en Ancien Français

MORPHOLOGIE DES SUBSTANTIFS

L’ancien français est basé sur un système de déclinaisons avec des cas qui marquent la fonction des mots dans la phrase. Bien qu’hérité du latin, ce système est beaucoup plus simple que ce dernier. En effet, alors qu’en latin on avait 6 cas (nominatif pour le sujet et l’attribut du sujet ; vocatif pour l’apostrophe ; l’accusatif pour le COD ; le génitif pour le complément du nom ; le datif pour le COI et l’ablatif pour les compléments circonstanciels), en ancien français on n’en a que deux : le cas sujet et le cas régime. Il a réduction du nombre de cas dans la logique d’évolution de la langue.

Le cas sujet (CS) sert à marquer la fonction sujet, les appositions au sujet, les attributs du sujet et l’apostrophe.
Le cas régime (CR) sert à marquer la fonction de COD, de l’attribut du COD, de COI, de complément circonstanciel et de complément du nom.

I-Pour les noms masculins

1-Déclinaisons à 1 base

a) Les sigmatiques

Cas sujet singulier (CSS) : -s
Cas sujet pluriel (CSP) : ø
Cas régime singulier (CRS) : ø
Cas régime pluriel (CRP) : -s

exemple de mur
CSS : murs
CSP : mur
CRS : mur
CRP : murs

C’est le type de déclinaison masculine le plus courant en ancien français.

b) Les asigmatiques

CSS : ø
CSP : ø
CRS : ø
CRP : -s

exemple de frere
CSS : frere
CSP : frere
CRS : frere
CRP : freres

Peu de mots dans ce type de déclinaison. Ce sont des mots tels que : pere, frere, arbre, livre, ventre, maistre, etc.
Dans les textes tardifs, on peut trouver des exemples où cette famille asigmatique est alignée sur la famille sigmatique et prend un –s au CSS.

2-Déclinaisons à deux bases

On a deux bases, deux radicaux différents qui se déclinent de la façon suivante :
CSS : base 1
CSP : base 2
CRS : base 2
CRP : base 2 + -s

exemple de emperere/empereor :
CSS : emperere
CSP : empereor
CRS : empereor
CRP : empereors

3-Noms masculins indéclinables

On trouve des noms masculins indéclinables en ancient français. Pas de différence entre les CS et les CR qui comportent tous deux un –s. Ces mots ont donné les invariables du français moderne.

II-Pour les noms féminins

1-Déclinaison à une base

CSS : ø
CSP : -s
CRS : ø
CRP : -s

On a les mêmes formes au CSS et au CRS.

exemple de fille :
CSS : fille
CSP : filles
CRS : fille
CRP : filles

C’est le type de déclinaison féminine le plus courant.

2-Déclinaison à deux bases

Comme pour les déclinaisons masculines, on a un type de déclinaison à deux radicaux différents dans les déclinaisons féminines qui se fait selon le modèle suivant :
CSS : base 1
CSP : base 2 + -s
CRS : base 2
CRP : base 2 + -s

exemple de suer/seror (soeur)
CSS suer
CSP serors
CRS seror
CRP serors

3-Déclinaison à désinence masculine

Cette déclinaison concerne les noms féminins qui se terminent par une consonne ou une voyelle tonique (surtout le [e] et le [we] – orthographiés « é » et « oi »). Elle ne concerne donc pas les noms féminins qui se termine par « e », voyelle non accentuée.
CSS : -s
CSP : -s
CRS : ø
CRP : -s

exemple de fleur :
CSS fleurs
CSP fleurs
CRS fleur
CRP fleurs

4-Féminins indéclinables

Ils se terminent par –s ou –z à toutes les cas, au singulier comme au pluriel.

III-Evolution du système morphologique

Ce système ne se maintiendra pas. Dès l’ancien français il tend à se simplifier. On aligne les systèmes les moins fréquents sur le plus fréquent. Exemple des asigmatiques masculins qui se déclineront comme les sigmatiques.
En moyen français (entre le XIVe siècle et le XVIe siècle), les déclinaisons disparaissent. Phonétiquement on ne prononce plus les finales. Graphiquement on conserve les formes du CR singulier en général. On instaure le fait de rajouter un –s au pluriel pour le marquer à l’écrit. Pour les mots à deux bases, le choix de la forme sauvegardée est aléatoire. Selon l’usage on gardera que la base 1 ou la base 2, dans certains cas (exemple de sire/seigneur) on gardera les deux bases avec un sens et un usage différent.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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2 commentaires pour Morphologie des substantifs – Déclinaison des noms en Ancien Français

  1. Samuel dit :

    bonjour,
    page intéressante pour réviser les cas.
    Par contre, je rencontre un problème, je n’arrive pas à savoirs un substantif a une ou deux bases. N’y aurai-t-il pas un site, un dictionnaire, etc.. qui pourrai m’aider et que vous pourriez me conseiller?
    je vous remercie d’avance

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