Greg Keyes – Les Royaumes d’épines et d’os

Présenter la série « Les Royaumes d’Epines et d’Os » sans en dire trop ou pas assez ne va pas être facile. C’est une œuvre merveilleuse par sa complexité, sa richesse et le fantastique agencement de l’auteur qui nous livre une trame filée de suspens et de révélation d’un bout à l’autre des quatre tomes de cette fiction : Le Roi de Bruyère, le Prince Charnel, le Chevalier de Sang, la Dernière Reine.

Un petit tour par la quatrième de couverture du premier tome histoire de poser le cadre ?
« Au Royaume de Crotheny, tout semblait paisible depuis deux mille ans. Jusqu’à ce que la jeune princesse Anne ne découvre la crypte inconnue de son ancêtre, la légendaire reine Virgenye Dare, dans les jardins luxuriants de la cité sacrée des morts.
Et non loin de là, le forestier du roi, Aspar White, tombe nez à nez avec une bête monstrueuse qui n’existait que dans les légendes et les cauchemars.
La famille royale est bientôt en proie à la terreur, confrontée à une trahison que seule la sorcellerie aurait pu accomplir. Crotheny, la nation la plus puissante de la planète, est en danger : le Roi de Bruyère, annonciateur d’apocalypse, s’est éveillé de son sommeil.
Ainsi débute la geste des « Royaumes d’épines et d’os », une saga épique de complots et de maléfices… »

Le premier tome est intitulé Le Roi de Bruyère. Il s’ouvre sur un prélude qui raconte un événement vieux de 2000 ans par rapport au présent de narration du récit. Il s’agit de la victoire des hommes sur une race de démon, les Skasloï, par la reine Virgenye Dare. Toute l’importance de cette scène ne frappe pas d’emblée le lecteur. Du moins mon expérience face à cette œuvre ne m’a pas permise de saisir immédiatement toute la substance de ce passage. Les informations sont multiples et se fondent dans le mystère de leur énoncé. C’est en le relisant, avant de composer cet article, que j’ai pris conscience que l’enjeu du récit y est pourtant exposé noir sur blanc. Peut être était-ce la volonté de l’auteur de noyer l’information afin de maintenir une énigme. Une énigme qui demanderait à être résolue par les nouveaux lecteurs et une énigme qui éclaterait de clarté pour ceux qui ont déjà lu le récit. Ou alors je suis une mauvaise lectrice et je ne sais pas voir ce que je suis censée voir du premier coup.

Suite à ce prélude riche en actions et en présentations, on trouve un prologue qui se centre sur l’une des descendantes de la reine Virgenye. Cette descendante est l’une des figures majeures du roman, Anne Dare. Il y a moins d’action dans ce passage mais il est tout de même important. Anne trouve la tombe de son ancêtre dans une crypte. De cette découverte s’ensuivront des événements dont on ne peut pas avoir conscience au début de la lecture. C’est toujours cette énigme dont je parlais après l’exposition du prélude.

Puis, on attaque enfin le roman dont la première partie se nomme « La Venue du Greffyn ». Dans tous les chapitres de cette partie, comme dans tous les chapitres du roman, on assiste à une alternance de focalisation entre les personnages majeurs de l’œuvre. Chaque chapitre est dédié à un personnage précis, à une action bien précise qui souvent se concrétise mais s’achève sur un irrésolu qui donne envie de tourner les pages pour savoir de quoi il en retourne vraiment. Les chapitres faisant défiler les personnages un à un en fonction des besoins du récit, on assiste à un savant mélange d’intrigues qui se croisent et se recoupent. L’œuvre est vraiment dynamique et ne lasse pas son lecteur. Il y a toujours du changement, toujours du neuf. Rien n’est monotone. C’est en cela que je trouve le récit admirablement bien construit.

J’avoue qu’à la première lecture, j’ai trouvé l’ensemble prélude, prologue et chapitres d’expositions assez difficile à ingurgiter. L’exposition de l’ouvrage est très conséquente et consistante. On y trouve une masse d’informations et de mystères qui auraient pu faire de la lecture quelque chose d’insipide. Mais l’auteur a su composer pour que ce ne soit pas le cas. La page 75 tournée, l’histoire est lancée à pleine vitesse et c’est là qu’il devient difficile d’arrêter.

L’œuvre est sans conteste du genre de la Fantasy. Nous avons affaire à un univers médiéval qui fait intervenir des procédés de l’ordre du merveilleux : des monstres, des hommes dotés de capacités surnaturelles, des démons, des sorcières… Tout y est ou presque.

Pour moi, ce qui distingue cette œuvre dans le genre, ce qui fait que je l’apprécie réellement et ce qui fait que j’aie pu la savourer avec autant de joie, c’est qu’elle ne tombe pas dans les pièges des schémas classiques. Ce n’est pas une démonstration permanente de faits surnaturels. Non, c’est une composition qui mêle les choses de manière à les rendre captivante et non redondantes. S’il y a des bons et des méchants (eh oui, sinon ce n’est pas drôle), le doute règne. En effet, ce que j’ai trouvé merveilleux c’est qu’il est impossible d’être certain du camp de chacun. Hormis quelques rares exceptions, l’allégeance réelle de la plupart des personnages n’est révélée qu’une fois le quatrième tome achevé. Ce souffle de surprise fait partie de la réussite du travail d’auteur sur le croisement et l’évolution des intrigues (qui au final tournent autour de la même intrigue, celle du roman qui est révélée dans le prélude mais que je n’ai pas saisi dans ma mémoire au moment de la première lecture). Je pensais avoir découvert plusieurs maîtres en cela dans le genre, des auteurs que j’admire véritablement. Mais si je présente Greg Keyes avant tous ceux-là, c’est qu’il m’a vraiment impressionnée.

Retenons donc de l’appartenance du cycle « Les Royaumes d’épines et d’os » au genre de la Fantasy qu’il suit un schéma classique : monde médiéval, présence de phénomènes et d’êtres surnaturels. Mais une grande originalité et une grande inspiration dans l’articulation des intrigues qui déjouent l’attente et surprennent le lecteur de A à Z.

Je pense que j’ai déjà bien développé mon impression face à la narration et au développement du récit. Je pense qu’avant de présenter quelques extraits du premier tome de ce cycle, je devrais toucher deux mots sur les personnages et les lieux.

L’univers présenté n’est, géographiquement parlant, pas compliqué à comprendre. On trouve l’Empire de Crotheny, le Vittelio, Hansa, la Virgenye, Liery pour les principaux royaumes. La forêt du roi est également un lieu important à retenir. La capitale de la Crotheny, Eslen l’est aussi. Pour le reste, je ne trouve pas important de le citer. Tout est facilement visualisé grâce aux précisions de l’auteur au cours du récit. Seulement le point faible de cette œuvre est l’absence de carte qui est pourtant commun dans tout ouvrage de ce genre. C’aurait été un confort agréable.

Les personnages sont nombreux. Là aussi c’est une réussite. Aucun n’est désuet, aucun n’a l’air de n’être pas à sa place. Ils trouvent tous une utilité dans le récit et jouent tous un rôle majeur à un moment donné. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est l’évolution concrète et progressive des personnages face aux situations qu’ils affrontent. C’est pour moi un critère essentiel pour déterminer si un récit est bien construit ou non (critère à égalité avec celui de la construction de l’intrigue, vous l’aurez compris). Dans certains récits, les personnages n’évoluent jamais. Ce sont ceux qui m’énervent le plus. Dans d’autres récits les personnages évoluent mais de façon brouillonne. Ils donnent l’impression d’être artificiels et ne passionnent pas. Ici ce n’est pas le cas, c’est une évolution qui satisfait le lecteur. On suit un personnage. On apprend à l’aimer, à aimer avec lui, à souffrir avec lui. C’est une relation vivante entre le lecteur et la création de l’auteur.

Parmi tous les personnages importants du récit, je distingue tout de même des figures principales que je rassemble en trios.
Il y a d’abord Anne Dare, descendante de Virgenye Dare. Elle est la cadette de la famille royale de Crotheny. Elle évoluera avec sa servante, Austra et avec Cazio, un personnage qu’elle rencontrera en Vitellio. C’est d’abord une intrépide jeune fille qui n’en fait qu’à sa tête. Jusqu’à ce que les épreuves fassent d’elle autre chose, quelque chose de plus inquiétant et plus sombre. Peut être une reine, peut être une morte…
Ensuite il y a Aspar White, le forestier du roi. Il est profondément attaché à la forêt. Certains passages décrivent la relation qu’il entretient avec cette entité végétale. Mais tout va basculer lorsque s’éveillera le Roi de Bruyère et que commencera à dépérir le monde qu’il aime tant. C’est aux côtés de Winna et de Stéphane Darige qu’il tentera de découvrir ce qu’il arrive à sa forêt, qui est l’ennemi et comment l’arrêter.
Enfin, je compte Murielle Dare (la mère d’Anne, Reine de Crotheny et épouse de Guillaume Dare) sire Neil et Robert Dare. Ce n’est pas un trio évoluant ensemble comme pour les deux précédents. Au contraire. Robert est opposé à Murielle Dare. Il va se produire un certains nombres d’événements qui vont mettre la reine et son beau-frère dans cette situation antagoniste. Neil est le protecteur de l’épouse de l’empereur de Crotheny et aura souvent affaire aux machinations des puissants de ce monde, ne comprenant souvent pas dans quelle direction il va et contre quel camp il se bat. Ses différents engagements lui réserveront une surprise de taille…

En dire plus serait trop en dire, j’ai essayé de donner un aperçu des éléments de l’œuvre et ce que j’ai trouvé admirable en chacun d’eux.
Je vais maintenant passer aux extraits que je vous ai promis. Je remettrai chacun d’eux en contexte en tentant de vous expliquer succinctement pourtant celui-là.

Extrait n°1 : le prélude « La Reine-Née », page 20

J’ai choisi de couper une partie du prélude qui est assez long (14 pages). Je présente l’échange entre la reine Virgenye Dare (nommée également Génia) et le souverain des démons Skaslos que l’armée humaine vient de vaincre et de renverser. La bataille qui précède cet échange est en elle-même intéressante, riche en informations sur le récit ; de même, le passage qui suit le fragment que je vais vous montrer est aussi intéressant, mais j’ai jugé bon de présenter ce morceau qui dépeint la cassure dans le règne des démons à jamais révolu et la teinte que prend alors le règne humain qui ne fait que commencer. Outre cela, vous aurez compris que je prête importance à cet échange pour la suite de l’œuvre.

Carsek n’assista pas à la prise du donjon. Ses blessures s’étaient rouvertes, et avaient dû être pansées. Mais lorsque les nuages disparurent et que le soleil mourant acheva de se déverser à l’horizon, Thaniel vint le chercher.
– Elle veut que tu sois là, dit Thaniel. Tu l’as mérité.
– Comme nous tous, réussit-il à proférer.
Avec Thaniel sous son épaule, il escalada les marches sanglantes de l’immense tour centrale, en se souvenant comment, la dernière fois qu’il les avait arpentées, enchaîné, pour aller combattre dans l’arène, les balustrades dorées et les étranges statues avaient chatoyé de la lumière magique skaslos. Cela avait été splendide et terrible.
Même maintenant, brisée, noircie, elle suscitait encore la peur. Une peur venue de l’enfance et d’au-delà, la peur du pouvoir du maître, d’un joug que l’on ne pouvait voir mais qui brûlait jusqu’à l’âme.
Même maintenant, il semblait que ce n’était qu’un piège, un autre jeu élaboré, une nouvelle ruse des maîtres pour tirer du plaisir de la douleur et du désespoir de leurs esclaves.
Mais lorsqu’ils entrèrent dans la grande salle, et que Carsek vit Génia Dare dressée, la botte sur la gorge du maître, il sut en son cœur qu’ils avaient gagné.
Le seigneur skaslos était toujours enveloppé d’ombre. Carsek n’avait jamais vu son visage, et ne le voyait toujours pas. Mais il reconnut le bruit du rire du maître lorsqu’il s’éleva de sous le talon de la reine. Aussi longtemps qu’il vivrait, Carsek n’oublierait pas ce ricanement moribond, spectral et narquois.
La voix de Génia Dare résonna au-dessus de ce rire :
– Nous avons dévasté ta place forte, anéanti tes forces et tes armées, et maintenant tu vas mourir, lui dit-elle. Si cela t’amuse, tu aurais pu connaître cette joie bien plus facilement. Nous aurions été heureux de te tuer beaucoup plus tôt.
Le maître cessa de glousser. Il articula des mots comme des araignées qui s’échappent hors de la bouche d’un cadavre, délicats, mortels. Le bruit qui vous prend par surprise et vous noue le cœur dans la gorge.
– Ce qui m’amuse, dit-il, c’est que vous pensez avoir remporté une victoire. Vous n’avez rien gagné du tout, sinon la ruine. Vous avez fait appel au pouvoir du sedos, enfants imbéciles. Vous pensiez que nous ne savions rien du sedos ? Pauvres inconscients. Nous avions d’excellentes raisons de nous tenir à l’écart des voies de sa puissance dévoyée. Vous vous êtes maudits vous-mêmes. Vous avez maudit vos générations à venir. Lorsqu’on les comparera, la fin de mon monde aura été plus propre que la fin du vôtre. Vous n’avez aucune idée de ce que vous avez fait.
La reine-née cracha sur lui :
– Voici pour ta malédiction, lâcha-t-elle.
– Ce n’est pas ma malédiction, esclave, répondit-il. C’est la vôtre.
– Nous ne sommes pas tes esclaves.
– Vous êtes nés esclaves. Vous mourrez esclaves. Vous vous êtes juste invoqués un nouveau maître. Les filles de votre progéniture seront confrontées à ce que vous avez engendré, et cela les anéantira.
Le temps d’un battement de paupières, et un jaillissement de lumière comme un éclair de chaleur explosa derrière les yeux de Carsek, puis la vision. Il vit de vertes forêts pourrir en landes putrides, un soleil empoisonné couler dans une mer blafarde et stérile. Il parcourut des châteaux et des cités tapissées d’ossements humains, qu’il sentit craquer sous ses talons. Et il vit, dressée au-dessus de tout cela, la reine-née, Génia Dare, qui riait comme si elle en exultait.
Puis ce fut terminé, et il était sur le sol, comme presque tous les autres dans la pièce, la tête serrée dans les mains, à gémir et sangloter. Seule la reine était encore debout, un feu blanc dégoulinant de ses mains. Le maître était silencieux.
– Nous ne craignons pas tes malédictions, dit Génia. Nous ne sommes plus tes esclaves. Il n’y a plus de peur en nous. Ton monde, tes sorts, ta puissance ne sont plus. C’est notre monde, maintenant, un monde humain.
Le maître n’eut qu’une grimace pour réponse. Il ne parla plus.
Carsek entendit la reine dire d’une voix basse :
– Pour lui une mort lente. Une mort très, très lente.
Et pour Carsek, ce fut l’aboutissement de tout cela. Ils emmenèrent le maître, et il ne le revit plus jamais.

Extrait numéro 2 : Le Verdier, page 51

Aspar, le forestier du roi, autrement dit, le Verdier, apparaît pour la première fois dans le récit au cours de ce chapitre. Il rend visite aux sefrys, un peuple étrange et mystérieux qui vit le plus souvent en marge des sociétés humaines même si certains d’entre eux commercent avec les humains et ont des quartiers dans des villes telle qu’Eslen. Mère Cilth est la sœur de la sefry qui a recueilli Aspar enfant, humain, pour l’élever alors qu’il était abandonné de tous. Mère Cilth veut conseiller Aspar. Mais l’échange qu’il entretient avec elle est perturbant pour le personnage. Pourtant c’est bien avant qu’une suite d’événements étranges ne se manifeste. Evénements qui vont lui faire réaliser que son monde n’est pas aussi éternel qu’il le croit et que sa chère forêt court un grave danger. Ce passage est intéressant car il présente le personnage en proie à une réalité certaine qu’il refuse d’accepter. C’est la première étape d’un voyage qui n’est pas prêt de s’achever et dans lequel il va devoir s’embarquer malgré toutes ses réticences.

– Je suis là, Mère. Je t’écoute.
– Toujours déplaisant. Toujours impatient. Je pensais que ma sœur t’avait mieux élevé.
– Peut-être que ses leçons auraient eu plus de portée si elle avait reçu un tant soit peu d’aide de tous les autres, répondit Aspar, incapable de dissimuler l’amertume dans sa voix. Prends-moi comme je suis ou pas du tout. Ce n’est pas moi qui ai voulu te parler.
– Si, en fait.
En un sens c’était vrai, mais il n’était pas forcé de l’admettre. Il tourna les talons et s’apprêta à sortir.
– Le Roi de Bruyère s’éveille, murmura Cilth.
Aspar s’immobilisa, un frisson parcourant sa colonne vertébrale comme un mille-pattes. Il se retourna lentement pour faire de nouveau face à la vieille femme.
– Quoi ?
– Le Roi de Bruyère. Il s’éveille.
– Estronc que tout cela ! s’exclama durement Aspar, bien qu’une partie de lui ait été affectée comme si la terre s’était ouverte sous ses pieds. J’ai arpenté la forêt du roi toute ma vie. Je suis allé en son cœur le plus profond et le plus ténébreux, je connais des endroits dans les Montagnes du Lièvre que même les chevreuils n’ont jamais vus. Il n’y a pas de Roi de Bruyère. C’est encore une de vos histoires sefry.
– Tu sais bien que si. Il dormait, et était invisible. Maintenant il s’éveille. C’est le premier signe. Jesp a bien dû te le dire.
– Elle m’en a parlé. Elle m’a aussi appris à tricher aux dés, et à faire les voix des revenants pendant ses séances.
Le visage de la veille femme se fit plus dur encore qu’il ne l’avait été :
– Alors tu devrais pouvoir faire la différence, siffla-t-elle. Tu devrais pouvoir faire la différence entre le froid et le chaud, entre la brise et la tempête ! (Elle se rapprocha de lui.) Regarde dans mes yeux. Regarde.
Aspar ne le voulait pas, mais son regard l’avait déjà saisi, comme un serpent s’apprêtant à manger une souris. L’or et le cuivre de ses orbites parurent se dilater jusqu’à emplir tout son champ de vision, puis…
Une forêt transformée en gibet, des cadavres en décomposition pendus à chaque branche. Les arbres eux-mêmes déformés et prostrés, couverts d’épines noires, portant en lieu de feuillage des charognards, des corbeaux et des vautours, dodus et repus.
Dans les profondeurs de la forêt, les ombres entre les arbres s’infléchirent, comme si quelque chose d’immense bougeait là. Aspar le traqua, mais le mouvement ne dépassait jamais le coin de l’œil, et s’éteignait dès qu’il regardait dan sa direction.
Puis il remarqua le cadavre le plus proche. La corde à laquelle il pendait était presque pourrie, et il ne restait quasiment plus que des os et un peu de chair noircie, mais les yeux étaient encore vivants, vivants et or pâle…
Les mêmes yeux que ceux qu’il fixait en cet instant. Les yeux de mère Cilth.
Dans un souffle rauque, Aspar détourna le regard. Mère Cilth laissa échapper un rire grinçant.
– Tu vois, murmura-t-elle.
– Estronc que tout cela, réussit-il à répondre malgré ses jambes tremblantes. C’est un artifice.
[…]
Le Roi de Bruyère.
Estronc que tout cela, pensa-t-il.
Mais à la limite de son champ de vision, quelque chose bougeait encore.

Voilà, j’aurais pu mettre d’autres extraits mais je me contenterai de ces deux là. Vous aurez peut être trouvé des similitudes dans les amorces qu’ils laissent au récit (ce sont pour moi deux étapes essentielles dans l’ensemble d’incipit de l’œuvre) et c’est normal parce qu’il y a des éléments qui se recoupent. Je vous laisse découvrir de vous-mêmes ce qui est, ce qui n’est pas, ce qui sera ou ce qui ne sera pas. Le destin des « Royaumes d’épines et d’os » et ses habitants n’attend plus que vos yeux pour lire ses pages et explorer ses tréfonds.
Bonne lecture !

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
Cet article a été publié dans AUTEURS & OEUVRES, Fantasy et Science-Fiction, Greg Keyes. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Greg Keyes – Les Royaumes d’épines et d’os

  1. Töki dit :

    Je comprends pourquoi tu as passé du temps à l’écrire 😉 En tout cas, ta présentation donne envie d’en savoir plus.

  2. yohupi dit :

    très très bon livre de fantasy, un des meilleur que j’ai lu et j’en ai pourtant beaucoup à mon actif.
    comme dit plus haut, c’est l’incertitude du but et du coté de chaque personnages qui tiens le lecteur en haleine tout le long de la saga.

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