Greg Keyes – La cité Infernale

J’ai décidé de vous présenter la Cité Infernale de Greg Keyes qui est une découverte que j’ai faite en parallèle des « Royaumes d’épines et d’os ».

L’œuvre en elle-même est assez spéciale car la Cité Infernale construit une intrigue dans un univers imaginaire pré-existant : l’univers de The Elder Scrolls, une série de jeux vidéos que j’adore. De ce fait le récit sera plus hermétique aux personnes qui ne connaissent pas cet univers, car certaines choses y sont exposées sans explications, comme si elles étaient des acquis de longue date. Ce serait vraiment le plus gros point faible de cet ouvrage car l’intrigue est très bien construite (en même temps c’est la plume de Greg Keyes ! Même si l’univers ne lui appartient pas, il fait du bon travail). La lecture est entraînante et je me suis beaucoup amusée en le lisant. Il devrait normalement y avoir un deuxième tome car l’histoire n’est pas achevée.
Par rapport aux « Royaumes d’épines et d’os » j’ai noté toutefois que l’écriture de la Cité Infernale était beaucoup moins littéraire dans le sens où le style m’a semblé moins travaillé. Je ne sais pas si c’est le travail du correcteur qui change ou non mais c’est mon constat. Toujours est-il que certaines choses restent les mêmes dans la qualité de l’écrit : évolution de plusieurs personnages en simultanéité dont les intrigues se recoupent à de nombreuses reprises, des personnages attachants : une jeune femme pleine de rêve, des seigneurs cruels, un prince qui découvre que son monde n’est qu’illusion et que tout est à reconstruire.

Je vous propose un extrait du prologue de cette oeuvre :

Bonne lecture !

Extrait du prologue :

Quand Iffech sentit trembler la mer, il sut. Le vent était déjà retombé depuis les cieux, telle une chose morte qui hoquetait en heurtant les vagues de fer pour lâcher son dernier souffle aux oreilles du marin. Le ciel était toujours le premier à savoir. La mer était lente, terriblement lente, à s’adapter.
La mer frémit de nouveau, ou plutôt parut racler contre leur quille. Là-haut sur la vigie, Keem poussa un cri et fut violemment projeté dans les airs, tel un chaton impuissant. Iffech le vit se contorsionner d’une manière presque impossible, pour se rattraper aux gréements du bout de ses griffes de Cathay Raht.
– Stendarr ! jura Grayne dans son patois du Niben Sud. Qu’est ce que c’était ? Un tsunami ?
Ses faibles yeux d’humaine scrutaient en vain le crépuscule.
– Non, murmura Iffech. J’étais au large des îles de Summerset quand la mer a voulu les avaler et j’ai senti l’une de ces secousses passer sous mon navire. Et une autre encore, quand j’étais plus jeune, au large de Morrowind. Sur les eaux profondes, on ne sent pas grand-chose. Nous sommes en eaux profondes.
– Et ensuite ?
Grayne écarta les mèches d’un gris argenté qui obscurcissaient son champ de vision.
Iffech eut un sursaut imitant le haussement d’épaules humain et fit courir ses griffes dans la fourrure éparse de son avant-bras. L’air immobile avait un parfum douceâtre, comme un fruit pourri.
– Tu as vu quelque chose, Keem ? lança-t-il.
– Ma propre mort, à un poil près ! lui cria le chat Ne Quin-alien.
Sa voix rauque sonnait creux, comme si leur bateau était enfermé dans une boîte. Avec souplesse, il hissa de nouveau sa silhouette élégante jusqu’à la vigie.
– Rien à la surface ! lança-t-il après un instant.
– Alors c’est en dessous, commença Grayne, nerveuse.
Iffech secoua la tête.
– Le vent, dit-il.
Et puis, il le vit, au sud : une noirceur soudaine, un crépitement de foudre verte. Une forme semblable à un vaste cumulonimbus se forma sous leurs yeux.
– Accrochez-vous ! cria Iffech.
Alors retentit une sorte de coup de tonnerre, mais cent fois plus fort, accompagné d’une rafale de vent violent qui brisa le grand mât, emportant le pauvre Keem vers la mort qu’il avait vue de si près. Puis tout redevint silencieux, à l’exception du rugissement dans les oreilles endommagées du marin.
– Par les dieux, qu’est-ce que ça peut bien être ? entendit-il vaguement Grayne demander.
– La mer s’en moque, répondit Iffech en observant la masse noire s’avancer vers eux.
Il balaya son navire du regard. Tous les mâts étaient brisés et la moitié de l’équipage avait déjà été emportée.
– Quoi ?
– Rares sont les Khajiits à prendre la mer, expliqua-t-il. Ils la supportent à des fins commerciales, ou pour transporter du skouma. Mais rares sont ceux à vraiment l’aimer. Moi, je l’adore depuis que je sais miauler. Et je l’aime parce qu’elle se moque bien de ce que pensent les dieux ou les Daedras. Elle constitue un autre monde, avec ses propres règles.
– Qu’est-ce que tu racontes ?
– Je n’en suis pas sûr, admit-il. C’est une impression plus qu’une pensée. Mais tu ne crois pas… Est-ce que tu ne sens pas que…
Il ne termina pas sa phrase. Il n’en avait pas besoin.
Grayne levait les yeux vers la chose.
– Je la vois à présent, dit-elle.
– Oui.
– Un jour, j’ai vu s’ouvrir une porte vers Oblivion, ajouta la femme. Quand mon père travaillait à Leyawiin. J’ai vu des choses… Ca me fait un peu le même effet. Mais avec le sacrifice de Martin… Ils disent que ça ne peut pas se reproduire. Et ça ne ressemble pas à un portail.
Ça n’avait pas vraiment la forme d’un cumulonimbus, songea Iffech. On aurait plutôt dit un gros cône, pointe vers le bas.
Le vent se levait de nouveau, charriant une odeur incroyablement viciée.
– Ce que c’est n’est pas important, dit-il. Pas pour nous.
Et, quelques instants plus tard, les événements lui donnèrent raison.

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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Un commentaire pour Greg Keyes – La cité Infernale

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