A la découverte de Nerval – Quatrième étape : Voyage en Orient (I et II)

J’ai découvert cette œuvre dans le cadre d’un cours de littérature comparée à l’Université Charles de Gaulle Lille III. C’est une belle découverte que je conseille à tous ceux qui ont envie de découvrir le récit de voyage et l’Orient du XIXe siècle sous la plume de Nerval.

                                   

De quoi s’agit-il ?

Le Voyage en Orient est le récit d’un voyage que Nerval a décidé de faire dans les années 1840. Il effectuera un périple de plusieurs étapes qu’il nous raconte de manière diverses : sur le ton de l’humour, de la confidence, de la mélancolie, du regret et autres, dans le souci de nous faire voir l’Orient.

Son récit est frappé de deux thèmes majeurs :
– Nerval se veut oriental. Il part en Orient dans le but de devenir un oriental comme il peut l’imaginer à partir de la culture occidentale sur le sujet, notamment à partir des Mille et une Nuits traduites par Antoine Galland au début du XVIIIe siècle. Nerval veut voir les Mille et une Nuits, il veut être un personnage des Mille et une nuits. Il le dit explicitement à plusieurs reprises et la chose se vérifie implicitement à d’autres reprises. Néanmoins, cet engouement à vouloir jouer l’oriental sera déçu. L’Orient traqué par Nerval n’existe pas ou plus… Il appartient à l’imaginaire et la seule manière de le vivre se trouve dans le fantasme. Le récit progresse vers la révélation d’une désillusion sur ce plan.
– Nerval veut dénicher la femme parfaite. Cela prend une bonne partie du chapitre « Les femmes du Caire ». Le poète cherche l’orientale, celle qui répondra à tous ses fantasmes. La quête de cette femme est doublée d’une quête mystique. Il s’agit de soulever le voile d’Isis, de parvenir aux mystères de cette ancienne déesse qui représente une pureté cultuelle originelle pour Nerval. Ce second objectif du voyage du poète sera lui aussi déçu. Seule la fiction avec la reine de Saba pourra combler le vide des désillusions lors de son retour en Europe.

Le récit se trouve tour à tour coloré, risible, drôle, grotesque, mélancolique, triste, fascinant… Nerval va de l’engouement à la désillusion mais le lecteur le suit avec le recul que nous avons aujourd’hui sur l’idée d’Orient. Les décalages que cela induit accentuent le ridicule de certains événements ou leur pathétique.

Avis personnel :

Ce texte m’a beaucoup plu. J’aime beaucoup sa manière d’être rédigé, tour à tour simple ou poétique, léger ou profond. J’ai beaucoup ri devant l’ignorance de Nerval, ou je me suis offusquée des idées coloniales. Car n’oublions pas qu’à cette époque, la France était en pleine colonisation. Certaines idées sont révoltantes aujourd’hui mais Nerval agit comme si c’était la chose la plus simple du monde. Ce renvoi dans le passé est édifiant : on constate ce qui était bas et ce qui traduit l’idée que nous nous sommes améliorés sur certains points.
Les passages qui m’ont le plus plu sont « Les Femmes du Caire » et « Les Nuits du Ramazan ». Ce que je n’ai vraiment pas aimé : « Introduction : vers l’Orient », il s’agit de la mise en place du voyage et des premières étapes… Sincèrement vous pouvez sauter ce passage… Si le livre n’avait pas été obligatoire, je me serais arrêtée là et j’aurais loupé de belles choses, car le meilleur vient ensuite.

Extrait :

Voyage en Orient, tome 1, édition GF, page 153 :

C’était un mariage, il n’y avait plus à s’y tromper. J’avais vu à Paris, dans les planches gravées du citoyen Cassas, un tableau complet de ces cérémonies ; mais ce que je venais d’apercevoir à travers les dentelures de la fenêtre ne suffisait pas à éteindre ma curiosité, et je voulus, quoi qu’il arrivât, poursuivre le cortège et l’observer plus qu’à loisir. Mon drogman Abdallah, à qui je communiquai cette idée, fit semblant de frémir de ma hardiesse, se souciant peu de courir les rues au milieu de la nuit, et me parla du danger d’être assassiné ou battu. Heureusement j’avais acheté un de ces manteaux de poil de chameau nommés machlah qui couvrent un homme des épaules aux pieds ; avec ma barbe déjà longue et un mouchoir autour de la tête, le déguisement était complet.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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