Sorceleur – Tome 2 : L’épée de la Providence – Andrzej Sapkowski

Geralt de Riv, sorceleur, n’a pas fini de nous divertir. C’est avec plaisir que j’ai lu ce deuxième tome et c’est avec un plaisir égal que je souhaite vous en faire la présentation.

Du tome 1 au tome 2

Le tome 1 présentait de manière efficace le personnage de Geralt de Riv. Chaque nouvelle alternait l’action présente du personnage et des événements passés qui éclairaient sa psychologie. On avait ainsi une vision du personnage profonde et inédite. Outre cela, l’univers dans lequel évolue le héros était également bien dépeint. L’œuvre s’était centrée sur trois questions : qu’est ce qu’un homme – qu’est ce qu’un monstre ? Qui a le droit d’exister ? Y a-t-il un destin, une providence à laquelle nous sommes soumis ?

Dans le tome 2 ces questions sont à nouveau posées et creusées. J’aime beaucoup les alternance de point de vue entre chaque personnage sur chaque sujet. Les réponses proposées sont confrontées et mise en scène toujours de manière à ne pas casser le divertissement. C’est cela qui me fascine toujours autant dans cette œuvre, on n’a pas toujours le sentiment de se retrouver face à une réflexion.
L’œuvre n’a plus cette discontinuité passé/présent entre les nouvelles. L’auteur a choisi de suivre une linéarité dans la succession des épisodes de ce deuxième tome. Le tout est encore découpé en nouvelles, mais ces nouvelles se confondent avec des chapitres. Néanmoins ce ne sont pas des chapitres. Il y a unité d’action, unité temporelle et indépendance pour chaque épisode. Cette indépendance rappelle la nouvelle.

Quant au récit en lui-même ?

Les deux premières nouvelles, « Les limites du possible » et « Eclat de Glace », s’intéressent à l’histoire d’amour entre Geralt et la magicienne Yennefer qu’il a rencontré lors de la dernière nouvelle du premier tome.
On a d’abord l’évocation de leur rupture après le dernier épisode du premier tome, puis une réconciliation à l’issue de la nouvelle « Les limites du possible ». Réconciliation finalement placée sous le sceau de l’échec.
« La vérité est un éclat de glace. » déclare Yennefer avant de prendre la fuite. J’aime beaucoup cette image qui est le centre de la deuxième nouvelle. La magicienne prend la fuite et se réfugie derrière cette phrase et la légende elfique qui y est attachée pour expliquer que leur amour ne peut pas être, où du moins ne pouvait pas durer. Le sorceleur, qui aime à se déclarer sans sentiments pour simplifier les choses ou pour se cacher, souffre énormément de cette rupture. Sa douleur fait échos dans les nouvelles suivantes. Ses pensées reviennent souvent à son amour perdu. Quant à la magicienne, on ne la voit pas réapparaître avant le troisième tome. Mais on apprend alors qu’elle regrette également. Les choses restent en suspens. Je ne pense pas que l’auteur les réunira de nouveau, cela serait contraire à la tendance qu’il a imposé. Mais qui sait ?
Au final, cette histoire d’amour en elle-même n’est pas niaise, elle est entrecoupée d’événements et de réflexions qui brisent admirablement l’effet eau-de-rose. J’aime beaucoup l’exploration psychologique des personnages.

Vient ensuite une suite de deux nouvelles qui relatent l’errance de Jaskier, le poète et meilleur ami du héros, et de Geralt à travers le monde. Certains épisodes sont plus amusants que d’autres. La nouvelle « le Feu éternel » met en scène un être magique capable de changer de forme. Il crée le désordre dans la vie d’un marchand. Et les deux amis sont plongés dans ce désordre contre leur gré. Geralt se refuse à tuer cet être car selon lui ce n’est pas un monstre (dimension intéressante dans la résolution de la question : qu’est ce qu’un monstre ? ceci dit en passant). Ils doivent tout de même résoudre le problème, sous peine de tomber sous la colère du « Feu éternel », le culte installé dans la ville où se déroule l’action. J’adore la chute de cette nouvelle.
La nouvelle « une Once d’abnégation » débute sur une note comique, on a un roi éperdument amoureux d’une sirène mais la situation dégénère lorsque la sirène refuse d’abandonner l’océan pour son amant et la terre ferme. Geralt subit la colère du roi parce qu’il servait d’interprète entre la représentante du peuple de la mer et le monarque. Suite à cet épisode, une mystérieuse menace se manifeste dans les mers et des pêcheurs disparaissent. Le sorceleur est engagé par le roi pour résoudre le problème. S’ensuivent des découvertes glaçantes. La résolution de la nouvelle est selon moi un peu précipitée mais concluante.

L’errance prend fin avec la nouvelle intitulée « L’épée de la Providence », nouvelle qui a donné son titre au recueil. Elle est importante car au sein de cette succession d’épisodes du tome 1 et du tome 2 elle reprend un événement qui va servir d’intrigue définitive à l’œuvre complète si je ne me trompe guère (en tout cas le tome 3 que j’ai commencé à lire abandonne les nouvelles pour devenir un roman centré autour d’un personnage, personnage qui apparaît dans cette nouvelle « L’épée de la Providence » : la jeune fille nommée Ciri, providence du sorceleur).
Geralt est mené à Brokilone, la forêt des dryades dans laquelle nul être humain n’a de chance de survie. En effet, le peuple des dryades nourrit une haine envers les hommes qui les ont chassées et tentent de détruire leur forêt. J’aime beaucoup la confrontation de Geralt avec Eithné, l’aînée des dryades et souveraine de Brokilone. Le sorceleur est un ami du peuple sylvestre qui le tient en estime, pourtant il doit sauver sa peau et faire falloir son point de vue pour sauver Ciri, princesse de Cintra qui s’est perdue dans la forêt après avoir fui un prétendant. En effet, les dryades réclament le droit d’élever la jeune fille et d’en faire une des leurs puisqu’elle s’est perdue sur leur territoire. Mais Geralt réclame le droit d’emmener la jeune fille au nom de la providence, du destin, puisqu’elle est la Surprise qui lui a été promise par Calanthe de Cintra, la grand-mère de Ciri, dans une nouvelle du tome précédent. Confrontation entre le droit et le destin dont la résolution, à la faveur de Géralt, est noyée de mystère. Geralt ne saura jamais si c’est la force du destin qui lui a donné sa faveur auprès d’Eithné ou c’est la grâce et la bonne volonté de cette dernière.
A la fin de cette nouvelle Geralt perd Ciri qui est ramenée à Cintra par un vieux druide dévoué à la couronne de ce royaume.
Le recueil se conclut par « Quelque chose en plus », nouvelle qui dépeint une aventure de Geralt. Dans cette nouvelle il aide un pauvre marchand égaré. Son aide lui vaut une blessure qui manque de l’emporter. Dans le délire de sa blessure il revoit Yennefer et s’entretient avec elle. C’est un délire mais les mots qu’ils se portent semblent sonner vrai et exposer ce qu’ils ressentent chacun de leur côté. Second délire, Geralt s’entretient avec Calanthe qui hésite entre le souhait que le sorceleur vienne chercher Ciri à Cintra pour satisfaire la Providence ou le souhait qu’il renonce à elle. Elle achève sur l’idée qu’il lui reste peu de temps pour venir la chercher et on comprend pourquoi en fin de nouvelle. Puis lorsqu’il se réveille Geralt rencontre sa mère, la magicienne qui l’a guéri. C’est l’exposition d’une nouvelle blessure secrète : l’absence d’une mère. Une mère qu’il n’a jamais connue puisqu’elle l’a abandonné aux sorceleurs alors qu’il était enfant. Cette rencontre, brève et sans suite, est émotion et creuse encore plus le gouffre entre la véritable sensibilité de Geralt et la face de pierre qu’il souhaite exposer au monde. La chute de la nouvelle est la confirmation de l’intrigue qui suivra au second tome. Geralt en chemin apprend la destruction de Cintra par une guerre et la mort probable de Ciri, mais lorsqu’il arrive chez le marchand, la fillette est là… Geralt ne recule plus devant la providence et accepte de rester avec elle.

Avis personnel :

J’ai aimé ce recueil plus que le premier. Les personnages sont vraiment attachants, plus profonds et les récits sont divertissants. Comme je l’ai déjà dit, l’aspect réflexif donne un intérêt de plus à l’œuvre. D’autant plus que cette réflexion est présentée de telle sorte qu’elle ne nuit pas au divertissement. C’est une série que je recommanderais avec plaisir, même s’il faut aimer l’aspect recueil de nouvelles des deux premiers tomes.

Extrait :

En extrait je souhaite vous proposer l’apparition d’Eithné, l’aînée de Brokilone.. Il y a des tas d’autres passages qui mériteraient attention point de vue descriptif (description de la sirène par exemple, de Yennefer ou du dragon d’or de la première nouvelle, etc.) ou réflexif (exemple d’une réflexion sur la sensibilité, sur l’humain, etc.) mais j’ai choisi ce passage.

Page 349, édition Milady

Personne n’échappe à son destin.
Ils tournèrent la tête en direction de cette voix : pleine, basse, dure et décidée. Une voix qui exigeait qu’on l’écoutât et qui ne tolérait aucune objection. Braenn salua. Geralt mit genou à terre.
Madame Eithné…
La souveraine de Brokilone portait une robe vert clair, légère et traînante. Elle était, comme la plupart des dryades, mince et de petite taille, mais son port de tête demeurait fier. Son visage sérieux et dur, ses lèvres décidées, donnaient l’impression qu’elle était plus grande et plus puissante. La couleur de ses cheveux et de ses yeux rappelait celle de l’argent fondu.
Elle était entrée dans la hutte escortée de deux plus jeunes dryades armées d’arcs. Elle fit silencieusement signe à Braenn qui s’empressa de prendre Ciri par la main et l’emmena du côté de la sortie en courbant la tête. Ciri, pâle, interdite, la suivit d’une démarche raide et inélégante. Lorsqu’elle passa à côté d’Eithné, la dryade aux cheveux d’argent la saisit par le menton et observa longtemps la petite fille dans les yeux. Geralt vit que Ciri tremblait.
– Va, dit enfin Eithné. Va, mon enfant. N’aie plus peur de rien. Plus rien n’est en mesure de changer ton destin. Tu es à Brokilone.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
Cet article a été publié dans Andrzej Sapokowski, AUTEURS & OEUVRES, Fantasy et Science-Fiction. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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