Nouvelle : Valora

Voici une nouvelle qui m’a fait gagner un concours à échelle communale le 05 avril 2009 à Pecquencourt. Le but était d’écrire une légende (sans faire trop de pages non plus). Elle comporte donc 4 pages en format times new roman 12 sur word.

Bonne lecture !

Valora resserra son manteau autour de ses épaules en grelottant. Le froid la mordait de toute part sans qu’elle ne puisse l’en empêcher. Elle grommela, parlant seule pour se rassurer. Elle finit par s’arrêter, exténuée. Elle devait absolument rejoindre la ville d’Aubastia, mais la neige lui arrivant jusqu’au genoux rendait sa progression très difficile.

Elle scruta les ténèbres autour d’elle, en proie à l’inquiétude. Tout pouvait se terrer là pour l’attraper au moment où elle s’y attendrait le moins…

L’Elfe serra la garde de son épée et reprit sa route. Dans peu de temps elle arriverait à destination ! Dans peu de temps, en admettant que le blizzard, qui s’était calmé quelques minutes auparavant, ne l’ai pas détournée de son but premier…

Elle s’arrêta à nouveau, sûre d’avoir entendu un bruit. Rompant la promesse faite à sa mère le jour de ses seize ans, elle tendit sa main devant elle, paume vers le ciel et fit apparaître un globe de lumière bleutée diffusant une faible clarté. Valora pivota sur elle-même, mais ne détecta pas l’origine de la peur qui coulait comme un poison dans ses veines. Une main se posa sur son épaule. Elle fit un bond, poussa un cri de terreur en dégainant sa lame. Son geste s’arrêta à temps. Sa mère livide fixait l’arme qui aurait pu la transpercer.

_ Mère ? Que faites-vous là ? chuchota Valora une fois remise.

_ Je voulais… je voulais te dire que…

Elle s’humecta les lèvres lorsqu’elle remarqua l’origine de la lumière. Une grimace s’étira sur le visage de sa fille. Elle s’en voulait d’avoir rompu sa promesse, même si elle ne connaissait pas le bien-fondé de celle-ci.

_ Je t’avais dis de ne plus jamais faire appel en ta magie.

_ Pourquoi ai-je appris à la maîtriser alors ? s’exclama Valora. Pourquoi ai-je mis tant de cœur dans ce que vous m’avez enseigné ?

_ Pour que tu saches te contrôler et choisir d’invoquer tes dons quand bon te semble ! Et bon te semble n’aurait jamais dû arriver… Maintenant il est trop tard, s’attrista-t-elle.

Elle détourna les yeux et se mit à tousser.

_ Tu devrais rentrer, je reviendrais bientôt avec le remède dont tu as besoin.

_ Non, s’étrangla-t-elle.

Une lumière capta l’attention de sa fille qui recula. Deux grands yeux rouges perçaient la nuit. Il disparurent aussi subitement qu’ils étaient apparus. Le cœur battant à en exploser, Valora tenta de traîner sa mère avec elle vers la ville. La vieille Elfe se débattit.

_ Non ! Fuit ! Fuit le plus loin possible ! Le plus…

Valora la lâcha lorsqu’un flot de sang jaillit de sa bouche. Elle s’effondra, morte.

_ Mère !

Un hurlement strident retentit, tout proche. Les charognards ne feraient pas d’histoire et s’attaqueraient aussi à des proies fraîches en cette période hivernale… L’Elfe arracha le médaillon doré suspendu au cou de la défunte et s’enfuit. Avant de franchir les remparts, elle se retourna. Les larmes coulèrent sur son visage.

 

 

Les yeux rivés sur la statue du Dieu Hélios, Valora caressait machinalement le seul souvenir qui lui restait de sa mère. Elle ne faisait pas attention aux êtres humains qui déambulaient entre les effigies de leurs Dieux. Pourquoi croyaient-ils en des divinités qui étaient mortes depuis longtemps ? Les Elfes se contentaient des trois derniers Dieux vivants, le soleil, la vie : Hélios ; la lune, la mort : Hécate ; la souffrance et le malheur : Malversus. Un sourire morne étira ses lèvres minces et elle remit une mèche brune derrière l’une de ses oreilles pointues. Les hommes étaient loin d’égaler la clairvoyance et la magie de son peuple, ils ne sentaient pas les essences divines.

Valora baissa les yeux et fixa l’étrange médaillon qui représentait les trois divinités. Un morceau de lune accolé à un morceau de soleil, le tout frappé du symbole de Malversus. D’aussi loin qu’elle se souvienne, sa mère l’avait toujours porté, mais… Pourquoi ? Elle détestait Malversus plus que tout au monde.

L’Elfe sortit du temple et se fraya un passage dans la foule qui lui barrait la route. Les êtres humains lui lançaient des regards empreints d’une animosité non feinte. Les créatures Elfiques, Féeriques, Angéliques ou autres faisaient peurs. Les êtres dépourvus de magie les considéraient comme des prédateurs… ce qui était loin d’être le cas de Valora.

Une vieille femme la saisit par la manche.

_ Lâchez-moi ! s’indigna l’Elfe.

La vieille lui renvoya un sourire radieux et la lâcha. Elle réajusta son châle couvert de perles qui cliquetaient à chacun de ses mouvements. Valora ne sut détacher ses yeux du regard bleu et sage de l’humaine.

Danse tes brumes sur mon cœur,
Perce les ténèbres de mon malheur,
Libère le monde d’un joug de souffrance,
En mettant à bas les dieux et leur indolence.

Le sourire sur le visage ridé s’élargit. L’Elfe s’était figé sur place. Elle n’avait entendu qu’une seule fois ce chant dans son enfance et sa mère avait fait pourchasser le chanteur.

_ Suis-moi.

Valora obéit machinalement et la suivit jusqu’à une petite masure, coincé au fond d’une ruelle, entre une auberge à l’allure peu fréquentable et l’entrepôt d’une boucherie. L’intérieur de la misérable demeure n’était meublé que d’une table et de deux chaises. Des livres, des parchemins, des instruments en verre, indéfinissables sous leur couche de poussières, jonchaient le sol par manque de place.

_ Viens par ici !

La vieille poussa une pile de livre et un bruit de verre brisé se fit entendre. Elle jura et indiqua une place à l’Elfe sur un tapis décoloré par le temps. Valora s’assit en grimaçant.

_ Veux-tu du thé ?

_ Non-merci, répondit-elle en redoutant que la propreté de la potentielle vaisselle soit à l’image du reste de la maison. Pourquoi m’avez-vous amenée ici ?

_ Très bonne question !

Le sourire énigmatique de l’autre l’énerva. Elle n’avait pas de temps à perdre en idioties avec une vieille voyante humaine qui semblait ne pas avoir toute sa tête, malgré la sagesse de son regard.

_ Montre-moi le médaillon que tu as rangé dans ta poche tout à l’heure.

_ Vous me suivez depuis tout ce temps ! Pourquoi ?

Son interlocutrice claqua de la langue, irritée, et détourna son regard.

_ Il existe une suite aux vers que j’ai chanté tout à l’heure…

Du sang du malheur naîtra l’espérance,
Celle qui mettra fin à toutes les violences.
Tu te dois d’accomplir ta destiné,
Sinon se mourra la liberté.

_ Je ne comprends pas, dit-elle lentement…

_ Valora, ta mère t’a-t-elle interdit d’utiliser tes pouvoirs ?

_ Oui, mais…

_ L’as-tu fait ?

_ Oui, mais…

_ Alors comme le dit la prophétie de Lumière, tu te dois d’accomplir ta destinée.

_ Quelle destiné ? Je ne comprends pas cette soit-disante prophétie !

_ Calme-toi ! lui ordonna la vieille. Ecoute ce que j’ai à te dire et ais la volonté de comprendre ! C’est de toi que parle cette prophétie ! Ta mère ne te l’a jamais dit, mais ton père est Malversus. Elle ne voulait pas que tu uses de tes pouvoirs après seize ans car il aurait eu alors la possibilité de te repérer et de venir te chercher pour t’emporter à jamais !

Valora fixait le vide, hébétée. Elle savait désormais qui était son père ! Elle était la fille d’un Dieu noir ? D’un Dieu qui depuis longtemps s’amusait de la souffrance des autres !

Elle songea avec une pointe de tristesse que ce n’est pas elle qui souffrait le plus de cette vérité. A croire l’aversion que sa mère avait vouée à ce Dieu, il n’avait pas reçut son consentement pour la concevoir… La pauvre Elfe aurait pu la détester, mais elle l’avait élevée et protégée du mieux qu’elle le pouvait. Valora avait déjà détruit cette protection, elle ne laisserait pas ses efforts devenir totalement vains ! Elle vengerait la mémoire de sa mère !

_ Tu te dois d’aller libérer le monde des Dieux avant que ces derniers ne cherchent à nous détruire. Tu en as la force ! C’est dans ton sang ! insista l’humaine.

_ Comment faire ? demanda Valora, animée par une volonté de fer engendrée par la fièvre de l’espoir.

_ Je sais par quel moyen tu vas accéder au Royaume des Dieux. Après tu te débrouilleras seule.

Elles se levèrent et soulevèrent le tapis, provoquant une nouvelle fois des bruits de verre brisé et soulevant un nuage de poussière. Une vieille trappe en bois menait dans un souterrain humide et glissant. Armées d’une torche, elles parcoururent une bonne distance dans les galeries de la ville. La vieille s’arrêta devant un mur qui paraissait tout à fait normal et identique aux autres. Elle appuya sur une pierre et une dalle se brisa en morceaux lorsqu’une grande épée jaillit du sol. Elle était magnifique, la garde était en argent, sculpté de saphirs pour représenter un dragon, les ailes déployées. La lame scintillait doucement et semblait faite de glace. Valora s’empara de l’objet qui était étonnamment léger malgré sa taille.

_ Voici la lame d’Ylberon. Elle te permettra d’ouvrir un portail et de combattre les Dieux.

L’humaine lui jeta un dernier regard, réajusta une nouvelle fois son châle, réorganisa les mèches de son chignon avant de tourner les talons en lui souhaitant bonne chance.

L’Elfe la regarda disparaître à l’angle du mur, médusée, et se concentra sur ce qu’elle avait à faire. Elle brandit l’épée et découpa un rectangle dans les pierres devant elle comme si elle découpait du beurre. Les failles qu’elle avait créées s’illuminèrent et le mur devint une sorte de liquide doré au-delà duquel elle passa.

 

 

Une fois la sensation d’hébétude, dans lequel l’énergie du portail l’avait plongée, passée, elle regarda autour d’elle. Elle se trouvait dans la salle du trône du Palais des Eternels. Des colonnes de pierres grises soutenaient la voûte en ogives. Des vasques où brûlait le feu projetaient une lumière ténue. Un frisson parcourut l’échine de l’Elfe. C’est dans ce lieu lugubre que vivaient les Dieux ?

Un bruit de pas se fit entendre et elle se cacha derrière l’imposant trône taillé dans de l’obsidienne. Des voix s’élevèrent et s’avancèrent.

Paniquée l’Elfe ferma les yeux, écoutant attentivement et priant qu’ils ne la trouvent pas. Finalement, elle risqua un œil et observa la scène.

_ Nous devons le faire maintenant ! s’exclama le Dieu Hélios. Je te signale que tu as toi-même avoué l’existence d’une fille mortelle capable d’accomplir cette maudite prédiction ! Ta fille ! appuya-t-il féroce.

_ Ce n’est pas de ma faute si elle est née ! grogna l’intéressé.

Hécate gloussa et les deux autres lui lancèrent des regards assassins.

_ Revenons à nos moutons. Comment comptes-tu détruire ce monde ? demanda Malversus.

_ Je ne sais pas, des milliers de possibilités s’offrent à nous.

_ Le tout est de faire vite. Nous devons éradiquer toute forme de vie et les recréer de nous même. Trop de nos frères et sœurs sont tombés à cause de la mémoire des prophètes ! Il est plus que temps de la détruire !

Le silence suivit ces mots. Valora tremblait de tous ses membres. Soudain, la lame d’Ylberon s’échappa de ses mains et s’écrasa sur le sol avec un fracas épouvantable.

Une force invisible la tira devant les divinités. Elle grimaça en croisant le regard d’Hécate qui avait la forme d’une Fée. Ses ailes de lépidoptères argentées frémissaient de rage. Les mortels n’avaient pas leur place en ce lieu ! Le Dieu Hélios était impressionnant dans son armure dorée. Il avait l’apparence d’un Elfe, mais ses yeux avaient une pupille verticale, comme les reptiles. Malversus avait la forme d’un Ange, mais ses ailes étaient noires, ses yeux rouges et il avait des canines un peu trop pointues…

_ Quel surprise ! s’exclama-t-il.

L’Elfe haletait, brandissant gauchement l’arme pour mettre en joue ses trois adversaires.

_ Vous… Vous allez mourir ! les menaça-t-elle pitoyablement.

Hécate éclata d’un rire sardonique et se plia en deux. Hélios pinça les lèvres :

_Tu n’es pas très convaincante… Tu devrais savoir que si tu tentes de tuer l’un de nous, il se régénérera tant qu’au moins l’un de nous trois est entier. Telle est la magie qui nous lie au Panthéon Elfique depuis des millénaires.

Elle le savait. Elle avait beau tourner et retourner la situation dans son esprit, elle ne trouvait aucune échappatoire. Tout était perdu ! Les Dieux allaient la massacrer et détruire le monde qui menaçait de mettre fin à leur éternité, tôt ou tard. Toute vie disparaîtra…

Elle se redressa, habitée par une force nouvelle et un courage qu’elle ne se soupçonnait pas. Les efforts de sa mère ne devaient pas être vains ! En bas, des êtres, qu’ils soient humains, Elfiques, Angéliques ou Féeriques vivaient heureux et ne méritaient pas de mourir pour sauvegarder la suprématie de Dieux cruels et impitoyables !

_ Je vous vaincrais ! clama-t-elle.

_ La mort est la seule chose qui t’attende ! Que tu nous battes ou non !

_ Alors si je n’ai rien à perdre, pourquoi baisserais-je les bras ?

Ils se regardèrent circonspect. La fille de Malversus était plus coriace que prévu. Les vers de la prophétie martelaient leur mémoire. Rien n’était plus dangereux qu’un ennemi qui n’avait plus rien à perdre et tout à gagner ! Quelles parts de son âme n’étaient pas habitées par la rage de vaincre et le désir de venger sa mère ?

D’un commun accord ils rassemblèrent leurs forces magiques et commencèrent à créer un réseau d’énergie pour le moment invisible.

De son côté l’Elfe rassemblaient aussi ses forces et faisait le vide dans son esprit pour se concentrer. Elle devait au moins en anéantir deux par magie et en transpercer le dernier avec la lame pour parvenir à les tuer. Mais elle ne savait pas si elle avait la force de rivaliser avec un Dieu ! Les héros de légendes qui en avaient déjà occit n’avait pas laissé de guide s’intitulant : Comment tuer un être Divin ?

Elle sentit le filet électrique se former avant qu’il n’apparaisse et ne se resserre sur elle. Elle projeta toute sa volonté et il se disloqua sur un voile de lumière protectrice.

Les Dieux attaquèrent de nouveau, inlassables et, l’Elfe se protégeait aussi souvent qu’ils tentaient de la tuer. Elle sentit des larmes de souffrance couler sur ses joues : combien de temps pourra-t-elle perpétuer cette gymnastique magique ?

Valora bondit sur son père et le transperça. Il se volatilisa, elle sauta sur Hélios mais il l’envoya rouler au sol en lui dédiant une gerbe d’étincelle.

Malversus reprit sa forme et dégaina sa propre arme. Il s’avança pas à pas vers sa fille. Savourant le goût de la victoire proche.

Valora sentit quelque chose la brûler dans sa poche, elle sortit le médaillon de sa mère. Les Dieux se figèrent. Paniquée, elle lâcha toute sa puissance dessus avant qu’ils ne réagissent, le métal ne fondit pas immédiatement.

Hélios fut le premier à gémir de douleur, avant de hurler de souffrance. Les deux autres réagirent de la même manière. Ils s’approchèrent de l’Elfe en rampant, tendant leur main vers elle, lui demandant grâce. Les larmes aux yeux elle continua jusqu’à ce que l’objet se dissoudre complètement. Les Dieux explosèrent en milliers de paillettes noires, bleues et dorées.

Valora s’allongea sur le sol, terrassée par l’effort, tandis que l’univers des Divins se désagrégeait, et elle avec. Le monde d’en bas était enfin en paix. Mais qui se souviendrait de ce qu’elle avait fait pour eux ?

Un petit sourire triste aux lèvres, elle lâcha son dernier souffle.

 

 

Eléonore COTTON
Mars 2009
(tous droits réservés)

 

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A propos eleonorecotton

Eléonore Cotton est la gardienne de ce site. Le Havre de Pensée & Mots, c'est le croisement de ses études de Lettres Modernes et de ses goûts personnels en un mélange éclectique, mais représentatif de cette lectrice qui navigue sur plusieurs océans littéraires. Eternelle rêveuse, il lui arrive d'écrire de temps en temps...
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3 commentaires pour Nouvelle : Valora

  1. SnotraGrey dit :

    Celle-ci aussi est superbe de nouvelle ! Fantastique à souhait ! 😀
    (D’ailleurs, j’en ai écrite une récemment de nouvelle fantastique, je pourrais te la faire lire par mail? Comme ça tu me donneras ton avis de professionnelle ^^).

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